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dis sur-le-champ, dans l'espérance d’y revoir mon homme quand il y reviehdrait, et bien résolu de l'aiTêter pour lui parier. Je n'eus pas besoin de l’alleudre pour être au fait : on arrivant à la porte du couvent, un autre visage de ma connaissance louma mon doute en certitude : je reconnus «bius le fWire portier Ambroise de Lameia, mon ancien valet. Vous vous imagines bien que ce ne fut pas sans un extrême ctuunement.
Notre surprise fut égale de pai't et d'auti’e de nous retrouver dans cet endroit. N'est-ce pas une illusion? lui dis-je en le saluant. Est-ce en effet un de mes amis qui s'offre à ma vue ? U ne me reconnut pas d'abord, ou bien il feignit de ne pas me remettre ; ce qui est plus vraisemblable : mais, considérant que la feinte était inutile, il prit l'air d’un homme qui tout à coup se ressouvient d’une chose oubliée. Ah ! seigneur Gil Blas, s’écria-t-il, pardon si j’ai pu vous méconnaître. Depuis que je vis dans ce lieu saint, et que je m’attache à remplir les devoirs presciits pai' iu>s règles, je perds insensiblement la mémoire de ce que j’ai vu dans le monde; les images du siècle s’effacent de mon souvenir.
J’ai, lui dis-je, une véritable joie de vous revoir, après dix ans, sous un habit si respectable. Et mm, lépondit-il, j’ai honte d’en paraître revêtu devant un homme qui a été témoin, de la vie coupable que j'ai menée. Cet habit me la repi-oche sans cesse. Hélas! ajouta-t-il en poussant un soupir, pour êtie digne de le poMer, il faudrait que j’eusse toiÿours vécu dans l’innocence! A ce discours qui me charme, lui répliquai-je,, mon cher frère, on voit clairement que le doigt du Seigneiu’ vous a touché. Je vous le répète, j'en suis ravi, et je meurs d'envie' d’apprendre de quelle manière miraculeuse vous, êtes entrés dans la bonne voie, vous et don Raphaëi; car je suis persuadé que c’est lui que je viens de rencontrer dans la ville, babillé en chartreux. Je me suis repenti de ne l'avoir pas arrêté dans la rue pour lui parler, et je suis venu ici l'attendre pour réparer ma faute quand il rentrera.
Vous ne vous êtes point trompé, me dit Lameia, c’est doui Raphaël lui-même que vous avez vu ; et, quant au détail que vous demandez, le voici: Après nous être séparés de vous, mptès de Ségorhe, nous primes, le fils de ^cinde et uroi, U
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route de Valenee, dans le dessein d*y faire quekfue ihwtcmi tour de notre mëtier. Le'hasard youlut un jour que nous entrassions dans l'église des chartreux, dans le temps que les religieux psalmodiaient dans le chœur. Nous nous attachâaaesà les considérer, et nous épronrâmes que les méchants ne peuvent se défendre d’honorer la vertu. Nous admirâmes la ferveur avec laquelle ils priaient Dien, leur air mortifié et détaché des plaisirs du siècle, de même qiie la sérénité qui régnait sur leurs visages, et qui marquait si bien le repos de > leurs consciences. • • ^
En faisant ces observations, nous tombâmes l'un et l’antre dans une rêverie qui nous devint salutaire : nous comparâmes en nous-mêmes nos mœurs avec celles de ces bons religieux, et la différence que noiis y trouvâmes nous remplit de troiohl» et d'inquiétude. Lamela, me dit don Raphaël, lorsque tioi» fûmes hors de l'église, comment te sens-tu affecté de ce que nous venons de voir ? Pour moi, je ne puis te le eder, je n'ai pas l'esprit tranquille. Des mouvements qui me sont inconnus m’agitent, et, pour la première fois (te ma vie, je me reproche mes iniquités. Je suis dans la même disposition, lui répondfe-je : les mauvaises actions qne j'ai faites se soulèvent dans cet instant contre moi; et mon cœur, qui n’avait jamais senti de remords, en est présentement déchii^. Ah ! cher Ambroise, reprit mon camarade, nous sommes deux brebis égarées que te Père céleste, par pitié, veut ramener au bercail ! C'est lui, mon enfant, c'est lui qui nous appelle. Ne soyons point sour(te à sa voix ; renonçons aux four^ries, (piittons le liberiim^ où* nous vivons, et commençons dès aujourd’hui à travailler sérieusement au grand ouvrage de notre salut ; il faut passer le reste de nos jours dans ce couvent, et les consacrer à la pénitence. < « , »
