LIVRE I, CHAP. IX
\a mauvaise humeur de son père , elle ne put se consoler d'avoir été trompée par les deux personnes qu'elle avait le plus aimées, quoique dans le fond elle dut moins leur imputer son malheur qu'à elle-même. Le regret qu'elle en eut lui causa une langueur qui termina bientôt ses tristes jours. Les chagrins de don Louis et ceux de sa fille n'empêchèrent pas qu'on ne fit de grandes réjouissances dans la maison de don Alonse , où Ozmin et Daraxa allèrent loger jusqu'au lendemain qu'ils prirent le chemin de Grenade avec Zuniga et Castro^ qui voulurent absolument les accompagner pour assister à leurs noces. Elles furent d'une magnificence extraordinaire; leur majestés catholiques les honorèrent de leur présence. 11 y eut des tournois et des courses, où les Maures et les chrétiens montrèrent à l'envi leur courage e! lew adresse. Enfin les deux époux , pour mériter que le ciel répandît ses grâces sur leur hyménée , embrassèrent notre religion , et devinrent la noble origine . d'une des plus illustres maisons qu'il y ait aujourd'hui en Espagne. L'ecclésiastique qui nous racontait cette histoire la finit en cet endroit; après quoi son compagnon et lui commencèrent à s'entretenir des guerres de Grenade. Pendant ce temps-là , mon ânier, voyant que nous étions sur le point d'arriver à Caçalla, voulut avoir une conversation particulière avec moi. Depuis no» dernières aventures
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il n'avait pas dit un mot ; mais comme nous ap« prochtons des portes de la ville, et que nous allions nous séparer pour ne plus nous rejoindre, il rompit le silence , et me demanda trois écus tant pour m'avoir voiture que pour ma part de la dépense que nous avions fait à l'hôteUerie où nous avions si bien soupe le soir précédent , et déjeuné le matin. Ce fut une autre histoire pour moi que ces trois écus , que je le défiai de me faire pajer, n'en ajant pas seulement ia moitié dans ma bourse. Nous nous échauffâmes sur cela tous deux de façon que je m'armai de deux cailloux , que je lui aurais fait voler à la tête, si les ecclésiastiques, par pitié, ne m'eussent empêché de me faire battre. Ils prirent connaissance de notre différent , s'érigèrent d'eux-mêmes en juges, et parties ouïes me condamnèrent à donner à l'ânier le quart de ce qu'il demandait. J'obéi» à cet arrêt , qui , tout favorable qu'il m'était , me mit si bien à sec , qu'à peine me resta-t-il de quoi faire les frais de mon souper et de mon gfte dans une hôtellerie où j'allai loger après avoir pris congé des ecclésiastiques et du malheureux âiiier, qui ne sut pas, je crois, trop bon giré de ma re9*« contre à son étoile.
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