‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 72 sur 222 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

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prince timide ; conserver la paix qne rien ne menace, mais ne pas Faire de cette paix nne complaisance perpétuelle, tantôt pour ceux-ci, tanlôt pour ceux-là, en 1836, une complaisance pour l'Autriche, en 1816, une complaisance pour l’Angleterre; attendre les alliances, qui viendraient si ou Faisait moins pour les avoir; en attendant, se bien administrer, s’occuper, sans menace pour personne, de son armée, de sa marine, de ses Finances; ne point paralyser celles-ci pour des années; accorder au pays les bienFaits des grands travaux publics, mais, sans cette précipitation qui Fait que, pour tout entreprendre à la Fois, on exécute tout mal, et qu'on compromet autant la vie des individus que leur Fortune; ne pas livrer l’administration à toutes les ambitions, hautes ou basses ; après avoir résisté, s’il le Faut, à la royauté elle-même, résister aussi aux influences électives qui ne cherchent qu’à trafiquer de leurs votes, Faire pour cela les changements nécessaires à nos lois administratives et électorales ; remplir, en un mot, cette double tâche, au dedans de gouverner constitutionnellement la France, au dehors de la conduire saine, sauve et honorée, à travers le mauvais vouloir que cinquante ans de révolution ont excité contre elle : voilà la politique que nous voudrions, mes amis et moi, proposer aux esprits, au lieu de celle qui, sous prétexte que tout est fini au dedans et au dehors, veut lui Faire tout oublier, le dehors comme le dedans, en jetant lé pays dans des spéculations qui l'absorbent, l'enchaînent et le paralysent.

« Vaines paroles que tout cela, s’écrient nos adversaires. Au Fond vous êtes des ambitieux qui ne voulez que le pouvoir, qui ne voulez qu'être ministres.

« Ce reproche vulgaire serait bien Facile à rétorquer. Nous pourrions, en effet, répondre à nos adversaires : Nous voulons prendre le pouvoir, soit; mais vous, vous voulez le garder. — Je pourrais, moi, dire à ces écrivains qui m'injurient : Vous avez votre part des avantages du pouvoir, et vous voulez les garder....

« Croit-on que cette argumentation serait moins vraie que celle qu’on nous oppose? Mais je le demande, serait-elle digne, serait-elle concluante?

a Si au Fond de toutes nos disputes il n'y a pas autre chose que l’ambition du pouvoir et des places, il Faut renverser la tribune, briser la plume des écrivains, et Faire cesser cet inutile et scandaleux tumulte de discussions. Mais, heureusement, il y a autre chose dans les disputes dont les pays libres sont le théâtre, et c'est l'avis des Anglais,

qui ne permettraient paa chez eux qu’on s’adressât de pareils reproches, leurs mœurs constitutionnelles sont si bien formées, que si M. Peel disait â lord John Russell, ou lord John Russell â M. Peel : Vous muiez ma place, on les ferait taire sur-le-champ.

« Sans doute il peut y avoir des gens qui, dans nos luttes, tiennent au pouvoir, et non au fond des choses. Que ceux-là se justifient. Pour moi, voici ce que j'ai dit, et ce que je répète encore au nom de mes amis et en mon nom personnel.

« En 1 836, lorsqu’il s'agissait de l'Espagne, noua pouvions rester au ministère, pour y faire ce qu’y ont fait nos successeurs. La royauté nous faisait l'honneur de nous y inviter.

« En 18«0, lorsqu’il s'agissait de l’Egypte, nous pouvions, mes amis et moi, rester au ministère, pour y faire ce qui y ont fait nos successeurs. La royauté nous y invitait également.

« Nous n’avons pas voulu, et nous avons respectueusement donné notre démission.

« Si nous voulons le pouvoir et rien que le pouvoir, si la politique à suivre nous est indifférente, pourquoi ne pas conserver alors nos portefeuilles?

a Et maintenant, pour parler de ce qui me concerne plus particulièrement. on me trouve fort prononcé, fort actif dans l’opposition : serait-ce par hasard afin d'avoir le pouvoir plus tôt T

« Je serais en vérité bien malhabile! Croit-on que je n’aie pas assez d'intelligence pour savoir que, me mettre à part, désapprouver silencieusement cequi se fait, mais ne paa l’attaquer ouvertement, meréseroer, en un mot. suivant le langage des calculateurs habiles, serait un moyen plus prompt, plus sûr, d'arriver au ministère? Mais je sais cela ! Cette profonde science, j’en ai le secret I Je sais qu'attendre et laisser faire serait mieux entendu au point de vue de l’ambition. Mais c'est là la ruse du gouvernement représentatif, ce n’en est pas la vérité.

« Dans la vérité du gouvernement représentatif, voici ce qui se passe i on approuve ce qui se fait, ou on le désaprouve. Si on l’approuve, on le fait soi-même, quand on est de cens qui sont appelés à gouverner ; si on le désapprouve, on l’attaque franchement, ouvertement, jusqu'à ce qu’on l’ait empêché en renversant ceux qui le font. C'est ainsi que se comportaient MM . Pitt et Eox, et que se comportent aujourd’hui MM. Russel et Peel. C’est la le gouvernement représentatif noblement entendu et pratiqué.

« Je suis sensible à ces glorieux exemples, et je veux les snivre.

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