‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 115 sur 222 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

luelle où il voudra faire quelque chose? Encore une fois qu'il nous le dise ! »

A cette apostrophe, une certaine agitation se fait remarquer au banc des ministres. M. Guizot fait un geste négatif.

L’orateur reprend : « Le ministère me dit : non ; je le savais d’avance. Mais j’ai dû lui en faire la demande une dernière fois.

« Eh bien donc ! le ministère repoussant toute réforme au fond, en principe, nous croyons, nous, qu’il y a opportunité à voter tout à l’heure la prise en considération de la proposition de M. de Rémusat. »

C’en était fait : la scission s’accomplissait dans les rangs des conservateurs. L’orgueil opiniâtre de M. Guizot ne voulait pas transiger môme avec les amis de fa monarchie ; toute pensée d’indépendance était considérée par lui comme un acte de révolte ; il ne reconnaissait plus de dévouement là où il n’y avait pas de servilité.

Le vote néanmoins vint démontrer qu’il pouvait y avoir quelque danger à traiter avec tant de hauteur les jeunes dissidents : 170 voix se prononcèrent pour la prise en considération, 219 contre. La majorité n’était plus que de 49 voix ; elle avait été de 98 dans le vote sur la proposition de M. Duvergier de Hauranne.

L’opposition était plus que jamais encouragée à poursuivre les tentatives de réforme ; elle y était encore invitée par les révélations de scandaleux faits de corruption qui allaient appeler sur les bancs des criminels deux ministres de la royauté. Nous reviendrons plus tard sur ce triste procès ; il eut pour premier effet de provoquer une proposition de M. Crémieux tendant à interdire aux députés de s’intéresser dans les concessions de travaux publics, chemins de

fer ou autres, accordées par le gouvernement ou par la loi.

Dans la lutte qui se faisait entre les compagnies financières pour obtenir des concessions de chemins ferrés, chacune d’elles cherchait à se faire une influence, en offrant des places de directeur ou d’administrateur à des pairs, des députés, des fonctionnaires qui pussent agir sur les volontés des ministres et les votes des chambres. En supposant que les députés attachés aux compagnies par de gros émoluments fussent assez retenus pour s’abstenir de toute intrigue, il était évident que, dans les votes, ils ne pouvaient conserver toute leur indépendance. La proposition de M. Crémieux apportait un correctif à cette nouvelle espèce de corruption.

La discussion, ouverte le 10 mai, fut signalée par des personnalités, des récriminations, des clameurs. Trop de noms étaient intéressés dans la question, pour qu’on pût écouter ou parler avec calme. Un journal retraçait en ces termes le tableau de la séance : « Il n’y a pas de réunion de « collégiens insurgés qui n’eût honte de tels écarts et de « tels emportements. » Le ministère sembla contempler avec une malicieuse satisfaction cette lutte confuse où les députés se déchiraient entre eux ; car quelques membres de l’opposition dynastique avaient partagé les faveurs des compagnies; et M. Dumon déclara que le gouvernement ne s’opposait pas à la prise en considération : elle fut votée à une forte majorité.

La jurisprudence Bourdeau, nom consacré pour signaler la plus odieuse des hypocrisies judiciaires, devint à son tour l’objet d’une proposition présentée par M. Berville. Elle avait pour but de contraindre les fonctionnaires pu-

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