CHAPITRE III
ment armés occupaient la forêt de Biébang, et il fut démontré plus tard qu'il y avait là trois à quatre cents paysans effarés, qui s'étaient réunis sans direction et sans chefs.
Quoi qu'il en soit, le général CoUin, saisi de frayeur, évacua la ville, le 22, emmenant avec lui tout ce qui pouvait contribuer à maintenir l'ordre public, la milice cracovienne, la police, le gouvernement et les employés. Il n'osa pas même s'arrêter à Podgorcze ou à Wieliezka , s'imaginant que les insurgés allaient traverser la Yistule près d'Orwiécim et d'Igolomia.
D'un autre côté, pendant que CoUin fuyait l'approche du comte Patelsky, celui-ci, croyant que les Autrichiens s'avançaient vers lui, prenait la fuite et dispersait sa petite troupe.
D'autres bandes furent plus heureuses. Dans leur retraite précipitée, les Autrichiens avaient laissé à Podgorcze et à Wieliezka tout un arsenal d'armes et de munitions, et d'assez grandes valeurs en billets de banque. Les insurgés s'en emparèrent, et, pendant quelques jours, le soulèvement sembla prendre des proportions considérables.
Cependant Cracovie^ livrée à elle-même, dépourvue de ses autorités habituelles, ne savait que penser ou résoudre. Quelques habitants, réunis chez le comte Wodziki, formèrent un comité de sûreté. Deux heures après, une troupe armée, composée de ceux qui avaient conspiré avec l'émigration, se présenta, nomma un comité de salut public; un gouvernement provisoire pour toute la Pologne fut établi ; la dictature fut disputée entre MM. Licowsky, Tiscowsky et Wilziewsky. Ce dernier l'emporta.
Mais ceux qui composaient le gouvernement provisoire
étaient pour la plupart inconnus dans la ville» et leur premier manifeste avait une certaine couleur de communisme qui força beaucoup de zélés patriotes à se tenir sur la réserve. Le manifeste abolissait la noblesse, et proclamait le partage des propriétés ; la moindre désobéissance était punie de mort. Une tyrannie nouvelle semblait se révéler. L'élan des cœurs se ralentit un instant.
Cependant le manifeste annonçait que toute la Pologne était sur pied. On aimait à croire aux succès de la patrie, et les espérances étaient encouragées par Tarrivée successive de détachements insurgés qui venaient renforcer la ville» Le 35, les montagnards des salines de Wieliezka firent leur entrée triomphale, portant à la tête de leur colonnes l'image vénérée de la Vierge et l'aigle blanc de la Pologne. Ils chantaient riiymne national de saint Albert : <c Mère de Dieu» Vierge Marie! » L'enthousiasme gagnait tous les esprits; la jeunesse entière demandait des armes.
Mais une cruelle réalité vint bientôt dissiper les illusions. Un détachement avait été envoyé de Cracovie en Gallicie pour favoriser Tinsurrection de cette province* Arrivé le 25 février à Gdow, ce détachement, au lieu de trouver Tappui des insurgés de Bochnia et de Tarnovir, fut attaqué par les paysans. La plupart de ceux qui le composaient furent massacrés ; ceux qui échappèrent vinrent raconter à Graco-^ vie les désastres de la Gallicie.
En même temps, les Autrichiens, instruits du véritable état des choses et de la faiblesse de leurs adversaires, se remettaient de leurs frayeurs. Le général CoUin reprit Wieziiezka et Podgorcze ; des troupes russes et prussiennes s'avancèrent sur Cracovie* Toute résistance était inutile. Dans la nuit du 2 au 3 mars, les insurgés, au nombre de
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