PRÉFACE
Ce grand recueil de textes et de notes n'était pas destiné à voir le jour. Formé peu à peu dans la pauvre cellule du tnissionnaire, aux rares moments que laissait. libres un laborieux apostolat, et considérablement grossi après vingt-quatre ans de recherches, il lui semblait qu'il avait fait son œuvre, et, sans trop de peine, se condamnait à un éternel oubli. De nombreux confrères qui connaissent le manuscrit n'ont pas jugé à propos de ratifier cette sentence de mort; ils ont, au contraire, vivement pressé l'auteur de mettre en ordre et de publier ces volumineux matériaux patiemment recueillis. Il cède à leurs instances, après avoir mis à contribution leur savoir et les conseils de leur expérience.
Ce travail n'est donc pas un abrégé pur et simple de la Biblith
ihèçue des Prédicateurs du P. F. Boudry ; c'est une œuvre parr ticulière qui, sur beaucoup de points , s'écarte notabletnent du modèle. Ce que nous avons emprunté à l'ouvrage du savant jésuite^ c'est l'esprit de méthode et Tordre admirable qu'il a adoptés pour la classification des matières. La sainte Ecriture^ les Pères de l'Eglise, la Théologie, les extraits de divers auteurs, les plans de sermons et les exemples : voilà bien, en effet, les pierres fondamentales qui doivent servir de base à toute instruction, quand le prêtre veut parler à un auditoire chrétien. Cette méthode a été pour nous le point de départ et en même temps le cadre principal dans lequel nous avons renfermé tous les matériaux de la prédication. A part cette classification que nous nous sommes fait un devoir de con-r server comme la meilleure pour un ouvrage de ce genre, nous avons pour le fond, à peu près tout changé.
Les textes de la sainte Ecriture et les passages des Pères qui sont au moins aussi nombreux que dans la grande Bibliothèque^ ont été choisis avec plus de discernement, et, pour quelques-uns, indiqués d'une manière plus exacte.
11 y a dans l'œuvre du P. Houdry, des omissions regrettables parmi les sujets de morale ; ainsi on ne dit pas un mot de Yabmgation^ de Y acception des personnes^ des anges, etc., etc. Nous avons comblé cette lacune et traité ces divers sujets avec les six paragraphes que nous avons employés pour les autres.
Au lieu de laisser la Théologie reléguée au quatrième ou cinquième rang, nous l'avons mise à la place qui lui revient de droit, c'est-à-dire immédiatement après la sainte Ecriture et les Pères de l'Eglise.
Une difficulté se présentait pour les plans de sermons. Fallait-il donner simplement la division, comme l'a fait très-souvent le P. Houdry ? Fallait-il, au contraire, présenter des sermons entiers comme l'a pratiqué Montargon? Il nous a semblé qu'il valait mieux éviter ces deux extrêmes, en développant sous forme de canevas ou d'analyse un certain nombre de sujets dont les idées mères sont clairement indiquées. Comme il nous est arrivé quelquefois de faire des modifications importantes dans la disposition des canevas, et que, par cela même, notre travail se trouve mêlé avec celui de divers auteurs, nous n'avons pas indiqué les sources, afin de prendre sur nous toute responsabilité.
Pour les extraits et les pensées diverses, nous n'avons pas cru devoir nous borner à donner des modèles d'éloquence, comme l'a fait le R. P. Houdry. Nous l'avons sur ce point complètement abandonné, pour puiser à d'autres sources. Tout le monde com^ prendra qu'il nous était impossible de consentir à passer sous silence les immenses richesses oratoires que deux siècles entiers
nous présentaient, depuis Tapparition de la grande Bibliothèque des Prédicateurs. Aussi tout en faisant une large part à nos maîtres les plus distingués de la chaire chrétienne , depuis les temps de Bossuet jusqu'à nos jours, avons-nous recueilli dans les philosophes catholiques, les moralistes, les auteurs ascétiques, les grands écrivains tant anciens que modernes, et surtout dans nos savants évoques, un fond doctrinal bien propre à donner de l'autorité à la parole de Dieu.
