TOM. II. O
G IL fi LAS
second est portier. L'un est maître de la caisse, et l'autre de la porte.
Le fils de don César rêva quelques moments, puis branlant la tête : Monsieur le commissaire de l'inquisition et son greffier, dit-il, m'ont bien la mine de jouer ici une nouvelle comédie. Cela peut être, lui répondis-je ; pour moi, qui les ai entretenus, je vous avouerai que je juge d'eux plus favorablement. Il est vrai qu'on ne voit point le fond des cœurs ; mais, selon toutes les apparences, ce sont deux fripons convertis. Cela se peut, reprit don Alphonse; il y a bien des libertins qui, après avoir scandalisé le monde par leurs dérèglements, s'enferment dans les cloîtres pour en faire une rigoureuse pénitence : je souhaite que nos deux moines soient de ces libertins-là.
Eh ! pourquoi, lui dis-je, n'en seroient-ils pas l Ils ont volontairement embrassé l'état monastique, et il y a déjà long-temps qu'ils vivent en bons religieux. Vous me direz tout ce qu'il vous plaira, me repartit le gouverneur ; je n'aime pas que la caisse du couvent soit entre les mains de ce père Hilaire, dont je ne puis m 'empêcher de me défier. Quand je me souviens de ce beau récit qu'il nous fit de ses aventures, je tremble pour les chartreux. Je veux croire avec vous qu'il a pris le froc de très-bonne foi; mais la vue de l'or peut réveiller sa cupidité. Il ne faut pas mettre dans une cave un ivrogne qui a renoncé ad vin.
La défiance de don Alphonse fut pleinement justifiée peu de jours après : le père procureur et le frère portier disparurent avec la caisse. Cette
DE SANTILUCNE.
nouvelle, qui se répandit aussitôt dans la ville, ne manqua pas d'égayer les railleurs, qui se réjouissent toujours du mal qui arrive aux moines rentés. Pour le gouverneur et moi, nous plaignîmes les chartreux, sans nous vanter de connoître les deux apostats.