LETTRE V
A Fontainebleau, le 9 octobre 4692.
Je voulais presque me donner la peine de corriger les fautes de voire version, et de vous la renvoyer en l'état où il faudrait qu'elle fût: mais j'ai trouvé que cela me prendrait trop de temps à cause de la quantité d'endroits où vous n'avez pas attrapé le sens. Je vois bien que ces épîtres (celles de Cicéron à Atticus) sont encore trop difficiles pour vous, parce que, pour les bien entendre, il faut posséder parfaitement l'histoire de ces temps-là, et que vous ne la savez point. Ainsi je trouverais plus
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à propos que vous me fissiez à votre loisir une version de celte bataille de Trasimène, dont vous avez été si charmé , à commencer par la description de l'endroit où elle se donna. Ne vous pressez point, et tournez la chose le plus naturellement que vous pourrez. J'approuve fort vos promenades d'Auteuilj et vous m'en rendez un fort bon compte; mais faites bien concevoir à M. Despréaux combien vous êtes reconnaissant de la bonté qu'il a de se rabaisser à s'entretenir avec vous. Vous pouvez prendre Voiture parmi mes livres, si cela vous fait plaisir: mais il faut un grand choix pour lire ses lettres, dont il y en a plusieurs qui ne vous feraient pas grand plaisir. J'aimerais bien autant que, si vous voulez lire quelque livre français, vous prissiez la traduction d'Hérodote, qui est fort divertissante et qui vous apprendrait la plus ancienne histoire qui soit parmi les hommes, après TÉcriture sainte. Il me semble qu'à votre âge il ne faut pas voltiger de lecture en lecture: ce qui ne servirait qu'à vous dissiper l'esprit et à vous embarrasser la mémoire. Nous verrons cela plus à fond quand je serai de retour à Paris. Adieu, mon cher fils, faites mes baisemains à vos sœurs.