LIVRE QUARANTE-TROISIEME
Après cette journée où le peuple ne fit d'autre usage de sa force que de la montrer et d'exercer la pression de Paris sur la représentation, il se retira sans commettre aucun excès. Il semblait avoir la conscience d'un service immense rendu à la liberté. Il illumina spontanément les rues. 11 n'insulta personne. Il laissa les Girondins sortir librement des Tuileries et se rendre isolément à leur domicile. Ce n'était pas des têtes qu'il semblait vouloir, mais un gouvernement. Il croyait avoir affranchi la Convention du joug de quelques ambitieux et des trames de quelques traîtres. Cela lui suffisait. Il était prêt à obéir à la Convention, pourvu qu'il la crût libre. Aucune tentative pour le pousser plus loin ne put l'entraîner à établir une tyrannie.
Un seul homme voulut faire aboutir le mouvemeat à son ambition personnelle : ce fut Ma-
rat. Il échoua et fut obligé de se justifier aux Jacobins de l'accusation d'aspirer à la dictature. Les discours qu'il avait tenus à la Convention, à la commune et au peuple, pendant les oscillations de ces trois journées, tendaient évidemment à le désigner lui-même comme le chef indispensable. Billaud-Varennesle lui reprocha avec rudesse, t Je suis dénoncé, i répondit Marat, c pour avoir demandé un chef, un maître, c'est-à-dire un tyran. Je ne parais pas ici pour me disculper, car je suis persuadé que personne n'ajoute foi à cette calomnie. 11 est désagréable de parler français devant des ignorants qui ne l'entendent pas ou devant des fripons qui ne veulent pas l'entendre. Hier au soir, à neuf heures, des députations de plusieurs seciions vinrent me consulter sur le parti qu'elles devaient prendre. Quoi ! leur dis-je, le tocsin de la liberté sonne et vous demandez des conseils? J'ajoutai à cette occasion : Je vois qu'il est impossible que le peuple se sauve sans
HISTOimC
un chef qui dirige ses mouvements. Des citoyens qui m'entouraient s'écrièrent: — Quoi! TOUS demandez un chef? — Non, répondis-je. Je demande un guide et non un maître. C'est bien différent, i