CHAPITRE IV
a Mais, je l'avoue, je n’ai jamais regardé cela comme un désordre. En tous cas, je rappellerai qu'il y a trois ans, après le voyage de Belgrave-Sqaare, on a vu le préfet des Bouches-du-Rhône traverser les rues de la ville de Marseille, en grand uniforme, et suivi d'nne partie de la population qui chantait la Marseillaise. C’était, il est vrai, pour répondre à une manifestation des amis de M. Berryer. J’approuve fort M. le préfet d’avoir agi ainsi. Mais est-ce qu'il serait permis de chanter la Marseillaise pour la dynastie, et défenda de la chanter pour la France?
« J’aurais voulu. Messieurs les électeurs, vous épargner ces détails sur le passé, car qui s’intéresse au passé? Mais lorsque depuis cinq ans, et surtout depuis nn mois, ceux qui en 1840 ont compromis la France, et qui, après l’avoir compromise, l'ont fait honteusement reculer, osent m'accuser des malheurs de cette époqne, lorsque ceux qui ont dépensé plusieurs milliards m’accusent d’avoir miné la France pour ISO millions consacrés è lui procurer un matériel qui lui manquait et qui lui reste, lorsque ceux qui ont fait chanter la Marseillaise pour répondre au voyage de Belgrave-Square m’accusent de l’avoir laissé chanter lorsqu'il s'agissait de la grandeur de la France, j'ai bien lieu de m'étonner, et de renvoyer ces accusations h qui les a méritées.
« Après avoir, à mon grand regret, parlé de mes actes, qu'il me soit permis de parler de ceux de mes adversaires,
« Ils maintiennent, dit-on, la paix et l'ordre dans une sorte de perfection idéale.
« Un mot sur la paix d'abord. A partir de 1840, lorsqu’on avait dit à l'Europe : 11 en sera de l'Egypte comme vons voudrez ; après lui avoir dit cela, il aurait fallu, pour avoir la guerre, la déclarer soi-mème. Il anrait fallu passer le Rhin, ou aller attaquer en mer les vaisseaux anglais ; car il n’y avait plus aucun moyen de nous chercher querelle, qnand nous avions fait tout ce qu'on avait vouln.
« La conduite toute simple au lendemain de 1840, c'était de rester tranquille ; je tranche le mot, de ne rien faire. Je ne suis pas, on le voit, bien difficile. En ne faisant rien au dehors, mais en s'occupant au dedans de l'armée, de la marine, des finances, en s'attachant k organiser nos forces, on aurait bientôt ramené non pas la France à l’Europe, mais l'Europe à la France, seule chose qui fût digne après le traité du 15 juillet. La France, en effet, est si nécessaire au monde, que lorsqu’elle se relire, le monde revient A elle. En tout cas, la paix n'e&t certainement pas été compromise par l'inaction, et cette paix eût compté trois
sacrifices de moins : le droit de visite, l'indemnité Pritchard, le démêlé du Texas.
a Mais notre gouvernement est non-seulement faible, il est vain.
« Il a voulu paraître faire quelque chose. Il a mis une singulière os- tentation à renouer l’alliance anglaise, et il a signé l'extension du droit de visite. 11 a voulu paraître s'occuper de notre grandeur, et tandis qu'il laissait dépérir notre matériel naval, il a pris les Marquises. Les Marquises n'étant qu'une suite de rochers stériles où l’on ne peut pas vivre, il a pris Taïti.
« Mais les Anglais ont désavoué cette occupation, et il a désavoué l'amiral Dupetit-Thouars qui avait pris Taïti. Un missionnaire, M. Pritchard, ayant notoirement excité les habitants de Taïti à égorger nos soldats, l’un des officiers l’avait consigné pour un moment à bord de nos vaisseaux. Nous aurions dù nous plaindre, et il a fallu, pour ne pas avoir la guerre, payer une indemnité à ce missionnaire. Enfin, engagé dans une suite de mauvaises affaires avec cette Angleterre, dont on prétendait renouer l'alliance, on a voulu faire quelque chose pour améliorer les rapports avec elle, et dans la question du Texas, où nous n'avions aucun intérêt appréciable, on s'est prononcé pour l’Angleterre contre l'Amérique. Et pendant qu'on applaudissait ces choses si étrangement imaginées, on livrait la Grèce aux agitations suscitées par les agents de l'Angleterre, on livrait la Syrie au fer des Turcs.
a Je le demande, et je le demanderai sans cesse : Quelle nécessité y avait-il de signer l'extension du droit de visite?
« Quelle utilité y avait-il i occuper les Marquises?
« Quelle nécessité y avait -il de prendre parti entre l’Angleterre et l'Amérique dans l'affaire du Texas ?
« On dit que la faute de l'extension du droit de visite a été réparée ! D'abord je réponds que non. On a accordé à l’Angleterre ce que les Américains n'ont jamais concédé, c'est-à-dire la vérification du pavillon. Sous l’ancien droit de visite ou vérifiait le chargement; maintenant on vérifiera le pavillon, ce qui entraîne toujours une vérification et une visite.
« Dans tous les cas ce serait une faute réparée et rien de plus.
« Mais le désaveu de l'amiral Dupetit-Thouars, l'indemnité l’ritchard, le démêlé avec l’Amérique au sujet du Texas, tout cela a-t-il été réparé?
« Les hommes qui se vantent de maintenir la paix mieux que personne, de pouvoir seuls la maintenir, nous ont conduits, dans l’affaire