J'applaudis au sentiment de Raphaël, continua le frère Ambroise; et nous formâmes la généreuse réscriutiœi de noœi faire chartreux. Pour l’exécuter, nous nous adressâmes au père prieur, qui ne sut pas sitôt notre dessein, que, poi^ éprouver notre vocation, il nous ht donner des ceUutes et traiter comme des religieux pendant une année entière. Noi» suivîmes les règl(?s avec tant‘dte.vactiliide et de eonstanœ, qu’im iK>us reçut parmi tes novices. Nous étions ai conteate
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de no^ état' et si piefns d’ardeur, que nous sooUnnies courageusement les travaux du noviciat. Nous fîmes ensuite profession, après quoi don Raphaël, ayant paru doué d’un génie propre aux affaires, fut choisi pour soulager un vieux père qui était alws procureur. Le fils de Lucinde, qui ne respirait que le recueillement intérieur, aurait mieux aimé employer tout son temps à la prière ; mais il fut obligé de sacrifier swi goût pour l’oraison au besoin gu’ on avait de lui. 11 acquit tme si parfaite connaissance des intéi'èts de la maison, qo’oti le jugea capable de remplacer le vieux procureur, qui mourut trois ans après. Don Raphaël exerce actuellement cet emploi ; , et l'on peut dire qu’il s’en acquitte au grand contentement de tous nos pères, qui louent fort sa conduite dans l’administi-ation de notre temporel. Ce qu’il y a de plus surpremmtj c'est que, malgré le soin dont il est chargé de recueillir nos revenus, il ne parait occupé que de l’éternité. Les af&dres lui laissent-elles un moment de repos, il se plonge dans de profondes méditations. En un mot, c’est un des meilleurs sujets de'ce monastère.
J’interrompis dans cet endroit Lamela par un transport de joie que je fis éclater à la vue de Raphaël qui arriva. Le voici, m’écriai-je, le voici, ce saint procureur que j’attendais avec impatience ! En même temps je coupas au-devant de lui, et je le tins pendant quelques moments embrasse. Il se prêta de bonne grâce à l’accolade; et, sans témoigner le moindre étonnement de me rencontrer, il me dit d’un ton de voix plein de douceur : Dieu soit loué, seigneur de Santillane, Dieu soit loué du plaisir que j’ai de vous revoir ! En vérité, repris-je, mon cher Raphaël, je prends toute la part possible à votre bonheur : le frère Ambroise m’a raconté l’histoire de vvotre conversion, et ce récit m’a charmé. Quel avantage pour vous deux, mes amis, de pouvoir vous flatter d'être de ce petit nombre d’élus qui doivent jouir d’une étemelle félicité î’ Deux misérables tels que nous, repartit le fils de Lucinde d’un air qui marquait beaucoup d’humilité, ne devraient pas concevoir une pareille espértmcc; mais le repentir des pé- (iieurs leur fait trouver grâce auprès du père des miséricordes.
' Et vous, seigneur Gil Blas, ajouta-t-il, ne songec-vous pas aussi A méi'iter qu’il vous pardonne les offenses que vous hii
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avez faites? Quelles affaires vous amènent à Valence? N'y rempliriez -vous point par malheur quelque emploi daugereux? Non, Dieu merci, lui répondis-je : depuis que j'ai quitté la cour, je mène une vie d'honnète homme; tantôt, dans une terre que j’ai à quelques lieues de cette ville, je prends tous les plaisii's de la campagne; et tantôt je viens me réjouir avec le gouverneur do Valence, qui est mon ami, et que vous connaissez tous deux jmifaitement.
