POSTFACE
Nous sommes enfin parvenu au terme de noire ouvrage, persuadé, mieux que personne, de sa grande insuffisance. Bien des points que nous eussions voulu éclaircir, bien des notions, des détails que eussions voulu donner, nous ont échappé. Il est vrai que sur beaucoup de sujets les sources nous ont manqué, et que, pour mieux dire, nous nous sommes trouvé entre deux écueils : d'une part, absence absolue de documents primordiaux, et d'autre, surabondance de documents secondaires. Outre certaines parties de notre récit, trop écourtées, nous eussions désiré mieux définir le caractère et rétendue de la puissance seigneuriale de Tabbesse : l'organisation administrative de la commune, si souvent en relation, et même en lutte avec Fabbaye : on eut peut-être aussi désiré plus de statistique, notamment la liste des curés de la paroisse, des chanoines de Tabbaye, parmi lesquels de nobles personnages étaient bons à signaler (1) : la liste des baillis, des mayeurs, des syndics de la communauté, des notaires royaux, voire des régents ou maîtres d'école, ne fût-ce que pour prouver que dans nos campagnes renseignement primaire ne date
(1) Entre autres chanoines d'Avenay qui ont laissé un nom, nous^ regrettons de n'avoir point cité en son temps le pieux et modeste abbé Blanchard, auteur d'un livre populaire, aigne du haut rang qu'il a conquis comme guvrage d'éducation : L'Ecole des mceurs ou JRéflexions morales et historiques sur les maximes de la Sagesse. La quatrième éditioa, imprimée à Lyon, chez Bruyres frères. 1787, 3 vol. in-12, la plus complète et la plus recherchée, contient, en forme de supplément, un exceDent Mémoire sur la mendicité^ qui coatoaitki au prix ÔB FAcadémie de Châlons-sur-Marne et qui valut l'accessit à l'auteur. — L'abbé Blanchard, queloue temps curé dé Saînt-Trézain d'Avenay, a sigité un grand nombre d'actes sur les registres de Fételcivil de la paroisse. Il était de Tourteron, près de Rethel, où il est allé finir ses jours, aprè» les événements de la Révolution,
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pas seulement de nos jours, mais a été donné chez nous dès les temps les plus reculés. Il est vrai que beaucoup de ces points appartenaient à Thistoire même du pays, et que nous n'avions à écrire que l'histoire de Tabbaye.
Mais ce que nous eussions tenu à mettre en évidence et à combattre, c'est le préjugé généralement partagé que le droit de seigneurie qu'exerçait Tabbaye entraînait une sorte de vassela^e, ou tout au moins de sujétion absolue de la part des habitants : queTabbesse, dame souveraine, avait rentière possession du territoire qu'elle affermait, ou dont l'entretien était à la charge de vassaux à peine gagés. Or, rien de plus faux que ces assertions. On a vu, par les nombreuses transactions entre l'abbaye et les particuliers, que chaque chef de famille avait toute liberté d'acquérir, de vendre ou d'échanger la part que ses propres facultés lui donnaient dans le domaine de la communauté. De fondation royale, Tabbaye effectivement exerçait quelques droits seigneuriaux : la haute, moyenne et basse justice et le prélèvement des impôts où l'état n'avait rien à voir. Mais ce droit de justice, exercé par le mayeur, au nom de l'abbesse, avait ses degrés de juridiction; et ses jugements, ses arrêts, étaient comme ceux de nos tribunaux actuels, soumis à Tappel de cours supérieures et souveraines. — Quant aux impôts, sous quelle forme et en quoi consistaient-ils?
La réponse est exprimée dans la déclaration des revenus de l'abbaye, donnée en Tannée 1667 par Madame de Sillery : en voici la terrible nomenclature :
Droit de cens et surcens, produit annuel 460
Lods et ventes 100
Droit de bourgeoisie, fours banaux, mi- ,
nage HO } 'îi'J'î'*'
Droit de ban-vin 50 ' ^^^ "
Foires et marchés 22
Droits de corvées 20
Il est vrai qu'il y avait la dime, ce droit si odieux à la population; et effecliveraent le plus rude.
L'abbaye n'en louchait rien : elle en avait laissé le monopole et le bénéfice au curé et aux chanoines, dont c'était le traitement.
M. Tabbé Fissier, Tun d'eux, dans sa déclaration à la Municipalité, du 3 février 1790, en donne le chiffre précis. Les dîmes qui se prélevaient sur les récoltes, vins, grains, foins, légumes, etc., année commune, produisaient la somme de 4,805 liv. qui, distribuée entre six, donnait à chacun, pour tout traitement, la sommedeSOO liv. 16 s., ^ et cette somme de 4,805 liv., jointe à celle de 762 1. 16 s., portait à 5,567 liv. 16 s. Timpôt annuel prélevé sur la population par Tabbaye, le curé et les chanoines.
Nous ne connaissons pas au juste le chiffre de Timpôtqui pèse aujourd'hui sur la population d'Avenay. M. le Percepteur pourrait nous dire s'il est inférieur, et si, sous ce rapport, la position des imposés s'est beaucoup améliorée !
Quant au droit de propriété que, à l'époque de la Révolution, l'on a contesté aux maisons conventuelles et à la maison de Sainie-Berthe en particulier, celle-ci possédait au même titre, que chacun de nous peut posséder ; par suite d'acquisitions, d'échanges, de transactions ou de donations régulièrement faites, et parfaitement légitimées. Et ce qui est suffisamment établi par les divers inventaires et déclarations, c'est que malgré l'apparente richesse de l'abbaye en terres, en bois, en vignes et en droits seigneuriaux, l'exiguité de son revenu, variant de 20 à 25,000 livres, restait toujours au-dessous des charges de la communauté. — On s'imagine qu'elle possédait la meilleure et la plus grande partie du vignoble : eh bien, en réalité, le lot de l'abbaye en vignes, tant à Avenay qu'à Mareuil et à Mutigny, se composait de quarante- ^ trois arpens seulement, dont le revenu annuel ne s'élevait pas au-delà de 200 poinçons, évalués ensemble à 6,000 liv.
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seolanesic. Cafr il ne fliat pas comparer le tsûre^-fàkùt et le rendement d'autrefois arrec ce qa'ib fsmi aujmird'hai. Àtr surplus b dtédaration de Madame de Sillery que nous attms reproduite in exten^, constate qu'en i667 ootanH ment, la dépense abbatiale de Tannée, dont il est rendu compte, excédait la recette de quatre mille ti'ois cent cinquante-neuf livres, -^ et quand la snppresfsion de la maison fut résolue, la Nation, représentée par le District d'Epemay, en mettant la main sur Favoir abbatiafi, déclara prendre à son profit, ou à sa charge, les dettes actives ou passives de la communauté.
Nous avons tenu à présenter en dernier lieu ces observations afin de rectifier les idées de cent qui attribuent le bien relatif dont jouissent actueSement nos concitoyens, à la suppression de Tabbaye et à la rentrée dans le domaine public de toutes les possessions territoriales de Fantique monastère. Nous ne prétendons surprendre personne, en affirmant que nous avons aujourd'hui autour de nous plusieurs particuliers plus riches et mieux apanagéis que ne Ta jamais été ta maison de Sainte Bertijfe avee ses nombreuses charges, ses malades, ses pauvres à secourir et ses cinquante ou soixante religieuses ou pensionnaires à entretenir !