‹ Histoire de JouvenetChapitre 77 sur 141 · PORTRAIT DE THOMAS CORNEILLE · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE THOMAS CORNEILLE

Propriété de M. le comte d’Osmoy , au château du Plessis ( Eure ) . — 0m. 75 sur 0m. 65.

Voici, à l’occasion de cette toile , ce que nous extrayons du Précis analytique des travaux de l’Académie de Rouen :

« Il n’existe point, pour le portrait de Thomas Corneille , les mêmes incertitudes que pour celui de Pierre ; quoiqu’on n’ait jamais hésité sur sa ressemblance, on est surpris des portraits faux et singuliers qu’on rencontre sous le nom de cet homme célèbre. L’œuvre si remarquable de Jouvenet a fini par faire autorité, et la plupart des copies ressemblent assez pour qu’on ne s’y puisse méprendre , tant cette figure, dont les traits sont fortement prononcés , prête à l’imitation.

« Je pense faire plaisir aux amateurs en donnant la description de cette toile ; cela, plus tard, pourra avoir son utilité.

« Thomas Corneille est représenté à 75 ans environ. La toile a 0m. 65 sur 0m. 75, ayant été agrandie de quelques centimètres et rentoilée sur un châssis à clef; sa conservation est parfaite. On lit sur une bandelette de papier collée sur le châssis, en très-beaux caractères d’écriture bâtarde : Thomas Corneille, né à Rouen en 1625,

mort à Andely, le 8 décembre 1709, âgé de 8 k ans, peint par Jouvenet.

« Presque vu de face, vêtu d’un riche manteau à ornements couleur d’or sur un fond lilas, cravate blanche retombant en forme de jabot. La tête, d’un beau caractère , indique beaucoup de bonhomie mêlée d’intelligence. Le front est large, les sourcils épais, le teint légèrement fleuri, le nez aquilin, la bouche légèrement entr’ ouverte , le menton bifurqué , une verrue au bas de la joue droite. Une magnifique chevelure blanche tombe abondamment sur les épaules sans frisure aucune. Les yeux , de couleur fauve, ont les pupilles fort dilatées, ce qui fait présager la cécité, si déjà elle n’existait. On ne retrouve là aucune ressemblance avec le portrait de Sicre, si ce n’est la couleur des yeux. La touche, ferme et hardie , rend bien difficile toute espèce d’imitation ; c’est la manière de Ribeira dans plusieurs de ses œuvres. Aussi tous ceux qui ont tenté de saisir cette ressemblance , renonçant à aborder cette manière heurtée, si propre à produire des effets et à rendre avec tant de mérite les dégradations d’un âge très-avancé, ont pris le parti de peindre lisse et tout uni ; ce qui, en rajeunissant de beaucoup le modèle , ne donne aucune idée de l’original.

Ce remarquable portrait a été gravé par B. Picart, Duflos, Dequevauvilliers, et par un autre dont

je n’ai pu trouver le nom , l’épreuve que j’ai consultée étant avant toute lettre. Je regrette de ne pouvoir le citer, à cause de sa bonne exécution. » M. Deville a fait hommage à l’Académie de Rouen d’une excellente copie du portrait de Thomas Corneille, peint par Jouvenet, que possède M. le comte d’Osmoy : de sorte que désormais ce type inestimable ne sera jamais perdu pour nous, dit M. André Pottier.

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