CHAPITRE IV. III
lorsqu’à la distance de quelques pas de lui, il eut le bonheur d’en entendre un qui disait : « Ah! c’est Berthon ! »
Le succès était complet. Quelques 'instants après, le prisonnier franchissait la dernière issue de la forteresse. Charles Thélin courut chercher à Ham le cabriolet qu’il avait loué la veille au soir, tandis que le prince, toujours chargé de sa planche, se dirigeait vers la grande route de Saint-Quentin. Il y était à peine arrivé, que le roulement d’une voiture, l’avertit du retour de son fidèle serviteur ; il s’élança dans la voiture, secoua la poussière qui le couvrait, et pour se donner l’air d’un cocher, prit le fouet et les rênes.
A l’entrée de Saint-Quentin , que gagnèrent rapidement les deux fugitifs, le prince ôta ses grossiers vêtements de dessus, en ayant soin de conserver sa perruque. Aucun incident sérieux ne les arrêta ; à deux heures Un qtiart ils entraient à Valenciennes, et à quatre héures le convoi de Bruxelles les entraînait rapidement vers la liberté.
Les précautions prises dans la forteresse par le docteur Conneau leur avaient donné le temps de gagner la frontière sans être interrompus. Un mannequitt avait été placé dans le lit du fugitif, et le docteur avait fait allumer un grand feu dans le salon contigu à la chambre à coucher, sous prétexte que le prince était indisposé. Plusieurs fois, dans la journée, le commandant s’était présenté pour avoir des nouvelles du malade, et on lui avait toujours répondu qu’il reposait. Enfin , à sept heures du soir , impatienté , il insista pour voir le prisonnier : on l’introduisit dans la chaiiiTbre , et il découvrit avec stupéfaction que le prince était parti. Les télégraphes aussitôt s’agitèrent sur toutes les lignes ; mais il était trop tard.
Trois jours après on lisait dans les journaux la lettre suivante, adressée à M. le comte de Saint- Aulaire, ambassadeur à Londres.
« Monsieur,
Londres, le 28 mai 1816.
• Je viens déclarer avec franchise è l’homme qui a été l’ami de ma mère qu’en m'échappant de ma prison, je n'ai cédé à aucun projet de renouveler contre le gouvernement français des tentatives qui nous ont été si désastreuses. Ma seule idée a été de revoir mon vieux père.
« Avant de me résoudre à cet extrême parti de la fuite, j'ai épuisé tous les moyens de sollicitations pour obtenir la permission d’aller à Florence, en offrant toutes les garanties compatibles avec mon honneur. Mes démarches ayant été repoussées, j'ai fait ce que firent les ducs de Guise et de Nemours, sous le règne de Henri IV, dans des circonstances semblables.
« Je vous prie, Monsieur, d’informer le gouvernement français de mes intentions pacifiques, et j'espère que cette déclaration toute spontanée pourra servir i abréger la captivité de mes amis qui sont encore en prison. »
« Je suis, etc.
, « N.-L. Boisa parte. »
Du reste, l’évasion du prince Louis n’eut pas le retentissement d’un événement politique, et si les familiers du château s’en alarmèrent, le public n’y porta pas d’autre intérêt que celui qui s’attache à un jeune homme heureusement échappé à un sort rigoureux. « Comme cette éva- « sion, disait le National, ne saurait être gênante pour « personne , nous en félicitons ceux qu’elle intéresse. Quant « à nous, c’est le genre de succès que nous souhaitons, et « que nous procurerons toujours très-volontiers à toute « espèce de prétendant. »
Un autre prétendant réveillait en même temps les espé-