‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 110 sur 222 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Le jour même où M. Léon de Malleville était porté à la vice-présidence, le 22 mars, M. Duvergier de Hauranne était appelé à développer une proposition de réforme électorale. Les bureaux en avaient autorisé la lecture, malgré les efforts personnels des ministres. En cette occasion encore, les jeunes conservateurs avaient été indociles.

L’exemple de M. Duvergier de Hauranne prouvait pourtant à M. Guizot combien il est périlleux de fermer l’oreille aux conseils de ses amis. Un des plus fougueux autrefois parmi les doctrinaires, défenseur des lois de septembre, partisan des mesures de répression, M. Duvergier de Hauranne avait à bon droit jugé que, les circonstances étant changées, la politique ne devait pas rester la même; que les partis ayant renoncé aux violences, le gouvernement devait renoncer aux rigueurs : il pensait que le pouvoir, après avoir fait preuve de force, devait faire preuve de générosité; qu’après avoir satisfait aux principes d’ordre, il était temps d’accorder quelque chose aux principes de liberté. Il s’était donc résolument jeté dans le parti libéral, en combattant, à côté de M. Guizot, dans les rangs de la coalition. Mais c’avait été pour lui une cruelle déception de voir M. Guizot , infidèle à la cause commune , reprendre la politique qu’il avait combattue chez M. Molé, et sacrifier audacieusement les principes qui l’avaient aidé à triompher d’un rival. A ses anciennes sympathies avaient succédé les amertumes d’une trahison ; et ses nouvelles convictions politiques puisaient de la force dans les ressentiments d’une conscience indignée. La réforme devint un cri de guerre, encouragé par l’opposition parlementaire avec des vues diverses, et répété par la presse radicale, heureuse de voir les mécontents dynastiques faire au vieux

système une première brèche, qu’elle espérait bien élargir.

Avant de soumettre sa proposition à la chambre, M. Duvergier de Hauranne avait saisi le public de la question, dans une brochure substantielle, où il signalait avec une mordante éloquence tous les vices du système électoral, tous les dangers de la situation politique, l’isolement de la France, son apathie morale en présence des événements extérieurs les plus graves, ses déplorables tendances vers un égoïsme désorganisatcur, enfin la corruption politique annulant de fait le gouvernement représentatif, et asservissant le pouvoir parlementaire à la prérogative royale. II fallait donc réformer la loi électorale, y introduire quelques garanties contre la centralisation administrative, et multiplier les incompatibilités. L’abaissement du cens, l’élévation à quatre cents du nombre minimum d’électeurs nécessaires pour constituer un collège , l’adjonction d’une liste de capacités différentes de la seconde liste du jury, l’introduction dans la chambre de 79 députés de plus, nommés par les collèges les plus nombreux : tels étaient les moyens indiqués par lui pour parvenir à réaliser cette régénération parlementaire; telles étaient les principales dispositions du projet qu’il soumettait à la chambre.

Les différents partis en attendaient la discussion avec impatience. Non pas qu’il fallût en espérer un résultat immédiat : mais l’agitation qu’elle produisait dans les esprits, les graves accusations qu’elle ramenait à la tribune, l’impuissance des ministres à cacher les abus, l’avantage de l’opposition à les faire ressortir, enfin le mouvement des idées excitées par une question qui, sanscesse remise au jour, gagnait sans cesse du terrain, tout cela devenait un encou-

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