LA DESCENTE DE CROIX
Hauteur : 4m. 23. -—Largeur •. 3®. 02. — Figures de grandeur naturelle. — N°. 301 du Musée du Louvre. Notice F. Villot.
* Le corps du Christ, détaché de la croix et soutenu par cinq hommes, va être reçu par Joseph d’Arimathie et saint Jean, qui étendent un linceul. La Vierge et deux saintes femmes sont à genoux au pied de la croix, à droite; on aperçoit, de l’autre côté , la Madeleine en pleurs. — Signé, à droite : J. Jouvenet , 1697. »
Gravé par Louis Desplaces (cale. imp.). Filhol, t. 10 , pl. 625. — Landon , t. î , pl. 46.
Musée Napoléon. —Ce tableau fut exécuté pour le maître-autel de l’église du couvent des Capucines de la rue Neuve-des-Petits-Champs , et mis en place, suivant Germain Brice, au mois d’août 1697. Restout en fit ensuite une copie, qu’on substitua à l’original, donné, vers 1760, par le Roi, à l’Académie de peinture , pour veiller à sa conservation. Jouvenet a refait plusieurs fois ce sujet. — On trouve, dans le livret du Salon de 1699, une Descente de Croix que Florent Le Comte (t. III , pl. 211) désigne ainsi :
« Grand tableau en hauteur ; c’est le sujet de son tableau du grand-autel des Capucines de la place Louis-le- Grand. »
Enfin, dans le Salon de 1704, figure encore une Descente de Croix de Jésus-Christ par ses disciples.
« De tous les tableaux de Jouvenet, le plus complet, le plus vigoureux, le plus grandiose, le plus riche de couleur, est la Descente de Croix du Musée de Paris. Toute l’année, il est entouré d’élèves qui admirent , en le copiant , un dessin magistral , des tournures énergiques , une couleur forte , un puissant clair-obscur. Après la Descente de Croix de Daniel de Volterre et celle de Rubens, la Descente de Croix de JouveneL est encore un chef-d’œuvre; et, dans l’École française, on peut
hardiment le classer immédiatement après les chefs-d’œuvre de Le Sueur et du Poussin, comme il convient de placer Jouvenet lui-même après ces deux grands maîtres. »
line Descente de Croix, répétition, ou plutôt copie du tableau du Louvre , à la vente du cardinal Fesch, faite à Rome, en 1845, monta à 6 ou 700 fr.
Il se trouve au Musée de Poitiers , une fort médiocre copie de la Descente de Croix de Jouvenet.
Mais , au Musée de Montauban , il existe une répétition de ce sujet sortie de la main même du grand artiste normand.
« Nous possédons ici , nous écrit M. Combes , conservateur du Musée de peinture de Montauban, une seule toile de J. Jouvenet , qui occupe la place d’honneur dans notre petite collection , et qui représente son chef-d’œuvre ; elle fait partie des tableaux qui, en 1843 , furent l’objet des libéralités de M. le baron Mortarieux, ancien maire de la ville ; c’est une répétition ou une copie de la Descente de Croix, dont l’original décore le Musée de Paris, et qu’on met, à juste titre, à côté des chefsd’œuvre de Daniel de Yolterre et de Rubens. Cette copie a de hauteur lm. 60 , et de largeur lm. 15. »
« A Notre-Dame-de-Grâce, près Honfleur, nous dit M. Floquet, on voyait autrefois (et en 1787 encore) dans l’église, une Descente de Croix, peinte par Jouvenet de la main gauche. »
Enfin , dans la chapelle du château de Mm". la comtesse de Sainte-Suzanne , à Écuny-Champigneules (Marne), se trouvent trois tableaux attribués à Jouvenet, parmi lesquels une Descente de Croix.
M. le baron de La Tullaye a l’obligeance de nous en donner la description suivante :
« L’élévation du tableau est de lm. 30 ; sa largeur de 0m. 90 ; personnages de 0m. 50 de grandeur. Notre Seigneur est au pied de la croix. Etendu sur un grand linceul , ses bras raidis par la souffrance et la mort sont encore en croix. Il règne surtout le corps, et dans l’expression de la tête , un sentiment inexprimable de souffrance ; mais rien ne peut égaler la hardiesse de la pose et du dessin. Deux disciples, à genoux, soulèvent le linceul, prêts à le laisser retomber. Le plus rapproché, la tête belle d’intelligence et remplie d’une douce expression de piété, paraît être saint Jean ; l’autre ressemble à saint Pierre ; il est incliné sur le corps du divin Maître , les bras étendus. Pose naturelle , bien comprise. La Mère du Sauveur, au même plan que les deux disciples , regarde le ciel avec une douleur dans laquelle on aperçoit une sublime résignation. La draperie bleue , dont elle est couverte, enveloppe la tête et provoque un clairobscur d’un grand effet. Elle est accompagnée de deux femmes au troisième plan et dans la pénombre. Scène d’une vive douleur avec moins de
résignation. Puis , la croix dont on voit seulement le pied, et, de l’autre côté, un disciple contemplant ce tableau avec tristesse et stupéfaction , pendant qu’un homme, aux formes vigoureuses, à peu près nu, s’occupe d’assujettir une échelle, sans doute pour aller chercher un suaire qu’on voit suspendu et se détachant du fond sombre du ciel. Un plat de cuivre sur les terrains du premier plan , et un linge sanglant avec une éponge indiquent qu’on a dû , peu d’instants avant , laver les plaies du Sauveur. Voilà , Monsieur, la description de ce premier tableau ( de la chapelle d’Écuny). Je ne puis que vous répéter ce que j’ai dit : Dessin hardi et vigoureux , coloris puissant, touche large , grande manière ; mais pas assez de soin dans les détails du faire pour une œuvre aussi arrivée à sa perfection. »