CHAPITRE IX
à ses nienacesj^. Parmentier avait cherché dans un procès mal fondé 4(Wcasion de lire publiquement les lettres qui devaient perdre le général. Telle fut l'origine d'un autre procès tristement célèbre, qui bientôt appela sur les bancs des criminels des hommes assis naguère dans les conseils de la royauté.
Les lettres, en effet, lues à l'audience, et reproduites par les journaux, ne laissaient pas de doute sur de coupables manœuvres.
Avant de les citer, quelques explications sont nécessaires.
Eiï 1839, le général Cubières , non encore pair de France, se portait candidat à la députation pour l'arrondissement de Lure, où étaient situées les mines de Gouhenans, lorsque l'occasion lui fut offerte d'acheter, moyennant 25,000 francs, un centième du fonds social. Il s'empressa d'en profiter; plus tard il acquit six autres centièmes. Il avait un double but : d'une part, il augmentait ses influences électorales, d'autre part, il comptait faire une fructueuse spéculation. Car, à cette époque, régnait la fièvre des entreprises, et des hommes considérables par leur position ou leur naissance s'associaient aux financiers ou leur faisaient concurrence, dans toutes les grandes exploitation qu'ordonnaient les lois de l'État , ou qu'imaginait l'industrie particulière. En tête de tous les prospectus figuraient des noms de pairs de France , de députés, de ducs, de marquis, de ministres en disgrâce ou en expectative. Les titres officiels, les grands noms s'escomptaient dans les conseils des sociétés anonymes ou en commandite ; la noblesse dérogeait ; le gentilhomme se faisait bourgeois ; le culte de l'argent avait remplacé
toutes les traditions de gloire et de noblesse. Le temps n'était pas encore venu où le prenoier ministre de la royauté devait résumer toute la morale politique dans ces mots adressés aux populations : Enrichissez-vous ; mais parmi les haiit& fonctionnaires et les gros financiers, on mettait déjà en pra< tique ces leçons que M. Guizot réservait à l'humble bourj geoisie.
Le général Cubiëres, devenu l'associé d'industriels entreprenants, déploya tout ce que son nouveau rôle comportait d'activité intéressée. Son entrée dans le cabinet du l*' mars interrompit un instant ses négociations commerciales ; mais, sorti du ministère, il reprit une^rt active dans les opérations de la compagnie, Les travaux de la société de Gouhenans consistaient d'abord dans une exploitation de houille. La concession lui avait été faite par une ordonnance royale en date du 26 juillet 1826 pour une superficie de 14 kilomètres. Dans le cours des travaux, on découvrit un banc de sel gemme, qu'on se hâta d*exploiter sans avoir obtenu l'autorisation du gouvernement. Le domaine, averti, poursuivit cette illégalité, et la société fut condamnée, dans la personne de M. Parmentier, à des dommages-intérêts qui dépassaient un million. Les procès étaient encore pendants sur appel, lorsque, pour régulariser sa position, la société résolut de faire une demande de concession au gouvernement. La demande se faisait dans des conditions très-mauvaises. La compagnie avait succombé dans plusieurs procès contre le gouvernementi et, dans toutes ces discussions, elle n'avait pas donné àt sa moralité une opinion très-favorable. Cependant tout l'avenir de la société reposait sur la réussite de cette démarche. C'est alors que le concours du général Gubières