‹ Histoire de JouvenetChapitre 12 sur 141 · Latone ( Le Mans · texte numérisé non relu

Latone ( Le Mans

Jamais peintre n’eut plus de verve, de fécondité, de flexibilité que Jean-François Barbiéri, dit le Guerchin ; ses fresques du dôme de Plaisance , de la villa de Ludovisi, à Rome, du palais Zampieri , à Bologne , lui ont valu une des premières places parmi les artistes qui ont excellé en ce genre ; elles sont même supérieures à ce qu’il a peint à l’huile. On a de lui deux cent cinquante tableaux , dont cent six tableaux d’autel, et cent quarante-quatre grandes compositions; et dans ce nombre ne sont point compris les portraits, les paysages, les madones et les demi-figures. ACento, sa ville natale, on ne peut faire un pas sans le rencontrer ; les églises, les palais , les maisons y sont pleins de ses ouvrages. 11 changea trois fois de manière , et si l’on découvre dans toutes le caractère particulier de son génie, on y voit en même temps une facilité, une souplesse de pinceau très-rares : « Sa première a manière, ditLanzi, est la moins connue; elle

(1) Armengaud : Borne, p. 272.

« est pleine d’ombres très-fortes , de lumières « très-vives; les traits du visage et les extrémités * y sont moins soignés, les chairs plus jaunâtres, 4 1® couleur moins agréable que dans ses tableaux « postérieurs; c’est dans le Saint Guillaume qu’on « voit à Bologne, qu’il faut l’étudier. »

S’étant lié ensuite avec le Caravage , et porté par la nature même de son talent à ce genre de peinture hardi , chaud , toujours plein d’effet en dépit d’une sorte de trivialité , le Guerchin s’y livra avec d’autant plus d’abandon qu’il pouvait ainsi laisser aller librement son imagination et son pinceau, sans s’arrêter à de longues méditations ni à de laborieuses études; ses compositions furent animées, ses figures vivantes, ses chairs bien nourries, sa lumière concentrée et forte , ses expressions énergiques et vraies; il mérita ainsi le surnom de Magicien que lui ont donné depuis les Anglais.

Plus tard, voyant le succès de la grâce, de la fraîcheur, de la suavité du pinceau du Guide , il tenta d’en approcher, de donner à ses figures quelque chose de moins robuste et de plus léger ; de varier davantage les têtes, d’en rendre l’expression plus fine. Ce fut sa troisième manière.

On avait appliqué aux deux artistes ce mot d’un ancien : que les figures de l’un étaient nourries de chair, et celles de l’autre de roses. Le Guerchin voulut essayer de mettre quelques roses dans ses

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chairs. Ce changement, a-t-on dit, arriva à la mort du Guide, « quand le Guerchin quitta Cento poui « aller s’établir à Bologne, où il espérait alors « tenir le premier rang ; mais plusieurs tableaux « peints dans ce style, pendant que le Guide vivait « encore , réfutent pleinement cette opinion. On « dit même que le Guide remarqua cette révolu- « tion dans le talent du Guerchin, et qu’il s’en « vantait en disant que celui-ci cherchait à se rap- « procher de sa manière, tandis qu il laisait, lui , a tout ce qu’il pouvait pour s’éloigner de la « sienne (1). »

STYLE Dü DOMINIQLIK.

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