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avaient embrassée. Armés pour la plupart et pleins de résolution, obéissant à des chefs nommés par eux, ils auraient pu prendre dans la lutte une influence irrésistible, si des prédications exaltées et des excès, inséparables de leur organisation même, n'avaient éloigné d'eux la foule toujours nombreuse des timides et des modérés.
Tel était Tétat des choses, lorsqu'on 1841, les élections appelèrent les radicaux au pouvoir dans le canton d'Ârgovie, canton mixte où les deux religions sont en force à peu près égale. Le premier usage qu'ils firent de leur autorité fut de sévir contre les moines des couvents d'Argovie, à raison des troubles qu'ils avaient excités dans le canton, et de prononcer la suppression des établissements ^ligieux. Aussitôt les cantons catholiques firent entendre d'énergiques protestations, et pour répondre à un acte qu'il considérait comme une déclaration de guerre à la religion romaine, Lucerne appela chez lui les jésuites. Cefutau tour des protestants à pousser des cris de colère : la présence fes persécuteurs les plus acharnés de leur religion annonçait assez que la lutte allait prendre un caractère implacable: et le premier résultat de la détermination de Lucerne fut de remplacer la querelle des couvents parla querelle des jésuites.
Ce fut le signal de la guerre civile. Les corps francs faisant un appel à leurs affiliés, se réunirent au nombre de huit mille hommes armés, et pénétrèrent avec douze pièces de canon dans le canton de Lucerne. Mais celui-ci avait pris ses dispositions: soutenu par les autres cantons catholiques, il opposa aux envahisseurs des masses imposantes; les corps francs, commandés par Ochsenbein, furent mis dans une déroute complète, et leur malheu-
reuse expédition ne servit qu*à augmenter l'audace du parti catholique.
Il résolut de profiter de cette victoire pour rallier toutes ses forces au moyen d'une confédération militaire qui pourrait peut-être lui assurer dans la suite la suprématie en Suisse. Sous l'inspiration des jésuites, sept cantons catholiques, Lucerne, Uri, Schwitz, Unterwalden, haut et bas, Ziig, Fribourg et le Valais firent une alliance dont le but était en même temps une protection mutuelle en cas d'attaque, et la défense opiniâtre de la constitution de 1815. Ils appelèrent leur ligue alliance' des cantons fidèles au pacte ; les radicaux lui donnèrent le nom de Sunderbund.
Le traité fait à Lucerne, le il décembre 1845, était ainsi libellé :
tt 1** Les cantons de Lucerne, Uri, Schwitz, Unterwalden, haut et bas, Zug, Fribourg et Valais, prennent, pour le cas oii l'un ou plusieurs d'entre eux seraient attaqués, et en vue de défendre leurs droits de souveraineté et territoriaux, l'engagement de repousser l'attaque en commun et par tous les moyens à leur disposition, en conformité du pacte da 7 août 1815 et des anciennes alliances.
« 2° Les cantons s'entendront sur la manière la plus convenable de se tenir mutuellement au courant de tous les événements.
« Au moment où un canton obtient l'avis certain qu'une attaque doit avoir lieu ou qu'elle a déjà eu lieu, il doit être envisagé comme requis en conformité du pacte, et obligé de mettre sur pied le nombre de troupes nécessaire, selon les circonstances, sans attendre la réquisition officielle du canton respectif.
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« S** Un conseil de guerre, composé d'un délégué de chacun des États prénommés, avec des pouvoirs généraux, et autant que possible étendus de la part du gouvernement, est chargé de la direction supérieure de la guerre. En cas de menaces ou d'existence d'une attaque, il se réunit.
<i( i'' Le conseil de guerre, avec les pouvoirs qui lui sont conférés doit, en cas de besoin, prendre toutes les mesures nécessaires pour la défense des cantons respectifs.
« Si le danger n'est pas pressant, il en conférera avec les gouvernements de ces cantons.
a S"" Pour ce qui est du payement des frais occasionnés par de semblables levées de troupes, il est admis comme règle que le canton requérant doit acquitter les frais de la levée des troupes qu'il a demandées.
« Sont toutefois réservés les cas où il y a des raisons particulières d'admettre une répartition spéciale. Les autres frais qui dans l'intérêt commun sont résultés pour l'un ou l'autre des cantons, sont supportés par tous les cantons prénommés d'après l'échelle d'argent fédérale. »
De quelque prétexte que se couvrît cette coalition religieuse et politique, il est certain qu'elle était en opposition directe avec toutes les idées d'ordre et d'autorité dans un gouvernement. C'était un État constitué dans l'État, une fraction de la communauté en révolte ouverte contre l'ensemble; sous le nom d'alliance, une insurrection, et, sous le voile de la liberté, un acheminement au despotisme.
Les cantons radicaux, et surtout Berne, Ârgovie, Soleure et Bâle-Campagne firent entendre d'énergiques réclamations, appelant les populations à des mesures énergiques pour dissoudre une ligue menaçante qui séparait violemment la Suisse en deux Etats. Mais sur les vingt-deux
cantons, onze seulement s'étaient ouvertement prononcés contre le Sunderbund. Parmi ceux qui restaient, les uns, comme Neufchàtel et Bâie- Ville, se montraient disposés à l'appuyer, les autres, comme Genève et Saint-Gall, n'avaient pris parti ni pour les radicaux, ni pour les catholiques. La majorité dans la diète était donc incertaine.
Le gouvernement de Genève se trouvait alors dans la mm de Taristocratie bourgeoise, qui, malgré la diflférence de religion ne cachait pas ses sympathies pour le Sunderbund. Aussi les députés à la diète avaient-ils reçu pour instructions de n'émettre aucun vote sur la question du Sunderbund. Mais la population genevoise, exclusivement protestante, trayaillée d'ailleurs par les clubs et les sociétés secrètes, était entièrement en désaccord avec la politique de son gouvernement. Les esprits s'aigrissaient, les mécontentements ne se dissimulaient plus, lorsque le 3 octobre 1846, sur un vote du grand conseil favorable au Sunderbund, une émeute, commencée à la voix de James Fazy, ancien rédacteur de la Révolution et correspondant du National^ se propage dans les différents quartiers de la ville. Les sociétés secrètes et les corps francs prennent les armes ; la population les seconde; le conseil exécutif, vaincu, se dispersele 7, et Fazy s'empare de la dictature. Dansles premiers jours de novembre, un arrêté du gouvernement provisoire déclare : « Que le canton de Genève adhère à la proposition faite par le haut État de Zurich, dans la séance du 4 septembre 1846. » Cette proposition consistait à citer devant la diète les sept cantons coalisés. Ainsi Genève assurait aux radicaux la majorité. i
Ce qui devenait encore menaçant pour le Sunderbund, c'est que le 1*' janvier 1847, Berne devenait vorort el de-