CHAPITRE I
1* La dissolution des rassemblements extraordinaires de troupes marocaines qui existaient sur notre frontière, dans les environs d’Ouchda ;
2° La punition exemplaire des auteurs des agressions commises contre nos troupes depuis le 30 mai ;
3° L’expulsion d’Àb-el-Kader du territoire du Maroc ;
4° Une délimination des frontières de l’Algérie et du Maroc, conformément à l’état de choses existant et reconnu du Maroc lui -même sous la domination des Turcs à Alger.
Les conditions furent d’abord examinées et débattues entre les deux plénipotentiaires français et le prince de Joinville. Les principales clauses du traité étaient celles qui concernaient l’émir et la délimitation des frontières. MM. de Glucksberg et deNyon voulaient qu’Àb-el-Kader fût mis hors la loi. Le prince demandait des termes plus précis; mettre hors la loi n’avait aucun sens pour les Arabes ; on ouvrait la porte à des interprétations arbitraires. Il fallait, en outre, selon lui, déterminer les mesures à prendre pour interner l’émir ; il fallait, une fois qu’il serait interné, qu'il fût toujours accompagné d’un agent français, soit consul, soit oflicier. Les deux diplomates se récrièrent : aucun agent français ne voudrait accepter le rôle d’Hudson Lowe. La difficulté ne fut pas résolue. On dut se contenter de termes vagues et de vagues promesses.
Le prince de Joinville désirait que la délimitation des territoires fût fixée dans le texte môme du trarté. MM. de Glucksberg et de Nyon renvoyaient la délimination à un traité séparé. Le prince insistait : « Pourquoi remettre, disait-il, ce qui peut être décidé de suite? » Malgré sa vive opposition, les diplomates l’emportèrent.
Enfin le jeune amiral voulait faire supporter à l’empereur les frais de la guerre, par paiements échelonnés, et à condition qu’on lui donnerait quittance lorsque Ab-el-Kader serait interné. Les diplomates s’y opposèrent vivement, disant qu’on semblerait payer l’emprisonnement de l’émir, et qu’il était indigne de la France de mettre à prix la tête d’un ennemi. Le véritable motif, toutefois, de leur résistance était dans les instructions qu’ils avaient reçues de M. Guizot, qui, voyant dans la question d’argent le plus sérieux obstacle au traité, avait hâte d’en finir. Le Journal des Débats, inspiré par lui, dissimulait de honteuses complaisances sous un vain éclat de mots : « La France est assez riche pour payer sa gloire. »
Le maréchal Bugeaud fut aussi consulté sur cette question, et se prononça contre l’opinion du prince. « Pourquoi stipuler de l’argent? disait-il : on ne sera pas payé; et il faudra reprendre les armes pour faire rentrer la contribution de guerre. » Puis, par une de ces bizarreries que l’on rencontrait souvent dans son caractère, une fois le traité signé, il trouva qu’on avait été trop indulgent. Il faisait du traité une critique amère, et oubliant que le prince de Joinville avait été opposé aux clauses qu’il blâmait, il exhalait contre lui sa mauvaise humeur en langage de soldat : « Votr<? prince de Joinville, s’éeriait-il, est un grand mollasse. »
Quoi qu’il en soit, le traité, signé le 10 septembre, fut accueilli en France aVec un étonnement mêlé d’indignation. Qu’était-ce donc que ce traité consenti sans garanties, sans réserves, aux conditions offertes avant la guerre? Vingt millions avaient été dépensés, le sang de nos soldats avait coulé, et la France ne tenait compte ni des sacrifices d’ar-