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CRUCIFIEMENT

11 put avoir lieu de deux manières : la croix étant déjà plantée , ou bien cette croix étant déposée par terre, le Sauveur s’étendit sur elle et fut crucifié. Cette seconde manière est la plus suivie par les peintres , parce qu’elle est plus vraisemblable que l’autre ; quelquefois le crucifiement avait lieu à l’aide d’échelles et lorsque la croix était

déjà élevée ; mais cela était assez difficile. Nous voyons que les martyrs ont presque toujours été crucifiés sur des croix étendues par terre.

Nous n’entrerons pas dans la discussion du nombre des clous qui furent attachés à la croix de Jésus. Les anciens peintres grecs et latins avaient coutume de mettre quatre clous , et suivaient en cela le sentiment des Pères. Un seul clou , pour les deux pieds , aurait dû être très-fort et aurait brisé les ossements contrairement à la célèbre prophétie : Os non comminuetis ex eo.

Signalons brièvement quelques erreurs qu’on est exposé à commettre dans la manière de peindre le Crucifiement.

Il ne faut pas représenter le corps de Jésus- Christ tout-à-fait intact, avec de belles et vives couleurs , comme s’il n’avait aucune plaie et aucune blessure. La lecture du prophète Isaïe , ch. lui , v. 2 , 3 , est bien propre à empêcher cette erreur.

Au lieu de représenter la croix avec deux branches de bois qui se croisent, quelques peintres la font comme un T latin ou grec ; on trouve assez souvent des croix ainsi dessinées. Il est pourtant beaucoup plus probable que la croix de Notre-Seigneur était formée de deux bois se coupant l’un l’autre, de sorte que les extrémités étaient au nombre , non de trois, mais de quatre , ainsi que les Pères

en expliquent le mystère. — On peut croire que les croix des larrons étaient de la même forme ; car la légende de l’invention de la Croix le fait présumer. Il n’est pas rare de trouver les deux larrons liés par des cordes, au lieu de les voir percés de clous , ainsi que le crucifiement l’exige. C’est une erreur que tous les monuments ecclésiastiques démontrent. — Les peintres voilent toujours les parties pudiques dans Notre-Seigneur ; mais ils ne le font pas tous pour les deux larrons ; pourtant les imprescriptibles lois de la décence le demandent.

Toutes les fois qu’un tableau du Crucifiement représente Jérusalem, le Sauveur doit avoir le dos tourné vers la ville , comme le prouve la topographie du lieu. Les prophètes avaient prédit cette circonstance comme le signe de la réprobation du peuple juif : Dorsum et non faciem ostendam eis ut die perditionis eorurn ( Jérémie). — Ainsi le dos tourné à la ville et à l’Orient, la face regardant l’Occident , la droite au Nord et la gauche au Midi , telle fut la position de Jésus sur la croix. O11 ne sait pas bien de quel côté placer la blessure que fit la lance. Les peintres ont communément l’habitude de la placer à droite ; c’est ce qu’il y a de plus probable. Une erreur fréquente chez les anciens peintres , plus rare chez les modernes , est de représenter la Sainte Vierge évanouie auprès de la croix. Cajetan a écrit tout un traité pour mon-

trer l’invraisemblance de ce fait , et saint Anselme dit fort bien : « Au milieu de tant de souffrances de son Fils, elle se tint constamment debout avec une foi inébranlable. Et c’est bien avec raison qu’elle est représentée debout, comme cela convient à sa pudicité virginale. Elle ne se déchirait pas dans une si grande amertume ; elle ne maudissait pas , elle ne murmurait pas ; elle ne demandait pas à Dieu la vengeance sur ses ennemis ; mais elle était debout , contenue , pudique , vierge , très-patiente , pleine de larmes , plongée dans les douleurs. » — ^ L’usage est de la placer à droite de Jésus-Christ, entre le Sauveur et le larron converti ; entre Jésus et le pécheur converti, il doit y avoir la Sainte Yierge médiatrice.

Saint Jean évangéliste nous apprend quel était le titre de la croix du Sauveur : Jésus Nazarenus, rexJudœorum. Les peintres ont coutume de l’abréger en mettant : J. N. R. J. On peut tolérer cette licence, quoiqu’il soit bien probable que l’inscription était en toutes lettres. Il en est qui transcrivent le titre dans les trois langues ; en ce cas , il faut d’assez grandes précautions pour ne pas faire de fautes, surtout dans le grec et l’hébreu. L’ordre des trois inscriptions n’est pas le même dans saint Luc et dans saint Jean ; ce dernier le met ainsi : l’hébreu , le grec et le latin ; saint Luc donne l’ordre inverse.

Il n’est pas rare de trouver un crâne humain au pied de la croix , avec deux ossements croisés. La première raison s’en prend dans la persuasion de plusieurs anciens Pères, qui croyaient qu’Adam était enseveli dans le lieu où Jésus-Christ fut crucifié; Origène, saint Basile, saint Chrysostome, saint Athanase , saint Ambroise , saint Augustin et plusieurs autres sont de cette opinion. L’autre raison est mystique ; le crâne et les ossements signifient que Jésus-Christ, par sa mort , a vaincu celle que le péché nous a fait encourir, et qu’il a mérité pour nous l’immortalité et la gloire.

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