CHAPITRE XII
d'intervenir dans les affaires intérieures de la confédération, elles trouveraient un peuple prêt à faire le sacrifice de ses dernières forces pour défendre son indépendance. La diète avait ensuite délibéré sur la question du Sunderbund» et, le 20 juillet, après un débat extrêmement vif, elle avait décidé : 1® que le Sunderbund serait dissous; 2® que cette condition serait obligatoire*pour tous les cantons de la ligue. C'était décider la guerre civile. Formée par TAutriche» encouragée par la France, cette ligue avait la religion pour prétexte, et pour but le maintien des influences réactionnaires: aussi croyait -elle trouver un appui considérable dans les puissances qu'elle regardait comme ses alliées. Au lieu de se soumettre, les sept cantons déclarèrent qu'ils allaient se préparer à la bataille. Vainement on fit près d'eux de conciliantes démarches , vainement on s'efforça de leur faire comprendre qu'ils allaient verser beaucoup de sang pour servir des intérêts peu respectables. C'étaient les jésuites de Lucerne qui poussaient à la guerre, et comme leurs agents parlaient au nom de la Vierge, distribuaient des médailles et faisaient des miracles, le peuple des campagnes les croyait trop facilement. Il fut décidé, dans une séance secrète de la diète , que S0,000 hommes seraient mis sous les ordres du général Dufour, ancien élève de notre école polytechnique. Les sept cantons firent alors des propositions de désarmement; mais comme ils imposaient des conditions dérisoires, ils ne furent pas écoutés. Les hostilités commencèrent le 10 novembre : le 29 de ce mois tout était fini : battu sur tous les points, le Sunderbund avait cessé d'exister.
Les deux partis qui venaient de se précipiter l'un sur
l'autre sous les murs de Friboui^ et de Luceme, c'était le parti des vieilles traditions, des institutions surannées, et c'était le parti du mouvement, du progrès, de la liberté» En applaudissant à la défaite des ligueurs , la France suivait son penchant naturel : puisqu'elle avait, en 1830, pris les armes en invoquant la liberté ; puisqu'elle avait ensuite modifié ses institutions de manière à tenir toujours en échec et l'absolutisme et l'intolérance, elle avait dû faire des vœux pour la cause qui venait de triompher. Eh bien ! c'était la cause contraire que M. Guizot avait servie. Interpellé, le 24 juin, dans la chambre des députés, sur la conduite qu'il se proposait de tenir dans l'éventualité d'une crise déjà menaçante, M. Guizot avait effrontément répondu qu'il ne reconnaissait pas à la Suisse le droit de changer sa constitution, cette constitution ayant été dictée par les suprêmes arbitres de 1815. Et quand on lui avait répliqué que la Suisse ne songeait pas encore à ces changements, qu'il s'agissait simplement pour elle de soumettre une minorité turbulente aux résolutions déjà prévues de la majorité des États, M. Guizot avait déclaré que la majorité des États n'avait plus les sympathies du gouvernement français. La Suisse émancipée , gouvernée par les libé* raux et délivrée des jésuites, n'était plus, suivant les termes de M. Guizot, qu'un « État organisé pour l'agression. » Jamais on n'avait encore tenu ce langage au nom du gouvernement de juillet. Les actions furent conformes aux paroles. M. Guizot commença par faire rédiger des notes impérieuses. La lutte engagée, M. Guizot, ne pouvant envoyer un contingent d'hommes à l'armée de la ligue» lui envoya du moins des armes qui furent saisies par les troupes fédérales. Quand la lutte fut terminée, il fit remettre
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en question par son ambassadeur, M. de Bois-le-Comte, tout ce qu'avait réglé le sort des armes, reconnaissant encore au Sunderbund vaincu un droit égal à celui de la diète, le droit d'envoyer un représentant aux conférences des cinq grandes puissances qui s'attribuaient le règlement des affaires de la Suisse.
Parler et agir de cette manière, n'était-ce pas trahir tous les engagements du passé? H. Barrot avait par avance flétri cette trahison dans cette séance du 24 juin, où il disait que le devoir de la France était de se montrer à l'égard des cantons libéraux ce qu'était l'Autriche à l'égard des cantons rétrogrades. Or, non-seulement M. Guizot avait refusé l'appui moral du gouvernement français aux États qui s'étaient armés pour défendre, avec Tordre légal, les principes de la révolution française ; mais il s'était employé plus que personne à servir les intérêts du Sunderbund, c'est-à-dire les intérêts de l'anarchie et des principes autrichiens; il avait eu l'initiative des démarches faites auprès des puissances, et, dans ses projets contre l'indépendance de la confédération, il avait admis toutes les éventualités, si ce n'est une intervention militaire, parce qu'il savait bien que les chambres lui refuseraient les subsides qu'il aurait voulu consacrer à cette guerre impie. Étrange et indigne conduite, que les lettres confidentielles des libéraux suisses avaient fait connaître aux journaux de Paris !
Les chambres françaises s'étaient séparées le 8 août. L'opposition ne pouvait plus porter ses griefs à la tribune : elle exprima dans les banquets combien elle était indignée , et manifesta sans aucune réserve les vœux qu'elle formait pour le succès Ae la cause trahie par
ik.
M. Guizot. Plus vives furent encore les plaintes de la presse radicale. Les journaux du gouvernement prétendaient justifier ses actes, en disant qu'il se prononçait en Suisse, comme en France, contre les radicaux, contre les démagogues, et conspirait contre eux avec les modérés. Mais cette excuse était mal reçue. Avouer qu'en peu d'années le parti radical avait su convertir à son opinion les deux tiers de la Suisse, c'était commettre une grande maladresse, puisqu'il n'y a rien de contagieux comme l'exemple. Soutenir ensuite que des instructions adoptées dans les conseils des États, à la majorité de 120, 130, U8 voix sur 150 votants étaient de méchantes pièces rédigées par des brouillons, des exaltés, et condamnés par tous les honnêtes gens de la Suisse, c'était évidemment argumenter avec des calomnies. On savait, d'ailleurs, que le cabinet de Londres, après avoir écouté tous les partis, et montré plus que de la froideur au chef des réformistes bernois, l'avait ensuite traité comme une puissance amie; et personne ne supposait que lord Palmerston fût homme à se compromettre en pratiquant d'intimes liaisons avec un forcené. Enfin si M. Guizot avait sacrifié l'honneur et les intérêts de la France au triste avantage de nouer de bons rapports avec M. Metternich, avec quelle imprudence il s'était engagé dans cette mauvaise afiaire, et qu'il était honteux pour te gouvernement d'avoir embrassé le parti que les correspondants du National^ les alliés des radicaux français, avaient si facilement mis à la raison?
En Italie, la conduite de M. Guizot n'avait été ni plus habile, ni plus honorable. En Italie, comme en Suisse, le parti libéral avait eu besoin, en 1831, en 1833, du concours de la France, pour tenir tête à l'Autriche; mais»