‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 121 sur 222 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

déjà connu. Des débats judiciaires avaient établi les honteuses circonstances de ee marché ; mais M. de Girardin avait reçu d’une des personnes intéressées des confidences qui compromettaient plus directement encore M. le ministre de l’intérieur. C’était M. Duchàtel, disait et répétait le journaliste, qui lui-même avait dicté les termes de la transaction, qui lui-même avait fait demander les 100,000 francs, et qui lui-même avait exigé, contrôlé la remise. A cette accusation précise, que répondait le ministre? Rien. Le journaliste le provoquait, le défiait : le ministre, reculant devant une poursuite, attestait par son silence la réalité du méfait qui lui était imputé. Enfin, un débat eut lien, dans la chambre, entre M. Duchàtel et M. de Girardin, et l’avantage resta, dans ce débat, à M. de Girardin. Il avait allégué des faits, fourni des preuves, et M. Duchàtel n’avait pu que lui opposer des dénégations équivoques, en rejetant la responsabilité du délit sur des personnes mystérieuses. Le public consentit à la partager entre M. Duchàtel et le rédacteur en chef de l'Époque, M. Granier (de Gassagnac). C’est la seule concession qu’il put faire au ministre accusé.

Ce n’est pas tout. Le même journal l’Époque, ayant toujours besoin d’argent, M. Granier (de Cassagnac) avait pris, envers quelques maîtres de poste, l’engagement de faire déposer par M. le ministre de l’intérieur, au prix de 1,200,000 francs, un projet de loi favorable à leurs intérêts. Voilà ce que M. de Girardin disait dans son journal, à la tribune de la chambre, renouvelant ses provocations, défiant le conseil des maîtres de poste, Mc Jouhaut, et les maîtres de poste eux-mêmes, MM. Dailly, Duclos, Faucher et Labbé, d’oser le démentir. M. Duchàtel se contenta de répondre que le fait n’était pas vraisemblable. Tout le

monde trouva que cette réponse était insuffisante. L’accusation fut reproduite par toute la presse, et aucun journal ne fut poursuivi. M. DuchAtel n’ignorait pas qu’il existait , entre les mains de quelques personnes des pièces accablantes, et qu’une information judiciaire les ferait paraître au grand jour. M. Hébert, insolemment prié, supplié de faire un gros procès aux journaux qui reproduisaient sous toutes les formes les mêmes accusations, M. Hébert n’en fit rien.

M. de Girardin ajoutait que la promesse d’un siège à la chambre des pairs avait été vendue. Cité pour ce fait devant la cour des pairs, il donna des explications et fut acquitté. L’accusation retombait de tout son poids sur les ministres.

Mais des révélations bien plus sérieuses encore occupèrent bientôt l’attention publique.

Un procès civil se poursuivait devant le tribunal du département de la Seine, entre M. Parmentier, directeur des mines de Gouhenans ( Haute - Saône ) , et M. le général Despans-Cubières , ancien ministre de la guerre , assigné avec plusieurs autres actionnaires en paiement d’une somme de 1,200,000 francs.

L’affaire fut plaidée dans les audiences des 23 et 30 avril. M. le général Cubières eut complètement gain de cause quant à la question pécuniaire. Mais il était évident pour tout le monde que ce procès avait été engagé sans espoir de succès, et seulement avec l’intention de faire du scandale. M. Parmentier avait entre les mains des lettres qui devaient compromettre le général Cubières. Il avait voulu en profiter pour contraindre le général à des sacrifices onéreux, et celui-ci avait résisté à ses demandes comme

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