CHAPITRE XIT
gner noire sympamie? On dit que les traités de 1816 sont un obstacle invincible à tout ce que pourrait tenter notre bonne volonté. Ces traités, la France doit les observer, mais en les détestant. Et rAutriche les observe-t-elle ? Ils disent que Tltalie, à l'exception des terres lombardes, sera composée d'États souverains. « Cela veut dire, ajoute M. Thiers, que le Piémont, Parpie,Modène, Florence, Rome, Naples sont indépendants, qu'ils peuvent se donner les constitutions qu'il leur plaît, quand il leur plaît, dans la mesure qu'il leur plaît de cl^oisir, et que personne n'a le droit d'intervenir. r> Pourquoi donc le gouvernement français a-t-il permis aux Autrichiens d'entrer à Parme, à Modène? Pourquoi souffre-t-il que, de près ou de loin, ils menacent Rome, Turin et Florence? C'est, dit-on, un de leurs dangers que d'avoir pour voisins des peuples libres, on en convient ; mais puisque la France supporte bien le voisinage du pouvoir absolu, il faut que les gouvernements absolus supportent le voisinage de la liberté.
Discutant ensuite, l'une après l'autre, toutes les raisons alléguées par M. Guizot pour justifier sa coupable condescendance à l'égard de l'Autriche, M. Thiers les réduisait au néant, et concluait en ces termes : ce Maintenant, la politique que vous abandonnez, je voudrais que l'opposition fût assez puissante pour la recueillir.. • et si ma voix pouvait être écoutée par les Italiens, je leur dirais : Soyez unis ! peuples, princes, soyez unis !... Que toutes les populations qui s'étendent de Turin à Florence, à Naples, à Palerme, forment un seul tout, et qu'elles se présentent à l'ennemi commun, ayant à leur tête Pie IX avec les clés de saint Pierre à la main, et Charles- Albert avec la vieille épée des ducs de Savoie. Dans cette attitude vous serez respectés.
Hais sMl en pouvait être autrement ; si Ton voulait attenter à vos droits et à votre indépendance, croyez-le bien, le cœur de la France n'est pas glacé. Oui, la France est vieille de gloire, mais elle est jeune de cœur, et si elle reconnaissait clairement quelque part la liberté et l'indépendance de TEurope menacées, vous ne la trouveriez pas dégénérée, car elle n'est dégénérée que dans l'opinion de ceux qui la croient faite à leur image!... Et ce jour-là, vous seriez sauvés! »
Énergique dans les termes, le discours de H. Thiers était, au fond, assez modéré. Il accusait le gouvernement d'indifférence à l'égard de l'Italie ; mais il ne lui demandait pas de recommencer l'entreprise d*Anc6ne et d'opposer le drapeau de la protection à celui de l'oppression. M. Thiers avait été ministre : il n'avait peut-être pas désespéré de l'être encore, et, craignant.de trop s'engager, il ne manifestait que des sentiments. H. Guizot s'empressa de souscrire aux sentiments de M. Thiers ; il blâma comme loi les princes qui ne se montraient pas assez avares du sang de leurs peuples ; il déclara comme lui que la présence des Autrichiens à Parme, à Modène, était un fait irrégulier : cependant, puisqu'on ne l'avait pas mis en demeure dd changer de conduite, il ne s'expliqua pas à cet égard.
Mais comment pouvait-il accorder des sentiments révolutionnaires et des actes rétrogrades ? C'est ce que lui demanda M. Barrot. Orateur éloquent, pathétique, H. Barrot n'a pas ordinairement, dans ses discours, assez de précision : il porte de rudes coups à ses adversaires, mais il ne sait pas les serrer de près, leur fermer la retraite et les contraindre à demander merci. Sa rhétorique est excellente, sa logique défectueuse. Il ne connaît pasTusage de cet instrument perfide que les anciens lutteurs lançaient