‹ Histoire de Jean RacineChapitre 34 sur 60 · LETTRE XV · texte numérisé non relu

LETTRE XV

A Paris, le 24 février 1698.

Je me trouvai si accablé d'affaires vendredi dernier, que je ne pus trouver le temps de vous écrire ; mais je n'en ai guère davantage aujourd'hui; j'ai attendu si tard à commencer ma lettre, qu'il faut que je la fasse fort courte si je veux qu'elle parte aujourd'hui. Je n'ai point encore vu M. l'abbé de Ghâteauneuf, mais il me revient de plusieurs endroits qu'il parle très obligeamment de vous, et qu'il est surtout très édifié de la résolution oî^i vous êtes debien employervotretemps auprès de M. l'ambassadeur. Il a dit à M. Dacierque le premier livre que vous aviez acheté en Hollande, c'était Homère, et que vous preniez grand plaisir à le relire. Gela vous fit beaucoup d'honneur dans notre petite académie , où M. Dacier dit cette nouvelle, et cela donna sujet à M. Despréaux de s'étendre sur vos

louanges, c'est-à-dire sur les espérances qu'il a conçues de vous; car vous savez que Cicéron dit que, dans un homme de votre âge, on ne peut guère louer que l'espérance; mais Thomme du monde à qui vous êtes le plus obligé, c'est M. de Bonac ; il parle de vous dans toutes ses lettres , comme si vous aviez l'honneur d'être son frère. Je vous estime d'autant plus heureux de cette bonne opinion qu'il a conçue de vous, que lui-même est ici en réputation d'être un des plus aimables et des plus honnêtes hommes du monde. Tous ceux qui l'ont vu en Danemark, ou à la Haye, sont revenus charmés de sa politesse et de son esprit. Voilà de bons exemples que vous avez devant vous, et vous n'avez qu'à imiter ce que vous voyez.

Je lus à M. Despréaux votre dernière lettre comme il était au logis ; il en fut très content , et trouva que vous écriviez très naturellement. Je lui montrai l'endroit de votre lettre où vous disiez que vous parHez souvent de lui avec M. l'ambassadeur; et comme il est fort bon homme, cela l'attendrit beaucoup, et lui fit dire de grand bien et de M. l'ambassadeur et de vous

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