‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 138 sur 222 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

La loi ne permettait pas de l’arrêter. Il fut donc gardé dans son hôtel. Aussitôt qu’une ordonnance royale eut chargé la cour des pairs de procéder à l’instruction de cet affreux attentat, le duc fut conduit au Luxembourg et interrogé par le chancelier. « Vous savez, lui dit celui-ci, le crime affreux qui vous est imputé, vous savez toutes les circonstances qui ont été mises sous vos yeux et qui ne permettent pas l’apparence d’un doute; je vous engage à abréger les fatigues que vous paraissez ressentir, en avouant, car vous ne pourriez pas nier, vous n’oseriez pas nier. » Il répondit : « La question est bien précise, mais je n’ai pas la force de répondre ; elle demanderait de bien longues explications. » Le chancelier répliqua : « Vous dites qu’il faudrait de longues explications pour répondre. Il suffit d’un our, ou d’un non. » L’accusé ne voulut rien ajouter à ces mots : « 11 faut une grande force d’esprit pour répondre un oui ou un non , une force immense que je n’ai pas. » C’était le muet aveu du crime; mais le criminel aurait voulu raconter toute sa vie, et montrer comment une implacable haine avait pu naître d’une contrariété de caractère; il aurait voulu peut-être encore écarter, par un récit fidèle du meurtre, les circonstances de la préméditation. Mais, atteint aux sources de la vie par le poison et se sentant mourir, il aima mieux garder le silence que de donner des explications incomplètes.

Il mourut le mardi 24 août.

Assurément les journaux des partis n’avaient rien à voir dans cette affaire. Mais, comme le coupable appartenait à la chambre des pairs et à la plus haute noblesse, le peuple, trop souvent calomnié, considéra ce forfait comme un nouvel exemple de l’immoralité des grands. Le

crime de M. Teste et de ses complices avait frappé de stupeur la classe moyenne et l’avait dégoûtée d’un gouvernement tombé dans ces mains corrompues; celui de M. de Praslin toucha plus vivement la multitude, et devint un de ses griefs, non contre le gouvernement, mais contre la société.

Page 1