‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 103 sur 222 · CHAPITRE VIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIT

quel lien devait-elle s’occuper d’établir ? Évidemment celui d’une révolution commune.

Au lieu de cela, on a cherché un lien de famille. Or, le danger s’est si promptement manifesté, aussitôt après la conclusion des mariages, et la position d’un prince français en Espagne a paru tellement fausse, qu’on a fait immédiatement revenir en France le duc deMontpensieret son épouse ; on a déclaré qu’on n'avait pas voulu faire un prince espagnol, mais une princesse française. Ce qui n’était pas assurément une entreprise de l’ordre politique.

On n’avait rien gagné. Qu’ est-ce qu’on avait perdu ? L’alliance anglaise.

Or, M. Thiers se déclarait, comme il l’avait toujours fait, partisan de l'alliance anglaise. L’alliance avec l’Angleterre, pour protéger les nationalités menacées, la liberté en péril, lui paraissait, lui avait toujours paru bonne, que les tories ou les whigs gouvernassent la Grande-Bretagne. Mais lorsque les whigs, dont l’esprit libéral déplaît à l’Europe absolutiste, arrivaient au pouvoir, se tourner contre eux, n’étaitce pas révéler ses penchants réactionnaires?

Et dans quel moment brisait-on cet accord des deux pays gardiens de la liberté du monde? Lorsque Cracovie allait périr. Mais, disait-on, on n’avait pu prévoir cet événement. Non, sans doute, car on avait les yeux attachés sur Madrid.

Mais Cracovie, ce n’était qu’un point dans l’espace. Restait le monde entier, l’Italie, la Suisse, l’Allemagne, et M. Thiers, après un rapide coup d’œil jeté sur les mouvements qui agitaient ces différents États, s'écriait :

« Méconnaissez, si vous voulez, l’événement de Cracovie ; Cracovie était bien petite, quoiqu’elle ait la grandeur du

droit. Méconnaissez l’événement de Cracovie ; mais avezvous donc méconnu l’état du monde? »

Et en présence de cette situation, on n’avait pu ajourner le second mariage ! Les résultats de cette faute, il n’y avait qu’un événement qui pût nous y soustraire, la naissance d'un héritier de la reine Isabelle. Ainsi, le plus grand bonheur de la France serait que le mariage du duc de Montpensier n’eût aucun résultat. Pour que cette œuvre cessât d’étre funeste, il fallait qu’elle devint nulle.

Malgré la longueur d’un discours qui avait pris toutes les heures de la séance, M. Thiers avait produit un grand effet. Était-ce un triomphe oratoire, ou un triomphe politique? Question difficile h résoudre dans une assemblée, et surtout dans une assemblée française, où le sentiment de l’art semble dominer pendant la discussion et disparaît au " moment du vote. M. Guizot toutefois était tenu de répondre, sinon pour rassurer les convictions de ses fidèles, au moins pour satisfaire leur vanité, car ils avaient à cœur de voir leur ministre conserver un rôle brillant dans la lutte, et justifier ou déguiser par son habileté les complaisances du scrutin.

M. Guizot s’efforça de répondre aux espérances de ses amis.

M. Thiers n’avait pas blâmé le mariage de la reine ; toute la discussion portait donc sur celui du duc de Montpensier. Dans cet acte, selon M. Thiers, il n’y avait eu ni nécessité, ni loyauté.

Le ministre répondait à ces deux reproches.

La nécessité, disait-il, devait sortir tout entière d’une comparaison entre la situation dans laquelle on se trouvait, en juin, en présence de lord Aberdeen, et celle

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