RÉSURRECTION DE LAZARE
Premier exemplaire. — Hauteur : om. 58. — Largeur ; G"1. G4. — Figures de grandeur naturelle. — Musée du Louvre, n°. 298. Notice F. Villot.
« A gauche , au premier plan , sous une voûte formée par des rochers , des hommes vus à micorps, et dont l’un tient une torche allumée, soulèvent le linceul qui couvrait Lazare. L’un d’eux,
à genoux sur le bord du dôme , paraît frappé d’étonnement et de frayeur. A droite , debout sur des degrés , le Christ entouré de ses disciples ; Marthe et Marie sont à ses pieds. Au premier plan, au milieu d’un groupe d’hommes, de femmes et d’enfants, on remarque un malade couché sur un matelas , laissant tomber sa béquille sur ses genoux et levant les mains jointes vers le ciel. — Signé : «J. Jouvenet , 1706. »
« Landon , t. 1 , pl. 40.
a Musée Napoléon.
« Gravé par Audran. »
L’intéressant Ramoneur du savant Alexis Monteil a parlé de Jouvenet et de son tableau de Lazare; mais il en a parlé en connaisseur consommé , avec les honneurs d’une longue description et de minutieux détails, où il exprime une entière et profonde admiration pour l’ouvrage comme pour l’artiste.
« Jouvenet , a-t-il dit , s’était continuellement appliqué à la lecture de l’Évangile, et il n’est pas étonnant qu’il en ait découvert la page la plus pittoresque. Cette page ne cesse de le ravir ; elle ne cesse de se dessiner dans sa pensée , de se colorier, de s’enrichir , de s’embellir. Enfin il est subitement forcé de prendre ses pinceaux et dépeindre. Qu’a-t-il vu ? Le Lazare est mort depuis plusieurs jours ; son corps gît dans un monument creusé au pied d’une roche ; Jésus s’est montré dans les
environs ; la sœur de Lazare , belle de son âge , de sa pâleur , de ses larmes , est venue vers Jérusalem demander la résurrection de son frère, et voici maintenant la touchante, la plus touchante des scènes : Jésus est au milieu , sa taille élevée au-dessus de celle des autres hommes, sa face rayonnante de sa toute-puissance ; fils de l’auteur delà nature, il en va suspendre les lois. Il s’avance et , s’inclinant légèrement , il tend le bras vers le bas de la roche où est le monument ; il appelle le Lazare : Lazare, lève-toi? Les hommes qui sont entrés dans le monument à la lueur des flambeaux, pour faire tomber le suaire, semblent frappés de stupeur , non à la vue de la mort : au contraire , c’est à la vue de la vie. Le Lazare respire par une bouche livide , regarde par des yeux éteints ; il se réveille dans un corps tombant déjà en dissolution. La frayeur, l’épouvante de ces hommes, sous les yeux , sous les mains de qui le miracle s’opère , la vive admiration du peuple contrastent avec la figure calme et naturelle des apôtres accoutumés aux miracles de leur Maître. Si ce n’est là, où donc est l’entente d’une grande 'composition ? Non, certes , nos peintres du siècle dernier ( c’est toujours le spectateur du XVII0. siècle qui parle) n’auraient pu concevoir , tracer un pareil tableau; ils n’auraient peut-être pas su l’admirer.»
» C’est dans ce tableau , ajoute M. Ch. Blanc ,
gravé par Duchange et autres , que Jouvenet a peint son portrait et ceux de ses filles , entre deux colonnes à droite , parmi les spectateurs. »
Deuxième exemplaire. — Hauteur : 3m. 79. — Largeur : 6m. 70 — Figures de grandeur naturelle.
Le musée de Lille possède, sous le n°. 185 , un tableau reproduisant ce même sujet ; reproduction faite, par Jouvenet, pour les Gobelins. Il fut donné à la ville de Lille, en 1849, par le Gouvernement.
Nous ne pouvons mieux faire que d’en donner la description d’après la Notice de M. Ed. Reynart, le savant conservateur de ce musée :
« Jésus, entouré de ses disciples, descend dans le caveau où Lazare est enterré ; Marthe et Marie se précipitent à ses genoux et l’implorent pour qu’il rende leur frère à la vie. Â gauche, dans la partie la plus sombre, éclairée par la lumière d’une torche, Lazare, enveloppé de linceuls blancs, se réveille à la voix du Christ, et, soutenu par un de ses disciples, ouvre les bras pour rendre grâces au Seigneur. Ses amis, qui l’entourent et l’aident cà sortir du tombeau, paraissent, à la vue du miracle, frappés de l’étonnement et de l’admiration que ressentent tous les assistants. Sur le devant, à droite, un mendiant estropié élève ses mains jointes vers Jésus-Christ. Dans le fond, on aperçoit les murs d’une ville. »
(Voir Jésus guérissant les malades, pour la valeur de cette toile).
Les quatre tableaux peints par Jouvenet, pour l’église du prieuré royal de St.-Martin-des-Champs, sont, comme nous avons vu, fort estimés pour la grandeur de la composition, la hardiesse et la correction du dessin , la fierté du pinceau et l’intelligence du clair-obscur.