‹ Histoire de JouvenetChapitre 116 sur 141 · CARACTÈRE , ESPRIT ET EXTÉRIEUR DE JOUVENET · texte numérisé non relu

CARACTÈRE , ESPRIT ET EXTÉRIEUR DE JOUVENET

« L’amour-propre est un malheureux attribut de l'humanité. La raison nous conduit quelquefois à le déguiser ; il n’appartient qu’à la religion de le vaincre. Comme c’est la vie de M. Jouvenet que nous écrivons, et que nous ne devons rien dissimuler, nous ne pouvons cacher que M. Jouvenet était très-jaloux de la réussite de ses ouvrages : les louanges qu’il en recevait lui causaient une joie extrême; il n’y eut que sur la fin de sa vie que, sentant tout le néant de ces vanités et de ces faiblesses, il prit un détachement parfait des choses d’ ici-bas et ne voulut plus s’occuper que des pensées de l’éternité. Peu de temps avant sa mort , et surtout dans sa première paralysie , il redoubla ses soins pour l’étude , dans la crainte de décliner; lorsqu’il montrait ses ouvrages à ses amis , il les interrogeait pour savoir s’ils n’étaient pas plus faibles que par le passé, examinant avec attention leurs regards pour connaître si la complaisance n’avait pas plus de part à leurs réponses que la vérité.

« M. Jouvenet était grand , bien fait , avait les traits mâles et une belle physionomie. Ses yeux annonçaient un esprit vif et un génie pénétrant. Il avait le jugement solide , la mémoire heureuse , et quand la conversation s’animait , il savait y donner de nouveaux agréments par des saillies d’autant mieux reçues qu’elles avaient toujours le sel de l’épigramme , sans en avoir jamais l’aigreur.

k II n’a point fait voir de passion plus marquée que celle qu’il avait pour son art ; le travail lui faisait surmonter la douleur de son mal , et quoiqu’il eût besoin de trois personnes pour l’aider , ou plutôt pour le porter sur le marche-pied dont il se servait à ses derniers ouvrages , il fit les deux tableaux du Parlement de Rouen et le Magnificat de N.-D. de Paris avec un courage incroyable. » (Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de l ’ Académie de peinture, t. II, p. 30.)

DÉSIGNATION des sujets.

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