LIVRE M, CHAP. Xllf
travaillé d*«ne inquiétude qui avait deux causes difl'érentes ; le péril que courait la vie de son époux, et la crainte de sentir, en rae revoyant, rallumer un feu mal éteint. Cela lui causait une agitation terrible. Madame, lui dit don Blas loi-squ’elle fut en sa présence , vous arrivéz 6issez à temps pour recevoir mes adieux. Je vais mourir, et je regarde ma mort comme une punition du ciel, de vous avoir, par une tromperie, arrachée à don Gaston ; bien loin d’en murmurer, je vous exhorte moi-même à lui rendre un cœur que je lui ai ravi. Dona Helena ne lui répondit que par dos pleiu's ; et yéritaüblement c’était la meilleure réponse qu’elle lui pût faire, n’étant pas encore assez détachée de moi pour avoir oublié l’artifice dont il s’était servi pour la déterminer à me manquer de foi.
Il arriva, comme le chirurgien l'avait pronostiqué, qu’en moins de trois jours Combados mourut de ses blessures, au lieu que les miennes annonçaient une prochaine guérison. La jeune veuve, uniquement occui)ée du soin de faire transporter à Coria le corps de son époux , pour lui rendre tous les honneurs qu’elle devait à sa cendré, partit de Villarejo pour s’en retoumer, après s’être informée, comme par pure politesse, de l’état où je me trouvais. Dès que je pus la suivre, je pris le chemin de Coria, où j’achevai de me rétablir. Alors dona Eleonor, ma tante, et don Georges de Galisteo, résolurent de nous marier promptement, Helena et moi, de peur que la fortune ne nous séparât encore par quelque nouvelle traverse. Ce mariage se fit sans éclat, à cause de la mort trop récente' de don Blas; et peu de jours après je revins à Madrid avec dona Helena. Comme j’avais passé le temps prescrit par le comte-duc pour mon voyage, je craignais que ce ministre n’eût donné à un autre la lieutenance qu'il m’avait promise; mais il n’en avait point disposé, et il eut la bonté de recevoù’ Jes excuses t}ue je lui fis de mon retardement.
Je suis donc, poursuivit Cogoilos, lieutenant de la garde espagnole, et j’ai de l'agrément dans mon prtste. J’ai fait des amis d’un commerce agréable, et je vis content avec eux. Je voudrais pouvoir en dire autant, s’écria don André; mais je suis bien éloigné d’être satisfait de mon sort : j'ai perdu mon emploi, qui ne laissait pas de m’être fort utile, et je n’ai point d'amis qut aient assez de crédit pour m’en procurer' uu so-
r.lL BLAS,
lide. Pardonnez-moi} seigneur don André, interrompis-je en souriant, tous avez en moi un ami qui peut vous être bon à quelque chose, le vous ai déjà dit que je suis encore plus aimé du comte-duc que je ne l’étais du duc de Lerme, et vous osez me dire en face que vous n’avez personne qui puisse vous faire obtenir un solide emploi ! Ne vous ai-je pas déjà rendu un pareil service? Souvenez-vous que, par le crédit de l’archevêque de Grenade, je vous fis nommer pour aller remplir au Mexique un poste où vous auriez fait votre fortune, si l’amour ne vous eût point arrêté dans la ville d’Alicante. Je suis bien plus en état de vous servir présentement que j'ai l’oreille du premier ministre. Je m’abandonne donc à vous, répliqua Tordesillas; mais, ajouta-t-il en souriant à son tour, ne m'envoyez pas, de grâce, à la Nouvelle-Espagne; je n’y voudrais point aller, quand on m’y voudrait faire président de l’audience'. même du Mexique.
Nous fûmes interrompus dans cet endroit de notre entretien par doua Helena, qui arriva dans la salle, et dont la personne toute gi’acieuse remplit l’idée charmante que Je m’en étais formée. Madame, lui dit Cogollos, je vous présente le seigneur de Santillanc, dont je vous ai parlé quelquefois, et dont l’aimabk compagnie a souvent dans ma prison suspendu mes ennuis. Oui, madame, dis-je à dona Helena, don Gaston vous dit la vérité. Ma conversation lui plaisait, parce (jue vous en faisiez toujoui'sla matière. La tille de Georges répondit modestement à ma politesse; après quoi je pris congé ck; ces deux époux, en leur protestant que j’étais ravi que l’iiymen eût enfin succédé à leurs longues amom'S. Ensuite, m’adressant à Tordesillas, je le priai de m’apprendre sa demeure; et lorsqu’il me l’eut enseignée : Sans adieu, lui dis-je, don André; j’espère qu’avant huit jours vous verrez que je joins le pouvoir à la bonne volonté.
Je n’en tus pas le démenti. Dès le lendemain même, le comte-duc me fournit une occasion d’obliger ce châtelain. Sanlillane, me dit Son Excellence, la place de gouverneur de la prison royale de Valladolid est vacante : elle rapporte plus de trois cents pistoles par an ; il me prend envie de te la don-
X ' Les audiencit sont les cours supérieures de justlCG et de ]>otice dont les ineiubrot tout des pcreoninàgee fort comtüc’rablos d»ns les colonies espegoMcs,
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