Alors je leur contai l’histoire de don Alphonse de Leyva. Ils l'écoulèrent avec attention; et quand je leur disque j’avais porté, de la part de ce seigneur, à Samuel Simon les tiois mille ducats que nous lui avions volés, Lamela m'inteirompit, et, adi-essant la parole à Raphaël : Père Hilaire, lui dit-il, à ce ' compte-là ce bon marchand ne doit plus se plaindie d’un vol qui lui a été restitué avec usure, et nous devons tous deux avoir la conscience bien en repos sui- cet ai ticle. Effectivement, dit le saint procureur, le frère Ambroise et moi, avant que d’entrer dans ce couvent, nous fîmes secrètement tenir quinze cents ducats à Samuel Simon, par un honnête ecclésiastique qui voulut bien se donner la peine d'aller a Xelva faii-e cette restitution : tant pis pour Samuel s'il a été capable de toucher cette somme après avoir été rembom sé du tout pai' le seigneui- de Santdlane! Mais, leui- dis-je, vos quinze cents ducats lui ont-ils été fidèlement remis? Sans doute, s’éciia don Raphaël : je répondiais de l'intégiité de l’ecclésiastique comme de la mienne. J’en serais aussi la caution, dit Lamela : c’est im saint prêtre accoutumé à ces sortes de commissions, et qui a eu, pom- des dépôts à lui confiés, deux ou trois procès qu’il a gagnés avec dépens. Cela étant, repi is-je, il ne faut pas düutci- que la restitution n'ait été faite avec une scrupuleuse fidélité.
Notie conversation dura quelque temps encore; ensuite nous nous séparâmes, eux eu m'exhortant à avoir toujoms devant les yeux la crainte du Seigneur, et moi en me recommandant à lem s bonnes prières. J’allai sur-le-champ trouver don Alphonse. Vous ne devmeriez jamais, lui dis-je, avec qui je viens d’avoir un long entretien. Je quitte deux vénérables cbai treux de votre connaissance : l'un se nomme le père Hilah-e, et l'autre le frère Ambroise. Vous vous frompez, me
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répondit don Aiphonse; je ne connais aucun chartreux. Pardonnez-moi, hn- répHqoai-je ; tous arez vu à Xelva le ù-ère ▲mbroise, commissaire de l'inquisition, et le père Hilaire, groffler. O ciel! s’écria le gouverueui' avec surprisé, serait-il possible que Raphaël etLamela fussent devenus chartreux? Oui vraiment, lui répondis-je : il y a déjà quelques années qu’ils ont fait profession. Le premier est procureiu' de la maison, et lé second est portier. L’un est maître de la caisse, et l’autre de la porte.
Le ûls de don Césai* i-êva quelques moments ; puis branlant la tête :M(msiem' le commissaire de l’inquisition et son greffier, dU-il, m’ont bien la mine de jouer ici une nouvelle comédie. Cela peut être, lui répondis-je; pour moi qui les ai entretenus, je vous avouerai que je juge d'eux plus favora- Uement. Il est vrai qu’on ne voit point le fond des cœurs; mais, selon toutes les appai'ences, ce sont deux fripons convertis. Cela se peut, reprit don Alphonse; il y a bien des Ubei'tios qui, après avoir' scandalisé le monde par leurs dérèglements, s’enferment dans les cloîtres poui- en faire une * rigoureuse pénitence : je souhaite que nos deux moines soient de ces Ubertins-là.
Eh! pourquoi, lui dis-je, n’en seraient-ils pas? Ils ont volontairement embrassé l’état monastique, et il y a déjà longtemps qu’ils vivent en bons religieux. Vous me direz tout ce qu’il vous plaira, me repartit le gouverneur; je n’aime pas que la caisse du couvent soit enb'e les mains de ce père Hilaire, demt je ne puis m’empêcher de me défier. Quand je me souviens de ce Imu récit qu’il' nous fit de ses aventures, je tremble pour les chartreux. Je veux croire avec vous qu’il a pris le froc de ti'ès-bonoe foi; mais la vue de l’or peut réveiller sa cupidité. Il ne faut pas metti'c dans une cave un '%vrogne qui a renoncé au vin.
