‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 184 sur 222 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Le banquet du douzième arrondissement. — Interdiction signifiée par le commissaire de police. — Réunion des députés de la gauche. — Opinions diverses : il est décidé qn’on fera le banquet. — Manifeste des députés de l'opposition. — La révolution a-t-elle été préparée par les députés dynastiques ou par les députés radicaux? — Commission chargée d’organiser le banquet. —Un grand nombre de conservateurs proposent d’accorder la réforme. — Résistance du roi. — Second manifeste de l’opposition. — Démarches faites par MM. Yitel et de Morny. — Elles sont favorablement accueillies, et une transaction est proposée. — Elle parait acceptée par tout le monde, si ce n’est par les radicaux extrêmes et par le parti de la cour.

Chez les nations qui depuis quelque temps jouissent de la liberté, les intérêts conservateurs ont une grande influence. Sous la lutèle des institutions qui protègent la propriété personnelle, les aptitudes individuelles se sont développées, le travail a produit la richesse, et, veillant avec un soin jaloux sur cette richesse laborieusement acquise, chacun redoute les ébranlements causés par les troubles civils. Aussi, le pire des gouvernements peut-il soumettre aux plus dures épreuves la patience d’une nation libre.

S’ est-il rendu coupable d’une longue série de fautes? A-t-il offensé la conscience publique par les plus odieux méfaits? On va tout lui pardonner, s’il témoigne quelque repentir, s’il prend l’engagement de mieux faire, s’il accorde la plus petite satisfaction aux sentiments qu’il a profondément blessés. Les intérêts parlent plus haut que la justice. Mais si ce gouvernement persévère avec une obstination insensée dans un système condamné, s’il refuse tout ce qu’on lui demande et accompagne ce refus de défis hautains, on saisit les armes au moindre prétexte, et on se hâte de le renverser.

Paris avait eu l’initiative des banquets. Le comité central des électeurs de la Seine avait décidé que le dernier banquet de cette campagne serait donné dans la ville de Paris, le 19 janvier, au nom des électeurs du douzième arrondissement. Le 14, les personnes chargées d’organiser ce banquet reçurent une lettre du commissaire de police, qui leur notifiait l’ordre de s’abstenir. M. le préfet dé police s’opposait formellement à ce banquet. On avait découvert un peu tard la loi sur laquelle on se réservait d’argumenter pour justifier cette violence ; mais enfin on l’avait découverte, et, dans la discussion de l’adresse, M. Duchâtel en avait donné la date; c’était une loi de 1790. Appelés en conseil par les membres du comité central, divers jurisconsultes examinèrent la question ; d’un avis commun, ils déclarèrent que la prétention du ministre était insoutenable, et que jamais, même aux plus mauvais jours de la restauration, on n’avait compris cette loi de 1790, comme il plaisait à M. Duchâtel de l’interpréter tardivement. Les précédents étaient connus de tout le monde. Depuis 1790, à toutes les époques, si ce n’est sous l’Empire, c’est-à-dire durant

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