TRADUITS DU LATIN
CONCERNANT LA VISITE DES TOMBEAUX DES SAINTS INHUMÉS DANS LA BASILIQUE DE SAINT-GERMAIN.
Dominique Séguier, par la grâce divine et celle du Saint- Siège apostolique, évêque de Meaux, conseiller de notre roi très-chrétien, en tous ses conseils, premier aumônier de Sa Majesté et précédemment évêque d'Auxerre.
Nous faisons savoir à tous les fidèles, que lorsque nous occupions le siège de la sainte église d'Auxerre, en 1634, le deuxième jour de novembre, le prieur et les moines de Saint-Germain d'Auxerre, de l'Ordre de saint Benoit, de la congrégation de Saint-Maur, se sont présentés dévotement et humblement devant nous, pour nous supplier, qu'en notre qualité d'évèque, nous prissions connaissance d une affaire qui avait spécialement rapport à notre dignité et à nos fonctions. Ils nous ont exposé que depuis saint Pèlerin , premier évêque d'Auxerre, jusqu'à nous qui sommes le centième qui ayons siégé dans celle ville, quatre vingt-dix-neuf pontifes nous avaient précédé , el que l'opinion de tous les auteurs , tant anciens que modernes , avait toujours été que , parmi ce grand nombre d'évoqués, plusieurs avaient reçu les honneurs de la sépulture dans l'église de Saint-Germain, tels que saint Germain lui-même, saint Alode, saint Fraterne, saint Censure, saint Urse, saint Théodose, saint Grégoire, saint Optât, saint Romain, saint Elcuthère, saint Ethère,
saint Aunaire, saint Didier, saint Héribalde, saint Abbon, saint Géran, saint Betton, ainsi que le bienheureux Quintilien, le bienheureux Aidulphe, le bienheureux Angelelme, et d'autres évêques d'une vie très-exemplaire, tels que Chrétien, Gaudry, Jean, Hugues de Challon et Hugues de Montaigu. Ces mêmes auteurs affirment que saint Loup, autrefois érêque de la Haute-Bourgogne , a été inhumé au milieu d'eux , ainsi que saint Sanctin et saint Memorin , prêtres , Moré et Félix , enfants martyrs et la vierge Maxime. On tient aussi, de source certaine, que dans la suite des siècles beaucoup de saints corps ou reliques furent transportés à Saint-Germain de diverses parties du monde chrétien , particulièrement celui de saint Romain abbé, celui de saint Benoît, fondateur de la vie religieuse, celui de saint Urbain, pape et martyr, celui de saint Tiburce et ceux de sept frères martyrs, ainsi que les restes précieux de saint Maurice et de ses compagnons, de sainte Eugénie, vierge et martyre, de saint Thibaut, confesseur, de saint Marien, aussi confesseur, avec un grand nombre d'autres reliques de Saints, dont il serait trop long de rapporter les noms en détail. On sait aussi que les corps de ces Saints , si l'on en excepte ceux de saint Germain, de saint Didier, de saint Aunaire, de saint Romain abbé, de saint Urbain, de saint Tiburce, de saint Maurice , de sainte Eugénie et de saint Thibaut , n'ont jamais, comme on croit, été déplacés de leur humble sépulture, pour être déposés dans des chasses, quoiqu'ils aient toujours été très-honorés et très-révérés et qu'ils le soient encore de tout côté par le peuple chrétien , qui se rend en foule à leurs tombeaux le huit novembre, spécialement consacré à leur mémoire. V1,if ;a,lf> nm,i y
En 1567, la ville d'Auxerre ayant été surprise par les hérétiques qui en demeurèrent maîtres, le monastère de Saint-Germain vit mettre au pillage (ous ses ornements,.
