CHAPITRE IT. itl
tades pour sortir d'an maavais pas où Von s'était imprademment engagé.
« Mais toat à coap, à nn engonement sans exemple a succédé ane sorte de terreur paniqne ineiplicable. La canse de l'Egypte, si chaudement épousée d'abord, a été abandonnée avec uoe promptitude inou'ie. Et qui s'est chargé de ce nouveau rôle? Est-ce moi ? Non, assurément. Ceax qui se sont chargés de ramener si brusquement la France de cette affaire d'Orient, sont ceux mêmes qui l'y avaient si profondément engagée.
«M. Guizot, qui avait remplacé i Londres M. Sébastian!, parce que celui-ci ne soutenait pas le vice-roi d'Egypte, m'a remplacé à Paris parce que je voulais le soutenir. Je ne m'en plains pas. Le pouvoir appartient à qui le prend, à qui le garde, dans le gouvernement représentatif. Je me plains d'une seule chose, c'est du partage inique qu'on veut faire de la responsablité de cette déplorable affaire.
« Oui, il y a eu en i840 ane haute imprudence au débnt^ une insigne faiblesse à la fin.
« Je n'ai pas commis l'impradenoe par laquelle on a commencé
« Je n'ai pas commis la faiblesse par laquelle on a fini.
« Les mêmes hommes, députés et ministres, qui avaient engagé la France de la manière la plus inconsidérée dans l'affaire d'Egypte, se sont chargés de l'en tirer de la manière la plas humiliante.
« Cependant il fallait faire peser sur quelqu'un les événements de 1810, le rêle fâcheux que le goavernement français avait joué en reculant sitôt après s'être avancé si vite, le trouble pénible qui en était résulté dans les esprits ; et on a imaginé de faire peser tout cela sur le ministère da i*' mars, et dans ce ministère, sur moi en particalier. 11 a donc été convenu qu'on dirait que mes collègues, et moi surtout, nous avions tout fait, tout brouillé, tout compromis, et que nos adversaires avaient tout réparé. C'est là, certainement, l'une des plus insignes déloyautés dont l'histoire des partis puisse faire mention.
« A l'accusation principale, on a enle triste courage d'en ajouter quantité d'autres, bien étranges en elles-mêmes, bien étranges surtoat dans la bouche de ceux qui se les permettent : le rappel de la flotte I la mine des finances I le trouble apporté à l'ordre pablic I
« Le rappel de la flotte I — Vraiment il faat du courage aux défensears exclnsifs de la paix pour proférer un tel reproche.
« n n'y avait pas de milieu : il fallait on que la flotte livrât bataille aux Anglais pour empêcher les attaques de Beyrouth et de Saint-Jean- III. 8
d*Acre, oa qu'elle reTtot poar urètre pas témoin de ces .tristes événements. Livrer bataille» c'est-i-dire résoudre snr-le-champ par k gnerre une silaation qo*on poavait, avec an pea de patience et de fermeté, résoudre par la diplomatie, était ane témérité bien grande, eT d'aillears une témérité sans lendemain^ dans l'état de notre marine. anjonrd'hoi avoné. Mais que dire qaand ce sont les amis de la paix qaî reprochent au ministère da i®' mars de n'avoir pas résola la question par la guerre immédiate.
a La ruine des finances ! — Le reproche n'est pas moins étrange dans la bouche de ceni qui me l'adressent.
« De même qu*on avait laissé dépérir la marine, fante d'oser dire la vérité aux chambres, on avait laissé tomber l'armée ou-dessons de toutes les proportions commandées par la situation de l'Europe. Le ministère du i«' mars a été obligé d'y pourvoir. Pour procurer h l'artillerie, h la cavalerie, les chevaux dont elles manquaient, pour créer le matériel qui n'existait pas en fusils, canons, etc., pour faire h nos places certaines réparations indispensables, pour commencer les fortifications de Paris, pour porter l'effectif à 500^000 hommes, le ministère dn 1*' mars a dépensé un peu moins de 150 millions* C'est ce qui résulte des comptes fournis par le ministère du 29 octobre.
« On n'en a pas moins répété alors, on n'en répète pas inoios Ions les jours que le ministère du i^' mars avait dépensé un milliard, et ruiné ainsi les finances. Le milliard, comme on le voit, c'est 150 millions. Mais cela dit par ceux mêmes qui ont dépensé depuis 1,500 millions, par ceux qui ont paralysé pour dix ans les moyens de la France, en autorisant les communes, les départements, les compagnies, h empranter trois milliards, cela est étrange, j'ose dire audacieux.
<x Le trouble apporté à l'ordre public ! — Un moment , il est vrai , toutes les professions ouvrières ont, à Paris, interrompu leurs travaux pour une cause étrangère à la politique, pour une question de salaire. Jamais la situation dn gouvernement à l'égard des classes ouvrières n'avait été plus difficile. Cependant par la persuasion, et aussi par le déploiement de la force, car le camp de Fontainebleau avait été soudainement transporté à Poris, les ouvriers ont été en quatre jours ramenés à leurs ateliers, et l'ordre a été maintenu sans qu'une goutte de saog fût versée. Voilà comment l'ordre public a été troublé sous le ministère du 1*' mars ! Ce n'est pas tout^ il est vrai. Au milieu de l'agitation produite par le canon de Beyrouth, on a chanté la Marseillaise sur quelques théâtres.