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ÜE LA BEAUTÉ DE LA SAINTE VIERGE

Les peintres sont exposés à pécher dans le por-

trait de la Sainte Vierge. Quelques-uns lui prêtent une beauté affectée qui n’est ni assez pudique , ni assez honnête. La tête sans voile, les cheveux épars, le cou et le sein nus, voilà les excès dans lesquels peut tomber l’audace des hommes qui veulent faire ostentation de leur habileté; ils ne doivent pas sacrifier toutes les convenances à l’art, tel qu’ils l’entendent.

La Mère de Dieu avait sans doute une trèsgrande beauté. Elle avait le front chaste, la bouche pudique, et ravissait d’admiration tous ceux qui la contemplaient. Ce n’est pas une raison pour peindre la Sainte Vierge comme on représentait Vénus ou une autre divinité du paganisme.

Saint Bonaventure , s’adressant à la Sainte Vierge, lui dit avec amour qu’elle surpassait toutes les femmes en beauté corporelle : U niversas enim feminas vincis pulchritudine carnis ; superas angelos et archangelos excellentia castitatis. Cette sentence demande explication. Si l’on veut parler de la beauté in concreto, accompagnée de cette modestie divine , de cet éclat de la vertu , de cette splendeur de la sainteté , qui brillaient sur la face virginale de la Sainte Vierge, il n’est pas douteux que la Sainte Vierge n’ait été la plus belle de toutes les femmes. En Europe , on fait consister la beauté dans une parfaite blancheur, accompagnée d’un peu de fraîcheur; évidemment la Sainte Vierge

n’eut pas ce genre de beauté particulière aux femmes d’Europe. Au reste, fût-il prouvé que la Sainte Vierge était le plus parfait type de la beauté corporelle , il n’est pas moins certain qu elle fut le plus pur modèle de la sainteté. Or , cette considération seule doit empêcher de la peindre d’une manière indécente , la tête nue , la poitrine découverte, les pieds nus; tandis que les Pères, et notamment saint Clément d’Alexandrie, désapprouvent hautement toute nudité des pieds chez les femmes.

Nous avons cité le portrait de Notre-Seigneur , d’après l’historien Nicéphore. Voici celui qu’il nous a laissé de la Sainte Vierge : Erat in rebus omnibus honesta et gravis, pauca admodum eaque necessaria loquens ; ad audiendum facilis et perquam affabilis , honorera suum et venerationem omnibus exhibens ; slatura mediocri , quamvis sint qui eam aliquantulum mediocrem longitudinem

excessisse dicant . Colore fuit frumentum refe-

rente. Capilto flavo, oculis acribus, subflavas et tanquam oleœ colore pupillas in eis habens. Supercilia ei erant inflexa , decenter nigra; nasus longior, labia florüla , ac verborum suavitate plena ; faciès non rotunda et acuta, sed aliquanto longior; manus simul et digiti longiores. Erat denique fastus omnis expers , simplex minimeque vulturn fingens , nihil mollitiei securn trahens , sed humililatem prœcellen-

terri colens. Vestimentis quœ ipsa gestavit, coloris nativi contenta fuit, id quod etiamnum sanctum capitis ejus velamen ostendit, et ut paucis dicarn, in rebus ejus omnibus multa divinitus erat gratia » (Nicéphore Calliste, Hisl. ecclès., lib. II, cap. 20).

Ce que les peintres ne peuvent pas rendre , ce que l’imagination de l’homme ne saurait concevoir, c’est la beauté vraiment céleste et presque divine qui dérivait chez elle de la sainteté.

Le rouge et le bleu sont les couleurs favorites des peintres pour les vêtements de la Sainte Vierge. Le manteau bleu et la tunique de pourpre se voient dans presque tous les tableaux. L’usage en est si commun qu’il n’est guère possible de le désapprouver. Les peintres , pourtant , feraient bien d’employer des couleurs plus simples et plus en rapport avec la modestie virginale.

Nous devons improuver ici, comme nous l’avons fait plus haut, ceux qui représentent la Sainte Vierge portant dans ses bras ou adorant, couché dans son berceau, l’Enfant Jésus entièrement nu. Quelle édification ces nudités peuvent-elles apporter? Plût à Dieu qu’elles ne fussent pas un sujet de scandale pour les enfants! Les anciennes peintures étaient irréprochables sous le rapport de la décence.

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