toutes ses richesses, ainsi que les reliques des Saints qui reposaient dans des châsses d'or et d'argent ariistement travaillées. Les hérétiques enlevèrent jusqu'à la charpente et à la tuile des bâtiments, ne laissant intacts que les murs. Après cela on avait bien lieu de douter si les reliques des Saints qui n'avaient jamais été déposées dans des châsses avaient échappé à leurs mains sacrilèges, tellement que la pieuse et antique confiance des fidèles commençait nonseulement à être ébranlée, mais même à s'effacer dans bien des cœurs, c'est pourquoi le prieur et les moines qui attachaient la plus hante importance à cette affaire , nous ont prié, avec instance et humilité, d'aller dans leur monastère pour visiter les tombeaux des Saints. Nous étant donc rendu à leur demande : le 2 novembre de l'année 1634, nous nous sommes transporté au monastère, accompagné d'un nombreux clergé et des principaux de la ville : après avoir invoqué le nom de Dieu et avoir fait fermer les portes de l'église , ayant à nos côtés deux religieux, revêtus d'aubes et portant des flambeaux : suivi de toute la communauté en surplis ou en rochet, nous nous sommes approché avec respect et dévotion de cet endroit de l'église, où l'on assurait, d'après une ancienne tradition, que le corps de saint Grégoire, évéque d'Auxerre, avait été déposé. Le nom de ce saint, gravé sur la muraille en vieux caractères , venait à l'appui de la tradition vulgaire. Après avoir fait enlever le pavé d'alentour et avoir écarté la terre qui faisait obstacle à nos recherches, nous avons mis à découvert une pierre fort grande qui nous a donné occasion à tous et principalement à nous, en notre qualité d'évêque, de pousser plus loin nos recherches, pour connaître ce que Dieu offrait à nos regards. Ayant fait lever cette pierre, tous les assistants virent un corps étendu dans un cercueil de grès et entouré d'un' grillage de fer, il avait auprès des épaules une bande d e-
toffe de soie, qui n'était pas encore consumée, et auprès des pieds, le cuir de ses souliers ou sandales. On trouva en outre, dans ce cercueil, cinq pièces de monnaie : la plus grande était d'argent, ayant d'un côté une croix avec cette inscription : sit nomen dominé Christi benedictum, et de l'autre un K couronné, avec deux fleurs de lys aux côtés et plusieurs autres à l'en tour. On ne put déchiffrer l'inscription qui les accompagnait. Après cette opération, nous avons fait fermer le tombeau.
De là , toujours accompagné du même clergé, nous nous sommes transporté vers la chapelle de saint Germain, située dans les grottes, au-dessous du maitre-autel. Puis, nous nous sommes approché au sud de cette même chapelle, près d'une ancienne inscription ainsi conçue :
Cy gist le corps de monsieur s. Théodose qui fust évesque de cette cité et trépassa le vingt -sep tiesme jour de juillet, XX.
Ayant fait lever quelques dalles, on trouva un tombeau arrondi par-dessus en forme de voûte; lorsqu'il fut découvert, on vit un corps presque entièrement réduit en cendres à l'exception d'une partie de ses sandales, il avait environ quatre pieds et demi de longueur. Plusieurs des assistants affirmèrent qu'à l'ouverture de ce tombeau, ils avaient senti s'exhaler une odeur très-agréable et toute céleste. Après l'avoir visité, nous l'avons fait fenner ; ensuite nous nous sommes approché de celui de saint Germain. A une profondeur d'environ dix pieds, sous l'autel de sa chapelle, nous avons aperçu un grand et très-ancien cercueil, d'une pierre belle et rare, couvert d'une autre pierre convexe de môme nature. Ayant fait enlever cette dernière, nous avons vu au haut du cercueil et dans un coin séparé , beaucoup de cendres, un petit ossement et plusieurs fragments ou parcelles d'un antre cercueil de bois, que nous avons déclaré être de vraies reliques de saint Germain,
ViVtO HISTOIRE DE L ABBAYE
nous avons même emporté avec nous une parcelle de ce bois, pour lui rendre un honneur convenable. Avant de nous prononcer sur l'authenticité de ces reliques, nous avons parcouru et lu plusieurs fois le livre des gestes des abbés du monastère de Saint-Germain, l'ancien martyrologe deCorbie, où il est fait mention de ce tombeau et des reliques qui y étaient renfermées.
Comme le jour avançait et que ce n'était pas le moment favorable pour visiter les autres tombeaux des saints, nous avons remis cette opération à un autre temps, engageant fortement le prieur et les moines à faire des recherches et à lire avec attention les chartes, les livres et les titres de leur monastère, afin qu'ils pussent nous donner des renseignements plus étendus sur les tombeaux que nous avions visités, et sur ceux que nous n'avions pas encore ouverts. Fait à Auxerre, dans l'église de Saint-Germain, le 2 novembre 1634.
Le 40 septembre 1636, pressé de nouveau parle prieur et les religieux, nous nous sommes rendu dans l'église de Saint-Germain , accompagné d'un clergé nombreux , et d'une foule de fidèles. Après nous être prosterné pour prier, et avoir examiné les murailles des grottes couvertes de tous côtés de peintures et d'inscriptions, nous avons fait creuser la terre en divers endroits et nous avons trouvé des tombeaux en pierre; leur ouverture a mis à découvert des corps qui répondaient à peu près aux inscriptions.
Nous avons trouvé d'abord dans la chapelle de saint Germain où est son tombeau, et celui de saint Théodose, deux autres sépulcres, l'un auprès de ce dernier, qu'on croit être celui de saint Romain, ancien évoque d' Auxerre et martyr. Son corps presque réduit en cendre était mêlé de beaucoup de poussière, qui avait pu se glisser par les fentes du tombeau, près duquel on voyait son portrait avec cette inscription : Saint-Romain, et cette antre:
DE SAINT-GERMAIN. *j0f
Cy gist le corps de monsieur s. Romain, cwaquc et martyr* qu* régna en la cité trois ans quinze jours , et fut martyrizé le sixième d'octobre du temps de Justin le dernier empereur.
