CHAPITRE I
anéantit l'autorité delà chambre; la majorité, affaiblie par la discussion, était compromise par une victoire équivoque. Le nom de Pritchardistes demeura comme une flétrissure attachée à tous ceux qui avaient approuvé une politique d^baissement ; et la voix publique, qui ne s'associait pas aux complaisances parlementaires, accusa hautement et le ministre et le roi qui faisaient si bon marché de la dignité de la France. Nulle discussion^ peut-être, ne produisit autant d*émotions et ne laissa derrière elle de plus vifg ressentiments. La question en elle-même était misérable, l'intérêt matériel à peine sensible, le personnage dont on s'occupait, indigne d'attention; mais à côté de ces petitesses, il y avait un principe d*honneur national, qui agrandissait la discussion, et plus Tobjet du conflit était méprisable, plus la honte d'une réparation semblait profonde.
CUÀPITRE TI,
Alliante de la royauté et da clergé. — Guerre à lUniversHé. — Projet de loi en faveur des petits séminaires. — Opposition de M. Cousin. — Retraite de M. Yillemain. — 11 est remplacé par M. de Salvandy> — Accroissement du pouvoir des Jésuites. — Interpellation de M. Thiers. — Ordre da jour motivé. ^ Mission de M. Rossi à Rome. — Eqri^arras du Saint-Siège. — Les Jésuites simulent la soumission. — Colères de M. de Montalembert. —Modifications dans le mode de votatîon. — Scrutin par division. — Clôture de la session. — Comité électoral de la gauche constitutionnelle. — Discours de M. Guîzot à ses électeurs. — Traité définitif sur le droit de visite. — Ordonnances de M. de Salvandy. — Nouvelles conquêtes du clergé.
 mesure que le gouvernement de Louis-Philippe s'éloignait des traditions salutaires de la révolution française, il était contraint par la logique et la nécessité de faire alliance avec les vieilles institutions qui avaient le même intérêt à Caire renaître le passé. Abattu avec le trône, le clergé se relevait avec lui, et de même que Louis-Philippe, adversaire opiniâtre du régime constitutionnel, n'avait d'autre but politique que de refaire la monarchie de Louis XIV, de même le clergé, déjii trop puissant par les concessions de Tempire et de la restauration, méditait de plus hardies reprises et de
plus solides conquêtes. Ne pas commander, pour lui c'est Tesclavage.
Ces deux puissances du passé devaient nécessairement se tendre la main, et la venue d'un ministère complaisant, prêt à suivre en aveugle la politique personnelle du roi, devait fortifier un rapprochement commencé d'une manière trop timide sous les ministères précédents. En cela, les calculs de Louis-Philippe étaient puissamment encouragés par les sentiments religieux de la reine, très-ardente dans toutes les questions d'Église et prête à tout sacrifier aux élans impérieux de sa conscience. Plus d'une fois, elle était intervenue dans les querelles des évêques avec l'université, et les ministres de Tinstruction publique avaient eu à se défendre contre ses exigences. Cependant jusqu'à Tavénement du cabinet du 29 octobre, l'université avait été assez résolument protégée; et même en 1841, une loi avait été présentée par M. Villemain, qui devait mettre un frein aux empiétements successifs du clergé. Mais c'était un héritage du ministère précédent qu'on n'avait pas osé dès l'abord désavouer. Plus tard on fut plus hardi ; on écouta les obsessions du clergé; on voulu obtenir les indulgences de l'Église et mériter son appui dans les luttes électorales. Le 2 février 1844, M. Villemain apporta à la chambre des pairs un projet de loi oh les petits séminaires étaient érigés en écoles à la fois privées et publiques, tout en demeurant exempts des conditions communes. Ce privilège, que la restauration même avait refusé de leur accorder, fut énergiquement attaqué par M. Cousin. Pendant quinze séances, l'éloquent orateur lutta contre Tenvahissement de l'esprit clérical, signala les articles du projet dictés par les jésuites et retrouva les chaleureux accents qui avaient tant de fois commandé les