‹ Histoire de l'abbaye de ClunyChapitre 55 sur 60 · ROMAINE · texte numérisé non relu

ROMAINE

Vous n'ignorez pas, si vous daignez en garder la mémoire, quelle a été ma conduite à votre égard dans les temps mauvais; que de voyages, de démarches j'ai entrepris pour voire cause; combien de fois j'ai invoqué pour vous l'appui du roi de France, avec quelle persévérance je n'ai cessé de m'associer à vos épreuves; si bien qu'après avoir enfin rendu la paix divine à TÉglise, mon corps était tellement brisé, que j'ai eu à peine la force do retourner dans ma patrie. Et si je vous rappelle ce que j'ai fait, ce n'est pas pour en tirer une vaine gloire ou vous le reprocher, mais pour invoquer et solliciter, avertir et implorer vos affections miséricordieuses qui me sont dues. La nécessité me force à demander à tous ceux qui me doivent quelque chose. Mais si j'ai fait autrefois ce que j'ai dû, je ne m'en déclare pas moins , selon la parole du Christ, un serviteur inulile. Pourtant, si j'ai fait ce qu'il fallait faire, ce qu'il était bon de faire, ai-je donc mérité d'être maltraité un jour ? Et voilà qu'à mon retour de Rome j'ai trouvé la tribulation et la douleur ; j'ai invoqué le nom du Seigneur, et cela n'a servi de rien : j'ai invoqué le vôtre, et votre nom n'a pas ©u de crédit. Car les dieux de la terre, l'archevêque de Lyon et Tabbé de Clunj, sont devenus forts et enorgueillis ; confiants en leur puissance, et fiers de la multitude de leurs richesses; ils se sont approchés de moi, et se sont élevés contre moi ; et non-seulement contre moi, mais contre une immense foule de serviteurs

de Dieu, contre vous aussi, contre eux-mêmes, contre Dieu, contre toute équité, contre toute probité.

Enfin, ils ont placé au-dessus de nos têtes, ô honte! un homme dont les mauvais se rient, et que les bons détestent : par quels moyens, par quelles voies insolites ! que Dieu le voie et le juge; que la cour romaine le voie aussi, qu'elle le voie et qu'elle pleure, qu'elle soit émue de pitié, et s'arme pour punir les méchants et glorifier les bons. Eh quoi î maîtresse du monde , toi que Dieu a établie au-dessus de tous pour punir dans ta colère, et pour juger dans ta miséricorde , voudras-tu laisser l'impie s'enorgueillir, tandis que ton humble serviteur se consume de chagrin ; ce serviteur, qui, n'ayant point de richesses à dévouer à ton service, t'a du moins sacrifié tout son sang? Te paraîtra-t-il bien de jouir en paix du repos que je t'ai donné, et de ne prendre nul souci de mes tourments, et de ne point partager tes consolations avec celui qui a partagé tes peines? Si j'ai trouvé grâce à vos yeux, saints Evêques et Cardinaux romains, arrachez ma faiblesse des mains des puissants, sauvez-moi, sauvez un pauvre moine des persécutions des ravisseurs. Autrement, je gémirai dans ma peine, je me nourrirai nuit et jour de mes larmes, et je vous citerai ces saintes paroles : Celui qui n'a plus piliè de son ami ne craint plus le Seigneur ; et ces autres : Tous mes amis m'ont abandonné ; et ceci encore : Ceux qui étaient près de moi se sont éloignés ; ceux qui recherchaient mon affection m'ont maltraité,

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