CHAPITRE lY
Questions de réforme. — Proposition de M. de Rémusat sur le« incompatibilités. — Discours remarquable de M. Thiers. — Rejet de la proposition. — Interpellations sur les massacres de la Gallicie. — Triste attitude de M. Guizot. — Clôture des chambres. — Dissolution. — Attentat de Lecomte. — Évasion du prince Louis Bonaparte. — Mariage du duc de Bordeaux. — Élections générales. ^ Attitude des partis. — Lettre inédite de M. Thiers aux électeurs d*Aix. — Attentat d'un maniaque contre les jours du roi. — Résultat général des élections. — Triomphe des conservateurs. ^ Besoin universel de réforme. — M. Guizot et M. Emile de Ghrar* din. "- Conservateurs progressistes, — Discours de M. Guizot à Lisieux. — Promesses de réformes.
Les questions de réforme électorale et parlementaire, toujours repoussées par la majorité de la chambre, étaient toujours reprises par Fopposition ; et malgré les décisions du scrutin, Topposition gagnait constamment du terrain par des discussions savantes, qui retentissaient au dehors, et faisaient pénétrer dans les esprits des mécontements et des impatiences. Les modifications demandées étaient si modérées, les changements ménagés avec tant de soin, que les hommes mêmes les plus dévoués à la monar*
torze de députés fonctionnaires : c'est ainsi que le gouvernement poursuivait lentement sa marche vers la contre-révolution.
Comparant ensuite 1* Angleterre, véritable pays du gouvernement représentatif , à la France , H. Thiers s'écriait : « Serions-nous donc réduits à n'avoir que la fiction du gouvernement représentatif, quand les autres en auront la réalité ! Ah ! il fallait nous le dire en juillet 1830 ! »
Est-ce à dire que M. Thiers regrettât sa participation à la fondation du trône de juillet? Non; car il croyait, lui, le gouvernement représentatif possible en France. U n'avait aucun regret, mais beaucoup restait à faire.
L'orateur terminait par ces remarquables paroles qui étaient comme un engagement solennel avec l'opposition.
<j( Je me rappelle ici le noble langage d'un écrivain allemand qui , faisant allusion aux opinions qui triomphent tard, a dit ces belles paroles que je vous demande la permission de citer : a Je placerai mon vaisseau sur le promontoire le D plus élevé du rivage, et j'attendrai que la mer soit assez » haute pour le faire flotter. »
» U est vrai qu'en soutenant cette opinion, je place mon vaisseau bien haut; mais je ne crois pas l'avoir placé dans une position inaccessible. »
Ces paroles étaient courageuses sans doute, elles devaient éloigner pour longtemps H. Thiers de la faveur royale et du pouvoir. Hais en les citant, le National y répondait par ces lignes prophétiques : « Qu'il ne se fasse pas illusion : D quand le flot montera, ce sera dans des jours d'orage, et )) le vaisseau de M. Thiers est bien fragile pour résister aux » moindres houles de l'Océan. »
M. Duchâtel tenta de répondre à ce brillant discours; mais