‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 156 sur 222 · CHAPITRE Ail · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ail

pairs, dans la séance du 3 août, avec la réserve que lui commandait l’état des esprits. Il parla du pape en de bons termes : « Un souverain, dit-il, le chef de l’Église, semble reconnaître l’esprit nouveau, les besoins nouveaux, la nécessité de satisfaire les intérêts nouveaux. Le représentant de l’autorité souveraine entrant dans une telle voie, c’est le plus beau spectacle qui ait encore été donné au monde ! On ne saurait craindre qu’il oublie les conditions des principes d’ordre et d’autorité. Je le dis donc, tous les gouvernements commettraient une faute énorme, s’ils ne le soutenaient pas de toutes leurs forces dans la tâche difficile qu’il a entreprise. I n’est pas seulement de telle ou telle nation, mais de toutes les nations européennes, d’apporter leur appui évident et clair à la tâche sublime dont je parle en ce moment. Elles doivent y être d’autant plus encouragées, que l’entreprise se présente avec une grande chance de succès. » M. Guizot se déclarait donc en faveur de Pie IX, et priait l’Autriche elle-même de souscrire à ces témoignages de sympathie. Elle ne le pouvait guère : mais comment se serait-elle montrée assez ombrageuse, pour prendre en mauvaise part ces encouragements donnés au réformateur de l’administration romaine, quand le chef du culte israélite, le grand rabbin, et après lui, le sultan Abdul-Medjid, venaient d’adresser à Pie IX les mêmes félicitations, les mêmes hommages? M. Guizot s’empressait, d’ailleurs, d’ajouter : « Quand il s’agit de réformes comme celles que poursuit l’État romain, les plus grands dangers ce sont les partis extrêmes, et c’est au parti modéré seul qu'il appartient d’accomplir de telles réformes et de prévenir ou de détourner les révolutions. » Ce qui signifiait que M. Guizot ne tarderait pas à retirer les paroles m. 20

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d’approbation qu’il avait prononcées, puisque déjà la jeunesse de Turin, de Livourne, de Rome même, exaspérée par les insolentes provocations du parti réactionnaire, s’était rassemblée sur les places et avait fait entendre d’énergiques menaces contre les Autrichiens et leurs complices, les jésuites. M. Guizot disait encore : « Aucun bouleversement territorial et politique ne nous est bon au delà des Alpes. # Ce qui n’était pas autre chose qu’une adhésion sans réserve aux transactions de 1815, un désaveu préalable de tout ce que pourraient tenter les populations italiennes de Milan, de Venise et d’autres lieux, contre l’insupportable tyrannie de l’Autriche.

Avant d’entendre M. Guizot, on savait qu’il devait se comporter en Italie comme ailleurs, sans avoir aucun égard au sentiment national. Quand on connut son plan de campagne, on n’hésita pas à le condamner. Cependant sa conduite devait être pire que ses paroles. L’Autriche, malgré les prières de M. Guizot, ne demeura pas neutre, et les gouvernements italiens, avant d’être intimidés par les partis extrêmes, eurent affaire à d’autres ennemis. Ce fut l’écueil de notre diplomatie ; et le ministre qui, par avance,, avait réglé sa conduite sur des éventualités problématiques, se vit alors en présence de faits imprévus, qui l’engagèrent dans une série de honteuses faiblesses, mal excusées depuis par d’impudents mensonges.

L’article 103 des traités de Vienne donnait à l’Autriche droit de garnison dans la place de Ferrare. A ce titre, une garnison autrichienne occupait la citadelle de Ferrare et plusieurs casernes dans l’intérieur de la ville. La garde des barrières' et de tous les autres postes avait été laissée, par convention expresse, aux troupes pontificales. Ayant reçu

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