CHAPITRE XI
stance, de cette phalange indisciplinée, qui toujours avait prétendu mener à sa suite le gros de l'armée. Très-ferme dans ses opinions, mais moins jaloux de faire du bruit que de faire du bien, M. Recurt invitait, par son exemple, les républicains les plus scrupuleux à venir se ranger sous le drapeau de la réforme. Son discours fut véhément ; mais on n'y put signaler aucune phrase inconstitutionnelle.
Il avait parlé delà révolution de juillet. M. Odilon Barro^ dit après lui : a Ne la rendons pas responsable, cette glorieuse révolution, des misères de la politique actuelle. On est arrivé au spectacle honteux qui afflige nos yeux, non pas en gouvernant selon notre révolution, mais en gouver* nant contre elle, en mentant à tous ses principes, en déviant de toutes les conditions qu'elle avait imposées... Y a-t-il aujourd'hui des incrédules? Y a-t-il quelqu'un de bonne foi, à quelque opinion qu'il appartienne, qui n'ouvre enfin les yeux sur les conséquences de ce système que nous combattons depuis dix-sept années ? Les scandales sont-ils assez grands? »
M. Barrot ajoutait : « Soyons francs ; le gouvernement n'est pas seul coupable. Ne sommes-nous pas nos maîtres?... Électeurs, c'est à vous que je m'adresse. Faisons un retour sur nous-mêmes : n'allons pas nous en pren> dre stupidement à des causes qui ne sont pas les vraies; le mal est en nous ; le mal est dans l'indififérence politique. Le mal est dans nos mœurs publiques , dans cet éloignement que nous avons instinctivement, et par nos vieilles habitudes de monarchie , à satisfaire aux vraies conditions de la liberté ! La France est encore maîtresse de sa destinée, et tout découragement, comme toute colère insensée, lui serait une injure. Qu'il me soit donc permis , évoquant les
souvenirs de notre révolulion de 1830, de celte nouvelle, et, je Tespëre, définitive consécration de la souveraineté nationale, m'inspirant du sentiment qui nous aninnait tous alors, de m'écrier : Oui, à la Révolution de juillet ! » Le refrain de la Marseillaise, exécuté par un nombreux orchestre, accompagna ces dernières paroles. M. Barrot venait de faire, bien qu'il s*en défendît , un appel au sentiment révolutionnaire, et tout l'auditoire se sentit transporté par le discours de l'orateur, par la vigoureuse impulsion de l'orchestre» dans un autre temps, dans un autre lieu. ÂUait-on ressaisir le glaive des batailles et combattre de nouveau pour les libertés outragées, pour les droits méconnus?
M. Pagnerre, se levant après M. Barrot, proposa le toast suivant : a Ala réforme électorale et parlementaire ! » La réforme! c'était l'affaire présente; non, il ne s'agissait pas encore de révolution. Quels que soient les abus et les désordres, si coupables même que soient les intentions, les projets déclarés d'un gouvernement, l'heure des révolutions n'est pas venue, tant qu'une grande résistance n'est pas provoquée par une grande et subite violence. Pour qu'un peuple se lève et prenne les armes, il faut, si l'on peut ainsi parler, qu'il y soit contraint, il faut que le cri de guerre parte des entrailles de la conscience, et qu'il soit l'acte d'une fureur qui ne peut plus être contenue. Dans la situation des esprits et des choses, on ne demandait encore que des réformes ; on n'avait pas tout-à-fait désespéré d'amener le gouvernement à des concessions, et M. Pagnerre répondait aux sentiments de l'auditoire, lorsqu'il paraphrasait en ces termes la formule de son toast : « Adressonsnous à la majorité de la nation ; employons tous les moyens réguliers que la loi nous donne; ils seront encore assez