CHAPITRE IT
de Taiti, plas près de la gaerre qae nous n*y avions jamais été; car nous ayoQS été placés dans cette alternative^ ou de payer à M. Pritchard, qai avait fait égorger nos soldats, une indemnité^ on d*en venir avec l'Angleterre à une lutte immédiate et sanglante.
« Les hommes de la paix ont donc conduit la France dans un vrai coupe-gorge, gratuitement, sans motif, sans intérêt aucun, et ils n*ont su Fen tirer qu'en lui faisant subir une des plus grandes humiliations qu'elle ait jamais essnyées.
« Et il fallait nne telle maladresse pour comprendre la paix, car elle tient aujourd'hui à de si grands intérêts, que personne dans le monde ce souhaite et ne peut souhaiter la guerre. C'est une assertion ridicule, que de prétendre que la paix tient à tel ou tel ministre. Le continent n'est plus assez uni et a de trop grandes affaires pour vouloir prendre l'initiative contre nous. La Russie a la Pologne, l'Autriche a la Gallicie et l'Italie i conserver. Si les hommes d'État de ces pays voulaient la guerre, ils seraient insensés, et ils ont prouvé qu'ils ne l'étaient pas. La Prusse a des embarras intérieurs qui l'absorbent. L'An gleterre tout entière désirent ardemment la paix à cause de l'Inde, à cause de l'Amérique, à cause de son commerce. Elle n'a rien à nous contester; la guerre serait pour elle un non-sens.
« La paix est dans la force des choses. De 1830 à 1836, elle a été le mérite de ceux qui la maintenaient ; elle n'est aujourd'hui le mérite de personne. On peut la mêler seulement de plus ou moins d'amertnme, on y peut mettre Pritchard ou non, mais on ne peut pas la troubler à moios de le vouloir, en passant le Rhin, et en envahissant la Tamise spontanément.
« Laissons les affaires da dehors, passons & celles du dedans.
« L'ordre n'est pas plus que la paix le privilège de quelques hommes. L'ordre pouvait être considéré en 1831, 183S, 1833, comme le mérite des hommes qui gouvernaient ; mais aujourd'hui l'ordre se maintient de lui-même, il n'est plus le résultat de l'énergique résistance da goaver* nement, mais du calme rentré dans les esprits. Pour le maintenir, il suffit de ne pas le troubler soi-même. On peut en citer an exemple éclatant, c'est le recensement.
a L'ordre, en effet, a été troublé une senle fois depuis six ans : par qui î par le pouvoir. Il s'agissait, au moyen d'une meilleure répartition de certains impôts directs, de les rendre plus productifs sans les rendre plus pesants. Mais il fallait, pour réviser les valeurs imposables, ou accepter, suivant l'usage établi, le coneoars des maires, ou demander
1^ nSTOIRB DB Wm ARS.
on article de loi qui permit de se passer d*eni. Loin de là, on a tooIo commencer le recensement sans les maires et sans un article de loi : les populations ont résisté, et on a été obligé de reconrir à la force^ de taer qnelqaes citoyens, citoyens égarés^ mais égarés par la faute âm pooToir; et pois on s*est hâté de revenir en arrière et d^abandoaner le recensement. Le sang a été répandu et cependant le goaveroemeat a reenlél
« Les soutiens par excellence de la paix, qui, par leurs ridicales cou* quêtes de TOcéanie, nous ont conduits si près de la guerre, dans Taffaire du recensement aons ont Talu le seul trouble sérieux qni ait ea lieu depuis six ans^ trouble ensanglanté sans que force restât aa gouyemement.
< L'ordre n*est donc pas plus que la paix le privilège des hommes qui gouvernent ; Tordre ne serait pas mis en péril avec ceux-ci plotôl qu'avec ceux-là. Mais voici la vérité rigoureuse de la situation. Un parti qui veut se faire de la paix et de Tordre un mérite exclusif^ s*est établi au pouvoir : il y a vieilli, et, comme tous les partis qui ont Tieilif au pouvoir^ il Texploite à son profit.
« Qu'il Teoille y rester, rien de plus naturel ; mais que pour y rester il calomnie ses adversaires et les accuse d'être les ennemii de la paix et de l'ordre, on peut raisonnablement trouver qu'il excède son droit. Cependant je loi pardonne pour ma part. Mais voici qni est moins pardonnable à mon avis, car cela tend à miner tont gouvernement : c'est de conférer sans mesure, sans aucune retenue, toutes le» fonctions publiques, dans un but exclasivement politique, c'est de se prêter ainsi aux vices du régime électif^ et de les accroître en les surexcitant.
« Mais cette corruption dont vous accusez les ministre actuels^ me disent leurs défenseurs, vous en avez été accusé vous-même. Et à ce sujet, on veut bien me rappeler les calomnies que j'ai essayées «n servant le gouvernement actuel. Je réponds d'abord qu'en me plaignant de l'abus des fonctions publiques, je ne fuis rien de plos cpie ce que faisaient en 1839, MM. Guizot et Duchâtel, lorsqu'ils àeeosaient M. Mole de corruption, accusation fort injuste, si l'on compare ce qui se passait en 1839 à ce qui se passe en 1846. Je réponds ensnite que je a'ai présidé aux élections qu'une fois, en 1834, au lendemain d'émeutes sanglantes^ et qu'alors le zèle des citoyens alarmés suffisait,. sans que nous fussions obligés de nous en mêler, pour nous donner mw immense majorité. Mais aujourd'hui que les passions sont éteintes^ qoe