‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 55 sur 222 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Questions de réforme. — Proposition de M. de Rémusat sur les incompatibilités. — Discours remarquable de M. Thiers. — Rejet de la proposition. — Interpellations sur les massacres de la Gallicie. — Triste altitude de M. Guizot. — Clôture des chambres. — Dissolution. — Attentat de Lecomte. — évasion du prince Louis Bonaparte. — Mariage du duc de Bordeaux. — Élections générales. — Attitude des partis. — Lettre inédite de M. Thiers aux électeurs d’Aix. — Attentat d’un maniaque contre les jours du roi. — Résultat général des élections. — Triomphe des conservateurs. — Besoin universel de réforme. — M. Guizot et M. Émile de Girardin. — Conservateurs progressistes. — Discours de M. Guizot à Lisieux. — Promesses de réformes.

Les questions de réforme électorale et parlementaire, toujours repoussées par la majorité de la chambre, étaient toujours reprises par l’opposition; et malgré les décisions du scrutin, l’opposition gagnait constamment du terrain par des discussions savantes, qui retentissaient au dehors, et faisaient pénétrer dans les esprits des mécontentements et des impatiences. Les modifications demandées étaient si modérées, les changements ménagés avec tant de soin, que les hommes mêmes les plus dévoués à la monar-

chie s’étonnaient d’une opiniâtreté à tout refuser qui ressemblait plus à de la mauvaise volonté qu’à de la prudence. La bourgeoisie privilégiée avait presque honte de son privilège, et toute disposée à faire partage de ses droits, elle commençait à murmurer de ce qu’on ne voulait pas accepter son sacrifice. Quant au ministère, jugeant toujours l’opinion publique aux résultats du scrutin, il se fiait aveuglément à ses triomphes répétés, et ne voyait pas qu’en face d’une chambre immobile, il y avait toute une population agitée par le besoin d’innover, besoin qui croissait tous les jours par la résistance.

Aussi, chaque fois que l’opposition s’emparait de cette question populaire, ses discours avaient un retentissement qui l’encourageait encore, et malgré ses échecs successifs, elle y revenait à chaque session. Le 16 mars 1846, M. de Rémusat présenta de nouveau une proposition relative aux incompatibilités des fonctionnaires publics. De récents exemples de corruption donnaient de l’opportunité à la discussion.

M. Thiers s’y distingua par une éloquence et une audace qui ne lui faisaient jamais défaut quand il prenait rang dans l’opposition.

Après s’être élevé avec force contre les complaisances mutuelles qui lient les députés fonctionnaires aux ministres et les ministres aux députés, il ajoutait :

« 11 y a aussi des complaisants pleins de satisfaction d’euxmêmes ; il y a des gens qui croient qu’on ne peut gouverner que par la satisfaction des intérêts privés, qui regardent cela comme nécessaire, qui disent que la corruption est un mal inévitable, que dès lors ce n’est presque pas un mal, que c’est même un bien si l’on peut le faire servir à la

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