‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 32 sur 222 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

çurent de leur général l’injonction officielle de se soumettre aux lois du pays. Mais cette soumission n’était que fictive.

Les jésuites fermèrent avec éclat quelques-unes de leurs principales maisons, sans abandonner ni leurs projets ni leur clientèle; et, de même que sous l’empire les jésuites avaient reparu sous les noms empruntés de Paccanaristes et de Pères de la Foi, de même, sous le gouvernement de juillet, ils déguisèrent leurs noms et débaptisèrent leurs maisons, plus réservés toutefois qu’auparavant, mais non moins influents.

Il y avait d’ailleurs dans le parti catholique des esprits violents, absolus, ennemis de la révolution et décidés à reconstruire de la base au sommet l’ancien édifice de l’Église. Leur représentant politique était M. de Montalembert , homme de rhétorique plutôt que de talent, audacieux en paroles, timide dans sa conduite, de noble naissance et d’allures communes, presque seul de son parti parmi les hommes parlementaires, et brillant plus par défaut de concurrents que par son mérite, plus sceptique au fond qu’enthousiaste, et se faisant un rôle au xix' siècle en parlant la langue des croisades.

Ce jeune pair eut occasion de revenir sur la question des jésuites dans la discussion du budget des dépenses. M. Guizot, interpellé sur la mission de M. Rossi, en avait fait connaître les résultats à la chambre ; M. de Montalembert lui répondit par un nouveau défi. Selon lui, il y avait dans ces questions tout autre chose que l’affaire des jésuites.

« Non-seulement, ajoutait-il, tous les catholiques en France, mais ce qu’on appelle le parti catholique n’est pas jésuite et n’a pas son .général à Rome ; tout le monde.

excepté les jésuites eux-mêmes, demeure en possession des libertés données par la charte. Ainsi donc, si l'avant-garde catholique avait dû déposer les armes, cela fait, il restait encore l’armée tout entière ; il restait ces quatre-vingts évêques qui avaient réclamé l’année dernière contre le projet de loi sur l’enseignement secondaire, et les soixante évêques qui avaient protesté contre les envahissements du pouvoir temporel sur la liberté de conscience.

« Bien n’était fixé, rien n’était changé ; il n’y avait qu’un prétexte de moins ; la question de la liberté de l’enseir* gnement, de la liberté religieuse restait entière.

« Irait-on demander à Rome l’approbation du monopole universitaire ? Cela était essentiel, sinon la lutte serait longue encore.

» Une main sur l’Évangile et l’autre sur la charte, disait-il en terminant, nous continuerons la lutte que nous avons engagée contre le monopole ; nous vous attendrons sur ce terrain-là l’année prochaine. >*

M. Guizot, tout étourdi de cette violente apostrophe, au lieu de faire dignement face à l’ennemi, s’efforça de prouver que l’ennemi n’existait pas.

« Non, dit-il, non, l’Église catholique n’est pas une armée campée au milieu de la France ; l’Église catholique n’est point en guerre avec le gouvernement du roi ; l’Église catholique n’a point d’avant-garde en face du gouvernement ; l’Église catholique est une Église française, française et universelle, qui vit en France sous la protection du gouvernement français, qui profite de ses lois, qui les respecte et qui donne à tout le monde l’exemple de les respecter. Il n’y a point de guerre entre elle et nous. Ce sont là des mots faux et trompeurs, qui ont pu ira-

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