‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 204 sur 222 · chapitre xvn · texte numérisé non relu

chapitre xvn

général Dumas amena deux voitures publiques, qui transportèrent les fugitifs jusqu’à Trianon.

A Trianon, les périls étaient moindres. Cependant il n’était pas prudent de s’y arrêter : la présence de la famille royale en ces lieux ne pouvait être longtemps ignorée, et, comme la ville de Versailles était dégarnie de troupes, on restait à la merci d’une agression. Il fallait donc fuir encore et à la hâte. Le roi seul paraissait menacé. Quelle crainte pouvaient avoir les autres membres de la famille royale? Dans Paris même, sous la protection de la régente, car on la croyait aux Tuileries recevant déjà les hommages empressés des anciens et des nouveaux courtisans, ils n’auraient eu, pensait-on, rien à redouter. Mais, dans l’intérêt du roi, on ne devait pas voyager sur les routes en si nombreuse compagnie. Il fut décidé que le général Dumas se rendrait à Versailles, qu’il louerait deux spacieuses berlines, et que ces deux berlines se sépareraient aux portes de Trianon, pour se rejoindre au château d’Eu. Alors une difficulté grave se présenta. Le roi s’était enfui des Tuileries, laissant sur un des meubles de son cabinet la somme de 330,000 francs en billets de banque, et il était sans argent; la bourse delà reine ne contenait que quelques pièces d’or; les autres membres de la famille n’étaient pas mieux pourvus. Étrange fortune! Roi le matin, au milieu d’une cour fastueuse, disposant à son gré d’un immense revenu, Louis-Philippe allait chercher le soir un lointain asile pour lui, pour les siens, et la faible somme qu’il fallait dépenser pour ce voyage, il ne l’avait pas ! Le général Dumas alla chez un ami qui demeurait à Versailles, lui fit un emprunt de 1,200 francs, et conduisit à Trianon les deux berlines impatiemment attendues.

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Le prince Auguste de Saxe-Cobourg, sa femme la princesse Clémentine, leurs trois enfants et la princesse Marguerite, fille du duc de Nemours, montèrent dans une des voitures, avec Mme Angelet, dame de la reine, et le docteur Pigache : Louis-Philippe, Marie-Amélie, sous le nom de M. et Mme Lebrun, le duc de Montpensier, la duchesse de Nemours et le reste de la famille prirent place dans l’autre berline et dans l’une des voitures publiques louées à Saint- Cloud. Ce dernier convoi fut dirigé vers le château de Dreux, asile funéraire de la maison d’Orléans. La reine voulait aller pleurer et prier quelques instants sur la tombe de l’aîné de ses fils.

Louis-Philippe passa la nuit au château de Dreux. Le lendemain, 25 février, en se levant, il apprit que la révolution ne s’était pas arrêtée devant le berceau d’un enfant, que le dernier débris du contrat de 1830 avait été mis en pièces, et que la république était proclamée. Il n’y avait donc plus, en France, un seul toit qui pût être une sûre retraite pour ce roi chassé du trône, pour cette famille, associée tout entière à sa disgrâce, après avoir partagé sa longue prospérité. La moins sûre peut-être était le château d’Eu. Le roi résolut de gagner quelque point de la côte et d'y chercher une voile qui pût le conduire en Angleterre. Le duc de Montpensier, la duchesse de Nemours et ses deux fils partirent dans la direction de Granville. Le roi, la reine et M. de Rumigny prirent la route de Yerneuil, passèrent par Anet, La Roche-Saint-André, et s’arrêtèrent au déclin du jour aux portes d'un petit château, situé près d’Evreux, où ils allèrent demander l’hospitalité. C’était la propriété d’un agent du roi pour la forêt de Breteuil ; mais il était absent avec toute sa famille : un fermier ouvrit les

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