‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 113 sur 179 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

qui doucement ouvrent la porte de sa chambre et disparaissent dès qu'elle les aperçoit. Quand un hasard rapprochait le duc et la duchesse, celle-ci, qui ne savait pas se modérer, prenait aussitôt le ton de la colère, et celui-là, se croyant affranchi de toute contrainte, lui répondait par des paroles brèves et dures. Chaque rencontre amenait une crise nouvelle, qui venait augmenter les douleurs de la femme et l'aigreur du mari.

Trop souvent témoin des larmes de sa fille, le maréchal Sébastiani crut devoir enfin intervenir. Il fit comparaître son gendre devant lui , pour le traiter avec la rudesse d'un vieux soldat, et lui rappeler que le respect de Tépouse est la consigne de Tépoux. C'était mal aborder un homme fier comme M. de Praslin, qui ne pouvait se dissimuler à luimême l'irrégularité de sa conduite, mais ne voulait pas être humilié par d'altières réprimandes. Il fut aussi vif dans ses discours que le maréchal l'avait été dans les siens, et cette altercation n'eut d'autre résultat que de les brouiller. Le duc, la duchesse et deux de leurs enfants prenaient ordinairement chez le maréchal le repas du soir. Ces relations furent dès lors interrompues. Une séparation ! Il n'y avait plus à prendre d'autre parti. C'était l'avis du maréchal, et il s'efforça de convaincre sa fille, que, si désormais elle ne pouvait plus être heureuse, elle serait du moins plus tranquille loin d'un mari qui semblait se faire un jeu cruel d'irriter sa douleur.

Celle-ci parut à peine décidée à suivre ce conseil, que le duc, redoutant pour lui-même et pour ses enfants les suites d'un scandale public, déclara qu'il était prêt à sacrifier à sa haine la femme qu'elle avait partout calomniée. M"® Deluzy quitta rhôtel de Praslin et se retira dans une pension de

demoiselles, rue du Harlay. Le duc et la duchesse se disposèrent à partir pour leur château, dans le département de Seine-et-Marne. Le maréchal Sébastiani fit aussi ses préparatifs de voyage; il allait en Corse. Toute cause» toute apparence de discorde semblait évanouie. Le mot de séparation^ prononcé par le notaire de la famille, avait subitement produit ce résultat inespéré.

Le duc était-il sincère? On doit le croire. De la campagne il écrit plusieurs lettres à M"'' Deluzy, et aucune de ces lettres ne fait supposer une trahison concertée. II lui témoigne combien il regrette son absence, et il 's'emploie à calmer par de douces paroles , par d'affectueuses remontrances, la douleur qu'elle éprouve de son côté. Mais aucune partie de cette correspondance ne révèle une intention de rapprochement ultérieur. C'est une espérance de M"® Deluzy. Elle voudrait rentrer, l'hiver venu, dans l'hôtel de Praslin, et braver le scandale. Mais le duc ne paraît pas y consentir. Elle l'entretient alors d'un projet de mariage : « Mon ami, oh! plus que mon ami, ma Providence en ce monde! comprenez-vous bien ce qui se passe dans mon âme ? comprenez-vous mes regrets , mon désespoir ! Et mon malheur est complété parla conviction que vous souffrez autant que moi ! Vous, vous, si bon, si généreux, vous êtes malheureux ! vous pleurez dans cette chambre où tant d'heures heureuses se sont écoulées... si dans votre cott" science de père, vous croyez qu'un mariage honorable fasse du bien aux enfants, dites-le. » Ce projet de mariage s'évanouit ensuite sans laisser de trace. M"* Deluzy ne paraît plus alors avoir d'autre dessein que de se replacer et de tout attendre d'un mystérieux avenir : « Pensez à moi, écrit-elle au duc de Praslin, pour trouver dans la convie*^

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