‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 163 sur 222 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

sortant de sa réserve habituelle, blâmait les banquets, et se prononçait contre toute réforme. Voici ce passage : « Au milieu de l’agitation que fomentent les passions ennemies ou aveugles, une conviction m’anime et me soutient : c’est que nous possédons, dans la monarchie constitutionnelle, dans l’union des grands pouvoirs de l’État, les moyens les plus assurés de surmonter tous les obstacles, et de satisfaire à tous les intérêts moraux et matériels de notre chère patrie. Maintenons fermement, selon la charte, l’ordre social et toutes ses conditions. Garantissons fidèlement, selon la charte, les libertés publiques et leurs développements. Nous transmettrons intact aux générations qui viendront après nous le dépôt qui nous est confié ; elles nous béniront d’avoir fondé et défendu l’édifice, à l’abri duquel elles vivront heureuses et libres. » Ces phrases travaillées, dont tous les mots ont un sens précis, intentionnel, furent seules entendues par la chambre. Sur toutes les autres affaires, le roi se taisait ou s’exprimait avec des réticences calculées : sur l’affaire des banquets, il déclarait énergiquement son avis. Vainement on demandait la réforme; elle ne devait pas être accordée. Et qui, d’ailleurs, faisait tant de bruit autour de cette question frivole? La charte offrant toutes les garanties désirables aux intérêts moraux aussi bien qu’aux intérêts matériels, la réforme ne pouvait être réclamée que par des passions, des passions ennemies ou aveugles. Voilà ce que le roi disait, et sa voix affaiblie par l’âge retrouvait quelques sons plus pleins, plus vibrants, pour envoyer cette injure aux convives des banquets réformistes. Elle fut accueillie comme elle devait l'être. Aveugles ou ennemis, tous les orateurs de l’opposition qui avaient pris part à l’agitation réformiste ni. 21

se promirent d’exercer de justes représailles. Tout cela, pour reproduire ici les sinistres paroles du duc de Joinville, tout cela devenait très-sérieux.

Une perle domestique, qui fut d’autant plus douloureuse qu’elle n’était pas pressentie, vint atteindre le roi le premier jour de l’année nouvelle. Sa sœur, Mm* Adélaïde, mourut à la suite d’une légère indisposition. Depuis quelque temps, le roi parlait souvent de sa vieillesse, et sentait ses forces défaillir. Sa sœur, née le 23 août 4777, était plus jeune que lui de quatre années. Cette fin subite le frappa comme un avertissement. Ajoutons qu’il perdait à la fois une sœur compagne des dures épreuves de sa jeunesse, et une amie qu’il consultait volontiers sur les choses de l'État; car l’intelligence presque virile de Mme Adélaïde avait toujours eu du penchant pour la politique.

Ce fut un deuil pour la cour ; mais, dans le public, la cause de ce deuil fut à peine connue : personne ne s’inquiétait des affaires privées de la famille d’Orléans. Les affaires publiques suffisaient, d’ailleurs, pour occuper les esprits. Les bureaux de la chambre choisissaient les membres de la commission de l’adresse, et, avant même que cette commission fût nommée, on annonçait déjà que le débat serait animé, que toutes les voix éloquentes seraient entendues, et que la tribune allait retentir de véhémentes accusa- . tions.

Un événement bien plus considérable que la mort de Mm* Adélaïde, la soumission et la capture d’Abd-el-Kader, annoncée dans la journée du 1er janvier, ne causa lui-même qu’une émotion légère.

Établi sur les frontières du Maroc, Abd-el-Kader avait

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