MARIAGE DE LA VIERGE
Hauteur : 4m» 20. — Largeur : 2m. 75. — Église du Collège d'Alençon.
Nous devons la plus grande partie de cet article à l’obligeance de M. Léon de La Sicotière, et nous reproduisons avec bonheur l’aimable lettre dont il a bien voulu uous honorer :■
« Ce tableau représente le Mariage de la Yierge. Marie et Joseph sont à genoux sur les marches d’un temple à riches colonnades. Joseph passe l’anneau nuptial au doigt de sa fiancée.’ Le grandprêtre, debout derrière eux et les yeux levés au ciel, les bénit. L’Esprit-Saint vole au-dessus, sous la forme d’une colombe. A gauche (pour le spectateur) est un groupe de huit hommes, la plupart vus de buste ou de tête seulement. A droite, un groupe composé de cinq femmes , dont quatre debout et une assise, et d’un enfant nu qu’elle tient renversé dans ses bras , au premier plan , et qui joue avec les fleurs que lui présente une autre femme. Une des têtes de femme n’offre qu’un masque, au lieu d’un visage vivant. Celle du grandprêtre est d’une très-belle expression. Le profil et les mains de la Yierge sont suaves ; la figure de sainte Élisabeth marque un intérêt plein de tendresse. Un homme, debout , au premier plan du groupe de gauche , et enveloppé d’une draperie rouge, est admirable de vigueur et de puissance.
« On aperçoit aussi de fort belles parties d’architecture. Mais sur le devant du tableau sont des personnages dont la pose, peu soignée, dépare quelque peu les autres parties de la composition.
» L’ensemble est d’une couleur assez éclatante et très-harmonieuse d’effet et de lumière , comme l’a dit un excellent juge , M. le marquis de Chennevières , dans ses Notes sur quelques peintures du département de l’Orne, à la suite de ses Observations sur le Musée de Caen ( Argentan, Barbier , 1851 , in-4°. ). En somme, ce tableau , de la première manière du grand peintre normand, peut être considéré comme une de ses œuvres capitales. »
Ce tableau est signé et daté. On y lit : « J. Jouvenet pinx. 1691. »
Malheureusement , dit J. Houel , cette toile est négligée , déchirée , dans un état de dégradation irréparable.
« Il a été gravé , on le dit du moins , mais la gravure en doit être fort rare.
« Il provient de l’ancienne église des Jésuites d’Alençon. Il formait la contre-table de l’autel. C’était un don du fameux Père de La Rue , si célèbre comme poète latin , comme orateur et comme érudit, au collège qu’il avait habité, et dans lequel il avait professé plusieurs années.
« Après l’expulsion des Jésuites et l’attribution à la ville de leur établissement , il fut ques-
tion de vendre ce tableau, moyennant quelques centaines de livres (argent : librœ, non libri) et une copie. Heureusement que ce triste projet demeura sans effet. »