Le sixième article enfin qui renferme les exemples, ne ressemble pas plus que les précédents à l'ouvrage qui, sur beaucoup de points, nous a servi de modèle. Sans doute les exemples de l'Ancien et du Nouveau Testament s'imposent à notre croyance avec un cachet d'authenticité que nul autre ne possède au même degré ; mais fallait-il pour cela garder un silence complet sur les exemples des Saints et sur mille faits historiques où l'action de Dieu se manifeste d'une manière saisissante et visible? Nous ne l'avons pas cru ; et mettant à profit le ravail hagiographique de plusieurs écrivains modernes, nous avons mis en lumière des modèles de vertu et des faits en rapport avec la doctrine exposée. Quelle puissance ne donne pas à la parole de Dieu qui commande la vertu et foudroie le vice, l'exemple d'une àme vraiment chrétienne qui , aidée de la gràce^ brise les liens du péché, se convertit, prouve à Dieu sa fidélité et sort triomphante d'une lutte que l'enfer avait suscitée pour la perdre 1 Alors naturellement vient à la mémoire la vision mystérieuse dans laquelle saint Augustin crut entendre cette parole qui décida de sa conversion : Nonpoteris quod istl et istœ?
Nous avons employé la même méthode pour les mystères de de Notre-Scigneur, mais pour les sujets qui traitent de la sainte Vierge nous avons adopté un plan tout nouveau. Au lieu de nous borner aux fêtes qui se célèbrent en l'honneur de la Mère de Dieu, nous avons étendu notre travail aux principaux traits de cette vie admirable, et, sans nous écarter jamais des données évangéliques, il nous a été facile de trouver des matériaux pour trente-deux instructions. C'est un Mois de Marie complet, le premier, croyonsnous, qui parait en ce genre. Le prédicateur chargé plusieurs années de suite de porter la parole devant le même auditoire, pour les pieux exercices de cette dévotion, trouvera dans ces matériaux de quoi varier les méditations, et le moyen de ne jamais se répéter. Ce qui nous a déterminé à faire ce travail, c'est la pauvreté de fond qui se rencontre dans un grand nombre de livres composés sur ce sujet ; la forme en est gracieuse quelquefois, la piété abonde généralement, mais le plus souvent ces pages sont, en fait de pensées solides, d'une stérilité désolante. Nous sommes loin de condamner les fleurs de langage quand il s'agit de parler de la plus aimable
des Mères et de la plus gracieuse des Reines ; mais il faut en con^ venir, si nous n'avions pour la louer, pour la faire aimer, et surtout pour exciter les âmes à l'imiter et à la servir, que des parfums et des fleurs, notre culte serait bien incomplet et bien mal compris. Avant tout, le peuple a besoin d'être instruit sur ce qui regarde la sainte Vierge aussi bien que sur ce qui touche à la règle des mœurs, et une instruction sur cette matière, si gracieuse soit-elle, ne peut aucunement être dispensée de s'appuyer sur une doctrine solide.
Notre travail se termine par vingt-quatre sujets pour la vie religieuse. Depuis quelques années les congrégations religieuses de femmes se sont multipliées en France d'une manière considérable. Voilà donc pour beaucoup de prêtres un double ministère qui leur est dévolu : la direction des consciences de ces saintes filles, et la prédication des retraites dans leurs couvents, sans compter un certain nombre de sujets de circonstance, tels que : vêture, profession.,. qu'est appelé souvent à traiter le pasteur le moins habitué à ces matières exceptionnelles. Ce complément devenait donc indispensable, et nous n'avons pas hésité à l'ajouter à notre travail.
Après l'énumération de tant de détails qui distinguent notre œuvre de l'œuvre principale que nous étions censé vouloir abréger, le lecteur n'aura-t-il pas quelque raison de nous demander compte du titre que nous avons donné à notre recueil? Nous sommes prêt à lui répondre que s'il y a des différences manifestes, au moins quant au foud, entre la grande et la petite Bibliothèque des Prédicateursy il existe aussi, dans la forme surtout, de frappantes similitudes ; on remarquera, par exemple, l'ordre alphabétique, la forme de dictionnaire , la classification des matières pour chaque sujet, et sur quelques points, de véritables abréviations.
Comme on le voit, nous avions incontestablement le droit de BOUS inscrire comme abréviateur de cet immense trésor de la prédication catholique ; mieux que cela, le sentiment de la reconnaissance et l'intérêt bien compris de notre travail nous faisaient un devoir de placer notre œuvre sous le patronage d'un auteur dont la compilation gigantesque a rendu, malgré ses défauts, de grands services à plusieurs générations de prêtres.
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