La défiance de don Alphonse fut pleinement justifiée peu de jours après : le père prooireur et le frère portier disparurent avec la caisse. Cette nouvelle, qui se lépandit aussitôt dans la ville, ne manqua pas d’égayer les railleurs, qui se léjouissent toujoui-s du mal qui arrive aux moines rentés. Pour le gouverneur et moi, nous plaigu’unes les chartreux, %ms nous vftnter de connaître les deux apostats. '
CRAP, Ttl. — 6M Blas retonrai> à Mm rWilcM de de h eoiHrelle agreatde
qoe Scipioo lui api’rlt, et do U roluriiie qu'Uf Ureul cluai kur doutcoliquc.
Je passai huit jours à Valence dans le grand monde, virant comme les comtes et les marquis. Spectacles, bals, concerts^ festins, conversations avec les dames, tons ces amusements n>e furent procurés par monsieur et par madame la gouvernante, auxquels je Hs si bien ma cour« qu'ils me virent à regi-et partir pour m’en retourner à Lirias. Ils m'iAligèrent même auparavant de leur promettre de .me partager entre eux et ma solitude. Il fut arrêté que je denreurerais pendant l'hiver à Valence, et pendant l’été dans mon château. Après cette convention, mes bienfaiteurs me laissèrent la liberté ^ des quitter pour aller jouir de leurs bienfaits. Je repris donc le chemin de Lirias, Sort satislbit de mon voyage.
Scipion, qui atiendait impatiemment mon retour, fut ravi de me revoir; et je redoublai sa joie par la fidèle relation que je lui Ûs de tout ce qui m’était arrivé. Et toi, mon ami, lui dis-je ensuite, quel usage as-tu fait ici des jours de mon absence? Tes-tu bien diverti ? Autant, répondit-il, que le peut faire un serviteur qui n’a rien de si cher que la présence de son maître. Je me suis promené en long et en large dans nos petits États ; tantôt, assis siu’ le bord de la fontaine qui est dans le bois, j’ai pris plaisir à contempler la beauté de ses eaux, qui sont aussi pures que celles de la fontaine sacrée, dont le bruit faisait retentir 'la vaste forêt d’Albunea*; et tantôt, c/mché au pied d’un arbre, j'ai entendu chanter les fauvettes et les rossignols. Enfin, j’ai chassé, j’ai pêché; et ce qui m’u plus satisfait encore que tous ces amusements, j'ai lu plusicm-s livres aussi utiles que divertissants.
J’interrompis avec précipitaüon mon secréWre, pour kii demander où i! avait pris ces livres. Je les ai trouvés, me dit-il, dans une belle biÜiothèque qu’il y a dans ce château, et que maître Joachim m'a fait voir. Eh ! dans quel endroit, repris-je, peut-elle être, cette prétendue bibliothèque? N'avonsnous pas visité toute la maison le jour de ncAre arrivée? Vous
‘ Ronce, dani uno ode edrence S MaDci», feadMciir de lyon, lui parle dK dHe« a^lBbrei, et prrfim ans cüet d« ceUct qfi'oa vmiUU !• plut dau U Grâce cesü««» eè Ton «*olrad au lola reteulir tÀiâuoéc, où I Adio m prccipitc, ^ le boû» sacré de TMbar, et c«.^ venren (la'arrose ua ruisaeati fugitif.
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Il VUE X, CHAP. VII.
VOUS rim.igine*, me reparllt-U ; mais apjirenez que nous ne < parrourûmes que trois pavillons, et que nous oubliilmes le quatrième. C’est là que don César, lorsqu’il venait à Linas, employait une partie de son temps à la lecture. 11 y a dans cette bibliothèque de très-bons livres, qu’on vous a laissés comme une ressource assurée contre l’ennui, quand nos jardins dépouillés de fleurs et nos bois de feuilles n’auront plus de quoi vous en préserver. Les sei^eurs de Leyva n’ont pas fait les choses à demi : ils ont songé à la nourriture de l’esprit aussi bien qu’à celle du corps.
