‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 129 sur 179 · CHAPITRE XII. dit · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. dit

res ou des courtisans.. Le premier soin de Léopold fut de créer dans ses États une presse politique. 11 ne lui donna pas une entière indépendance : loin de là; mais, du moins, il accorda la parole à des sentiments, à des intérêts qui jusqu'alors avaient été condamnés au silence le plus absolu. Ce fut un grand bienfait. Il en promit d'autres, un code civil, un code pénal, des institutions municipales, des conseils provinciaux électifs, et même une assemblée délibérante chargée de représenter les intérêts généraux du pays. Une existence nouvelle commençait pour la Toscane. Depuis longtemps digne d'être affranchie, elle avait plusieurs fois témoigné le malaise que lui faisaient éprouver des institutions qui ne répondaient plus à ses mœurs. Ce qui l'anit rendue patiente, c'est que le véritable auteur de ses maux n'était pas, elle le savait bien, Léopold, mais TAutriche. Elle accueillit avec les démonstrations de la joie la plus vive les réformes qui lui furent accordées.

Le même mouvement entraîna la Sardaigne. Charles- Albert qui avait fait, dans sa jeunesse, une campagne malheureuse avec les libéraux, s'était montré depuis cette époque le plus dur de leurs ennemis. Cependant comme il était plus jaloux que personne de refouler les Autrichiens hors de ritalie, puisqu'il associait à ce désir d'ambitieuses espérances, il se prononça presque sans hésiter pour les réformes. Il commença par les réformes administratives. C'étaient les plus urgentes, et celles qu'il pouvait opérer sans faire aucun abandon de son autorité. Il réorganisa d'abord l'administration de la justice, de la police, des provinces, des municipalités, et mit quelque ostentation à se déclarer un des admirateurs zélés de Pie IX. On n'attendait pas autant d'un homme à qui l'on avait à reprocher plus d'une

ik

félonie. Il prit pour des élans de reconnaissance desdémoDsirations qui n'exprimaient que de la surprise.

Cette résurrection de l'Italie n'avait pas été prévue par M. Guizot, et elle pouvait être une cause de mésintelligence entre l'Aulriche et la France. Pour se déclarer contre la Suisse libérale, on avait eu du moins l'ombre d'un prétexte, cette révision du pacte fédéral que demandaient les cahiers de plusieurs villes, et qui paraissait menacer l'indépendance des États catholiques ; mais, en Italie, oii les réformes étaient spontanément accordées par les princes souverains, que dire, que faire pour bien mériter de l'Autriche T

On ne travailla d'abord qu'à lui montrer les difficultés de cette situation. Les princes italiens, et le pape à leur tête, voulaient modifier l'administration de leurs États : personne n'y pouvait mettre obstacle c'est une nécessité qu'il fallait subir, et le gouvernement français engageait vivement FAutriche à laisser faire ce qu'elle ne pouvait empêcher. Mais si la situation était mauvaise pour l'influence autrichienne, des circonstances sur lesquelles on pouvait compter devaient bientôt rétablir en Italie le concert des deux cabinets et leur permettre d'agir en commun. En effet, les dons gracieux des princes allaient certainement exciter les esprits, éveiller des passions intempérantes. Aussitôt les princes, inquiétés et se sentant menacé», iraient d'eux-mêmes solliciter les gouvernements étrangers. Une autre question allait d'ailleurs être posée par les patriotes italiens, celles des territoires, vieux grief, toujours reproduit avec la même énergie, et la France joindrait alors ses protei^tations à celles de l'Autriche.

M. Guizot exposa ce plan de conduite à la chambre des

CBAPiniE m. 313

pairs, dans la séance du 3 août, avec la réserve que lui commandait Tétat des esprits. Il parla du pape en de bons termes : a Un souverain, dit-il, le chef de TÉglise, semble reconnaître Tesprit nouveau, les besoins nouveaux, la nécessité de satisfaire les intérêts nouveaux. Le représentant de Tautorité souveraine entrant dans une telle voie, c'est le plus beau spectacle qui ait encore été donné au monde ! On ne saurait craindre qu'il oublie les conditions des principes d'ordre et d'autorité. Je le dis donc, tous les gouvernements commettraient une faute énorme, s'ils ne le soutenaient pas de toutes leurs forces dans la tâche difficile qu'il a entreprise. 11 n'est pas seulement de telle ou telle nation, mais de toutes les nations européennes, d'apporter leur appui, évident et clair à la tâche sublime dont je parle en ce moment. Elles doivent y être d'autant plus encouragées, que l'entreprise se présente avec une grande chance de succès. » H. Guizot se déclarait donc en faveur de Pie IX, et priait l'Autriche elle-même de souscrire à ces témoignages de sympathie. Elle ne le pouvait guère: mais comment se serait-elle montrée assez ombrageuse, pour prendre en mauvaise part ces encouragements donnés au réformateur de l'administration romaine, quand le chef du culte Israélite, le grand rabbin, et après lui, le sultan Abdul-Medjid, venaient d'adresser à Pie IX les mêmes félicitations, les mêmes hommages? H. Guizot s'empressait, d'ailleurs, d'ajouter : a Quand il s'agit de réformes comme celles que poursuit l'État romain, les plus grands dangers ce sont les partis extrêmes, et c'est au parti modéré seul qu'il appartient d'accomplir de telles réformes et de prévenir ou de détourner les révolutions. » Ce qui signifiait que M. Guizoï ne tarderait pas à retirer les paroles

ui. 20

314 HI&TOltlE ht HUIT ANS.

d'approbation qu'il avait prononcées, puisque déjà la jeu* nesse de Turin, de Livourne, de Rome même, exaspérée par les insolentes provocations du parti réactionnaire, s'étail rassemblée sur les places et avait fait entendre d'énergiques menaces contre les Autrichiens et leurs complices, les jésuites. M. Guizot disait encore : « Aucun bouleversement territorial et politique ne nous est bon au-delà des Alpes. )» Ce qui n'était pas autre chose qu'une adhésion sans réserve aux transactions de 1815, un désaveu préalable de tout ce que pourraient tenter les populations italiennes de Milan, de Venise et d'autres lieux, contre l'insupportable tyrannie de l'Autriche.

Avant d'entendre M. Guizot, on savait qu'il devait se comporter en Italie comme ailleurs, sans avoir aucun égard au sentiment national. Quand on connut son plan de campagne, on n'hésila pas à le condamner. Cependant sa conduite devait être pire que ses paroles. L'Autriche, malgré les prières de M. Guizot, ne demeura pas neutre, et les gouvernements italiens, avant d'être intimidés par les partis extrêmes, eurent affaire à d'autres ennemis. Ce fut l'écueil de notre diplomatie ; et le ministre qui, par avance, MYàU r^lé sa conduite sur des éventualités problénoatiques, se vil alors en présence de faits imprévus, qui l'engagèKsnt dans une série de honteuses faiblesses, mal excusées depuis par d'impudents mensonges.

L'article 103 des traités de Vienne donnait à FAutridie droit de garnison dans la place de Ferrare. A ce titre, une garnison autrichienne occupait la citadelle de Ferrare et plusieurs casernes dans l'intérieur de la ville. La garde des barrières et de tous les autres postes avait été laissée, par convention expresse, aux troupes pontificales. Ayant reçu

Page 1