‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 176 sur 254 · LIVRE K, CHRP. I. Vît · texte numérisé non relu

LIVRE K, CHRP. I. Vît

•cala la fi^oi-a Eugeina, sa femtne, et la jeune Gabiicla, sa flllc. Je leur fis force comfdinrients, suis contrevemr au traité. Je leur dis des rien$ eiv fort beaux termes, des phrases de couilisan.

Gabriela^ quoi qtie m’en eût dit mon secrétaire, ne me parut pas désagréable, soit à cause qu'elle était extrépaement parce, soit que je ne la regardasse qu’au travers de la dot. I.a bonne maison que celle du seigneui’ Galu'iel ! 11 j a, je a'oia, moins d’argent dans les mines du Pérou qu’il n’y eu avait dans cette maison-là. Ce métal s'y oflrait à la vue de toutes parts, sous mille fornoes différentes. Chaque chambre, et paj'ticulicremcnt- celle où nous nous étiems mis à table, était un li'i^sor. Quel spectacle poui- les yeux d’un gendre ! Le beaupère, pour faire plus d’houneur à son repas, avait assemblé chez lui cinq ou six marchands, tous personnages graves et ennuyeux. Us ne parlèrent que de commerce; et l’on peut dire que leur convemtion fut plutôt une conférence de négociants qu’un entretien d'amis qui sotipent ensemble.

Je r^alai l’oriévre à mon tour le kndemain au s lii'. Ne pouvant l’éblouir par mon argenterie, j’eus recours à une autre illusion. J’invitai à soupei’ ceux de mes amis qui fai- .saient la plus belle figure à la cour, et que je connaissais pour des ambitieux qui ne mettaient point de bornes à leurs désirs. Ces gens-ci ne s’entretinrent que des grandeurs, que des postes brillants et lucratifs auxquels Us aspiraient, œ qui fit son effet. Le bourgeois Gabriel, étourdi de leurs grandes idées, ne se sentait, malgré tout son bien, qu'un petit moi-tel en comparaison de ces messieurs. Pour moi, taisant l'bomrae modéré, je dis que je me contenterais d’une lortiine médiocre, comme de vingt mille ducats de lonte; sur quoi ces affamés d'honneurs et de richesses s’écrièrent que j’aurais tm t, ot qu’étant aimé autant que je l’étais du premier minisb'e, je ne devais pas m’en tenir à si peu de chose. Le beau-pèi-e m* perdit pas une de ces paroles ; et je crus remarquer, quand il sc retira, qu’il était foil satisfait.

Scipion ne manqua pas de l’aller voir le jour suivant, dans lu inaiiuée, pour lui demander s'il était content de moi. J’en suis charmi‘,-lui répondit le boiu'geois, ce garçon-là m’a gagné le i;(ï*iir. Mais, seigneiu’ Seipion, ajoiila-t-il, je vmis con-

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jure par noire ancienne connaissance de me parler sincère. . ment. Nous avons tous noti-e faible, comme vous savez; apprenez-nioi celui du seigneur de Santillane. Est-il joueur’ est-il galant? quelle est son inclination vicieuse? Ne me la cachez pas, je vous en prie. Vous m’oft'enser, seigneur Gabriel, en me faisant tiette question, repartit rontremetteur. Je suis plus dans vos intérêts que dans ceux de mon maître. S'il avait qiielque mauvaise habitude qui fût capable de rendre votre tille malheureuse, est-ce que je vous l’aurais proposé ' pour gendre? Non, parbleu ! je suis trop votre serviteur. Mais, entre nous, je ne lui trouve point d'autre défaut que celui de n'en avoir aucun : il est trop sage pour un jeune homme. Tant mieux, reprit l’orfévre, cela me fait plaisir. Allez, mon ami, vous pouvez l’assurer qu’il aura ma fille, et que je la lüi donnerais quand il ne serait pas chéri du ministre.

Aussitôt que mon secrétaire m’eut rapporté cet entretien, je courus chez Salero pour le remercier de la disposition favorable où il était j>our moi. 11 avait déjà déclaré ses volontés à sa femme et à sa fille, qui me firent connaître, par la manière dont elles me reçurent, qu’elles y étaient soumises sans répugnance. Je menai le beau-père au duc de Lei-me, que j’avais prévenu la veille, et je le lui présentai. Son Excellence lui fit un accueil des plus gracieux, et lui témoigna de la joie de ce qu’il avait choisi pour gendre un homme qu’elle alléctionnait beaucoup, et qu'elle prétendait avancer. Elle s’étendit ensuite sur mes bonnes qualités, et dit tant de bien de moi, que le l)on Gabriel crut avoir rencontré dans ma seigneurie le meilleur parti d’Espagne pour sa fille. Il en étail si aise, qu’il en avait la larme à l'œil. 11 me serra fortement entre ses bras lorsque nous nous séparâmes, en me disant : Mon fils, j’ai tant d'impatience de vous voir l’époux de Gabriela, que vous le sei’ez dans huit join-s tout au plus tard.

CHAP. U. — Par quel hatanl Gil Blai te rpuouvint de don Alphonie de Lejrva, et du lerrlce qu'il lui rendit par vanité.

Laissons là mon mariage pour un moment. L'ordre de mon histoire le demande, et veut que je raconte le sei'vice que je rendis à don Alphonse, mon ancien maître. J’avais entièrement oublié ce cavalier, et voici à quelle occasion j'en rappelai le souvenir.

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