JÉSUS AU JARDIN DUS OLIVIERS
Hauteur : 3m. 90. — Largeur : 2'". 60. — Dans la cathédrale d’Orléans.
Le savant et obligeant M. l’abbé de Torquat, chanoine d’Orléans, que nous avons consulté au sujet de ce tableau, nous en donne l’intéressante description suivante :
« Le Christ à genoux, les mains jointes et tom-
bantes, dans l’attitude de la douleur, se renverse en arrière et est soutenu par un ange. Un autre ange lui présente le calice des amertumes, pendant que les apôtres dorment. Jacques et Jean sont couchés, tandis que saint Pierre, assis et tenant un genou dans ses mains , semble lutter contre le sommeil.
« Il y a un double effet de lumière admirable, produit par un clair de lune et une lueur céleste.
« La figure du Christ est sublime ; il est impossible de rien concevoir de plus grand, de plus majestueux, de plus divin.
« Ce tableau n’est pas signé ; mais nous savons, de science certaine , qu’il est de Jouvenet : il ne présente aucun repeint et est dans un bon état de conservation , quoique un peu fendillé.
« On nous en a offert, continue M. de Torquat, un prix fort élevé; mais je ne crois pas qu’il sorte jamais de la cathédrale d’Orléans. » La cathédrale d’Orléans, en effet, doit être glorieuse et fière de posséder ce chef-d’œuvre du grand artiste rouennais.
Ce magnifique tableau , cependant , n’est pas assez connu, et quelques amateurs ne balancent pas à le regarder comme ce que Jouvenet a produit de plus parfait.
« Il avait été commandé, vers 1683, au grand peintre, par les Bénédictins d’Orléans, pour orner le maître-autel de leur église de TNotre-Dame-de- Bonne-Nouvelle.
« A l’époque de la Révolution, au moment de la suppression des ordres religieux , le couvent de Notre-Dame-de-Boune-Nouvelle , occupé , depuis 1654, par des enfants de saint Benoît, fut attribué à l’ administration départementale du Loiret ; aujourd’hui, il est encore à l’hôtel de la Préfecture d’Orléans. Son église, qui renfermait des chefs-d’œuvre de Deshayes, Hallé, Vien et Restout, fut convertie en dépôt où l’on entassa les livres et les tableaux enlevés à toutes les communautés.
« C’est là que Mgr. Bernierflt prendre, en 1802, avec d’autres toiles, celle de Jouvenet, qui fut posée au-dessus du grand-autel, au rond-point du sanctuaire de la cathédrale. Elle y resta, exposée à la poussière et à la fumée des cierges, jusqu’en 1846, époque à laquelle Mg1. Fayet la fit enlever, parce qu’elle masquait les arcades de l’abside, et la plaça le long de la sacristie. »
Le savant chanoine qui a l’obligeance de nous communiquer ces détails , M. l’abbé de Torquat, fut, en 1852, chargé, par Mgr. Dupanloup , de toute la partie artistique dans l’administration de l’église. .< C’est alors, continue-t-il, que j’obtins de Monseigneur 300 fr. pour faire nettoyer, par le conservateur de notre musée, le chef- d œuvre de Jouvenet. Comme on faisait des peintures murales dans les chapelles absidales, je réunis, dans le vestiaire des chanoines, tous les tableaux déplacés, et
je formai une sorte de musée où j’ai réuni à Jouvcnet Zurbaran, Claude Vignon, Simon Youct, etc. M. Jagier, qui a visité ma galerie, m’a assuré que le tableau qui nous occupe était du plus beau faire de Jouvenet. »
Siret indique à tort , dans son Dictionnaire des Peintres, une toile de Jouvenet, au musée de Grenoble , représentant Jésus au Jardin des Oliviers.
Deuxième exemplaire. — Au Musée de peinture de Bennes.
C’est un très-grand tableau, signé Jouvenet et daté, il y a des touches et des parties qui ne permettent pas de méconnaître le maître; mais, en somme, ce n’est pas un bon tableau.