‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 158 sur 222 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

avaient disparu : ce parti d’intrigants et de dupes, que l’ambassade française avait prétendu former elle-même, avec les débris de la fraction grégorienne et quelques timides approbateurs des réformes pontificales, s’était dissous de lui-méme à la nouvelle de l’invasion autrichienne; les grégoriens avaient quitté Rome où ils n’étaient plus en sûreté, les autres s’étaient laissé entraîner par l'émotion générale, et on les entendait dire eux-mêmes que l’agression de l’Autriche était une violation des traités, un attentat contre l’indépendance italienne. L’indépendance italienne I Dès que ce mot fut prononcé, notre ambassadeur écrivit que désormais la bonne cause était perdue, que les exaltés dominaient le souverain pontife, et qu’il ne pouvait plus le soustraire à leur fatale influence. Vers le même temps arrivèrent à Paris des dépêches de Livourne, de Turin, annonçant que, dans ces villes, on parlait aussi de la vieille patrie, et que Charles- Albert avait, de sa bouche royale, promis de concourir à la défense du sol italien. A Lucques, on s’était soulevé. Un soulèvement bier plus considérable venait d’éclater en Sicile, et l’on allai* r eut-être voir finir le règne abhorré du Bourbon de Naples. Tous les plans de M. Guizot étaient renversés. Il ne voulut plus s’occuper de l’Italie.

C’est alors que le cabinet de Londres s’en occupa davantage. Un des collègues de lord Palmerston, lord Minto, fut chargé de se rendre dans ce pays, de le parcourir en tous les sens, d’en observer attentivement l’état moral, et d’encourager le parti de la liberté, s’il le trouvait digne de ces encouragements. Lord Minto n’avait pas été longtemps à reconnaître que la haine de l’Autriche et le désir des réformes étaient dans tous les cœurs italiens deux sentiments d’une égale énergie, et, loin de conseiller l'indifférence et

la résignation, il avait favorablement reçu les visites et les confidences de ces hommes pleins d’une généreuse ardeur, que M. Guizot signalait à nos chargés d’affaires comme des pestes publiques. Partout sur son passage il avait reçu des témoignages de respect ; partout il y avait répondu par des paroles amies. La France avait lâchement abandonné ses alliés naturels : l’Angleterre recueillait tous les profits de -cette faiblesse.

Louis-Philippe s’était rapproché de l’Autriche pour s’introduire par cette porte dans le conseil des rois : M. Guizot, ministre, docile, malgré la raideur affectée de ses manières ■et de ton personnel de ses discours, avait, de son côté, 'recherché la confiance de M. de Metternich, et ne l’avait •obtenue que par une entière soumission. Bien triste rôle! mais il ne répugnait pas trop à M. Guizot, car il trouvait chez M. de Metternich quelques passions qui répondaient aux siennes, l’orgueil du pédagogue n’étant pas moins offensé que l’orgueil du prince par l’influence toujours croissante des idées révolutionnaires et des personnes engagées dans le parti de la révolution. En Suisse et en Italie, comme en ■France, M. Guizot prétendait être le plus habile ou le plus retoutable adversaire du radicalisme, et l’impopularité qu’il avait acquise lui paraissait la plus glorieuse des récompenses. Il l'avait assurément bien méritée.

Personne ne demandait au gouvernement d’aller au -delà des Alpes exciter des passions déjà trop ferventes, provoquer l’Autriche, et remettre en question la paix du monde : mais personne n’ignorait que cette malheureuse •Italie avait l’incontestable droit de refaire ses constitutions, sans consulter les convenances de l’Autriche, et l'on regardait comme un devoir strict pour la France d’accepter,

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