tk^tte nouvelle me causa une véritable joie. Je me fis conduire au quatrième pavillon, qui m’ofi'rit un spectacle bien afrréable. Je vis une chambre dont je résolus à l’heure même de faire mon appailement, comme don César en avait fait le sien. Ce lit de ce seigneur y était encore avec tous les ameublements, c’est-à-dire une tapisserie à personnages qui représentaient les Sabines enlevées par les Romains. De la chambre, je passai dans un cabinet oîi régnaient tout autour des armoires basses remplies de livres, sur lesquelles étaient les portraits de tous nos rois. 11 y avait auprès d’une fenêtre, d’oîi l'on découvrait une campagne toute riante, un bureau d'ébène devant un grand sofa de maroquin noir. Mais je donnai principalement mon attention à la bibliothèque. Elle était composée de philosophes, de poètes, d’historiens, et d’un gi'and nombre de romans de chevalerie. Je jugeai que don César aimait cette dernière sorte d’ouvrages, puisqu’il en avait fait une si bonne provision. J’avouerai, à ma honte, que jp ne haïssais pas non plus ces productions, malgré toutes les e.vtravagances dont elles sont tissues, soit que je ne fusse pas alors un lecteur à y regarder de si près, soit que le merveilleux rende les Espagnols trop inoulgents. Je dirai néanmoins, pour ma justification, que je prenais plus de plaisir aux livres de morale enjouée, et que Lucien, Horace, Érasme devinrent mes auteurs favoris.
Mon ami, dis-je à Scipion lorsque j’eus parcouru des yeux ma bibliothèque, voilà de quoi nous amuser; mais avant toute chose, nous en avons une autre à faire; il faut réformer notre domestique. C’est un soin, me dit-il, (pie je veux vous épargner. Pendant votre absence, j’ai bien étudié vos gens,
et j’ose me vanter de les connaître. Conunençons par maître Joaciüm ; je le crois un parfait fripon, et je ne doute point (|u’il li’ait été chassé de l’archevêché pour des fautes d’arithmétique qu’il aura faites dans ses mémoires dedé[)ense8. Ce]>endant il faut le conserver pour deux raisons : la première, c’est qu’il est ton cuisinier; et la seconde, c'est que j’aurai toujours l’œil sur lui; j’épierai ses actions, et il faudra qu’il soit bien (in si j’en suis la dupe. Je lui dis hier que vous aviez dessein de renvoyer les trois quai-ts de vos domestiques, et je remai-quai que cette nouvelle lui fit de la peine; il me témoigna même que, se sentant porté d'inclination à vous servir, il se contenterait de la moitié des gages qu’il a aujourd’hui plutôt que de vous (]uittcr, ce qui me fait soupçonnei qu’il y a dans ce hameau quelque petite fille dont il voudrait bien ne pas s’éloigner. Pour l’aide de cuisine, poursuivit-il, c’est un ivrogne, et le portier un brutal dont nous n’avons pas besoin, non plus que du tireur. Je remplii'ai fort bien la place de ce derniej-, comme je vous le ferai voir dès demain, puisque nous avons ici des fusils, de la poudre et du plomb. k l’égard des laquais, il y en a un qui est Aragonais, et qui me paraît bon enfant. Nous garderons celui-là ; tous les auti’es sont de si mauvais sujets, que je ne vous conseillerais p;is de les retenir, quand même il vous faudrait une centaine de valets.
Après avoir amplement délibéré sur cela, nous résolûmes de nous en tenir au cuisinier, au marmiton, à l’ Aragonais, et de nous défah’e honnêtement de tout le reste : ce qui fut exécuté dès le jour même, moyennant quelques pistoles que Scipion tira de notre cofTre-foi’t, et lem' donna de ma part. Quand nous eûmes fait cette réforme, nous établîmes mi ordre dans le château ; nous réglâmes les fonctions de chaque domestique, et nous commençâmes à vivre à nos dœ pens. Je me serais volontiers contenté d’un ordinaire fioigal; mais mon secrétaire, qui aunait les ragoûts et les bons morceaux, n’était pas un homme à laisser inutile le savoir-faii e de maitie Joachim. 11 le mit si bien en œuvre, que nos dîners et nos soupers devinrent des l epas de liernardins.
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