‹ Histoire de Guzman d' AlfaracheChapitre 78 sur 101 · LIVRE I, GHAP. IX · texte numérisé non relu

LIVRE I, GHAP. IX

mort , et assister même à l'exécution avant son départ. Tour cet effet ^ il redoubla ses efforts et ses sollicitations, ou plutôt il obséda si bien les juges , qu'ils condamnèrent Ozmin , deux jours après , à avoir la tête tranchée , sous le nom de don Jajroé, gentilhomme aragonais.

Zuniga fui averti des premiers de ce sévère jugement; il trouva moyen de le faire savoir aux dames par un billet , et de les assurer qu'il périrait , lui et trois cents hommes qu'il avait assemblés, plutôt que de souffrir une pareille injustice.

Qui pourrait dire dans quelle affliction ce billet plongea la belle Maure? L'idée du traitement Ignominieux qu'on préparait h son cher Ozmin lui troubla peu à peu l'esprit. Elle entra dans un vif désespoir, alla chercher don Louis; et, le rencontrant à son retour du palais, où il avait passé toute la matinée , elle lança sur lui un regard furieux , et lui dit avec un transport qui marquait bien le désordre de son âme : Barbare , éteâ-vous satisfait de votre ouvrage ? D'injustes et lâches juges n'ont pas eu honte de servir votre ressentiment aux dépens de Tinnocencc ; mais ne croyez pas verser impunément le sang du cavalier que votre crédit opprime. C'est mon amant, c'est mon époux , c'est un parent du roi de Grenade , et non un galant de votre fille : un homme tel que lui n'est pas fait pour elle. Votre tête "me répondra de la sienne ; il trouvera des vengeurs

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parmi ses pareils pu parhii les miens ; ou , si vous échappez à leurs coups > moit-méme je yous percerai le cœur.

A ces emportemens , qui ne faisaient que trop connaître l'intérêt que Daraxa prenait à la vie an prisonnier, don Louis demeura tout interdit. Il ne savait quelle réponse faire à la dame, tant il était plein de trouble et de confusion. Il lui <lit pourtant qu'elle avait tort de ne ravoir pas plus tôt averti de la qualité du faux Ambroise, contre lequel il ne désavouait point qu'il eût sollicité , s'imaginant qu'il avait désbonoré sa maison. La belle Maure allait lui déclarer que ce n'était pas la faute d'Ozmin si Elvire avait conqu pour lui un fol amour; mais dans ce moment, un domestique vint dire tout bas au mar^ quis qu'il y avait à la porte des équipages et un grand nombre de Maures qui demandaient à parler à Daraxa. Don Louis, à cette nouvelle, parut un peu embarrassé. Il pria la dame de lui permettre de la quitter pour un instant. Gomme elle n'avait point entendu ce que le domestique avait dit tout bas , et qu'elle vonlait tout savoir, dans l'inquiétude qui l'agitait , elle suivit le marquis, et entra dans une salle où, par une jalousie, elle 'aperçut dans la rue des Maures de sa connaissance, pour la plupart ^serviteurs de son père. Leur vue enchanta d'abord ses ennuis ; la joie s'empara de son cœur , et surtout quand

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