De Vautre côté nous avons vu un autre tombeau dans lequel il s'est trouve un corps d'une haute taille, dont beaucoup de parties étaient déjà réduites en cendres. H répondait au portrait d'un évêque peint à fresque aveccette autre incription :
Hic requiescit samUe recordationis beatus Lupvs episcopvs, qvi cvm Çlotechilde reginâ , de superioribvs partibtz Burgundiœ venit, quo tempore beali Germani wdificabat ecclesiam: ibique preventvs svo fine, décima sexto calendas Julii migravit.
Au bas se trouvait la traduction, écrite en caractères gothiques connue la précédente, la voici :
Cy gist le corps de M* s. Loup, évesque, qui vint avec la rogne de France Çlotechilde, des parties de Bourgogne où temps que la dite rayne édifiait cette église au glorieux ami de Dieu, saint Germain d'Auxerre, et trépassa le XVI juin.
On trouva près de ce tombeau deux pierres concaves ef enfoncées dans la terre ; chacune d'elle avait environ dix pouces de longueur. On ne rencontra dans l'une, que des cendres, et dans l'autre, qu'un ossement d'une blancheur admirable.
Au fond de cette chapelle, o« de la grotte de saint Germain, nous avons remarqué six cercueils en pierre, placés; deux à deux, et comme cachés dans la muraille. Le plus grand, outre qu'il contenait plus d'ossements qu'il n'en faut pour composer un corps humain, renfermait encore un petit cercueil en pierre , long de quinze pouces r dans lequel se trouvait le corps d'un enfant de quelques mois, dont les petits ossements paraissaient couverts de
sang et de terre détrempée. Dans un autre des six grands tombeaux fermés par un grillage en fer, on remarquait, au milieu des ossements, une masse de la grosseur du poing, formée de poussière et de sang collés ensemble.
Nous étant avancé plus loin, nous avons vu le tombeau de saint Héribalde, évêque d'Auxerre, dont le corps repose dans un cercueil de pierre, le plus beau de tous ceux qui sont dans les cryptes, après celui de saint Germain. Le corps du saint était revêtu d'une chasuble de la même forme que celle qu'on lui voit sur la fresque de la muraille. Ce tombeau avait deux inscriptions ; l'une en latin, d'une écriture très-ancienne, et l'autre, en langue vulgaire. Elles étaient ainsi conçues :
Hic requiescit sanctœ recordationis Heribaldus qui fuit abbas istius monasterii, posteà episcopus foetus, rexit Autissiodorensem ecclesiam annis triginta quatuor. Obiit autem septimo calendas maii et in basilicâ saneti Germani habuit sepulturam. ■■■-n vwrt *
Cygist le corps de monsieur s. Héribalde, qui fut abbé de cette abbaye. Puis fut évesqne de cette cité, y régna trentequatre am, et mourut te vingt cinquième d'avril, ayant relevé le corps de s. Germain.
On nous fit voir un peu plus bas dans les mêmes grottes, trois tombeaux ; celui du milieu renfermait un corps revêtu d'un cilice, sous un habit de moine qu'on appelle aujourd'hui froc, tout-à-fait semblable à celui que portent de nos jours 1rs pères reformés du monastère dt saint Germain ; les deux autres contenaient des ossements rassembles sans ordre et qui paraissaient en trop petit nombre pour composer un corps humain. Au même endroit, on trouva une châsse ou coffre de bois, placé sur celui des trois tombeaux qu'on croit être de saint Censure. Cette châsse avait eu autrefois une clef et une serrure, mais elle se trouvait alors tellement consumée de vétusté qu'elle
tombait en pièces. Il s'y trouvait une grande quantité de reliques de divers saints, enveloppées séparément dans des morceaux de soie. Nous ayons fait porter cette châsse avec les ossements qu'elle renfermait , dans la fenêtre la plus proche pour y être gardée jusqu'à ce qu'on lui eût trouvé un lieu plus convenable et plus décent.
Vis-à-vis les trois tombeaux dont nous venons de parler, se trouvaient quatre portraits d'évêques peints sur la muraille avec ces inscriptions :
Hic requiescit sanctœ recordationis Abbo, quiprius abbas istius eeclesiœ, postea episcopus Autissiodorensis rexit ecclesiam Autissiodorensem, annis duobus, mensibus decem.
Cy gist le corps de monsieur saint Abbon, qui fut abbé de cette église, et après évêque de cette cité, et régna deux ans et dix mois.
Hic requiescit sanctœ recordationis Fraternus, episcopus et martyr, qui eâdem die quâ ordinatus est episcopus, à barbaris martyrio coronatus est, die tertiâ kalendarum Octobrium.
Cy gist, d'heureuse mémoire, saint Fraterne, évêque et martyr, lequel, au même jour qu'il fut élu et sacré, fut occis et martyrisé, qui fut le pénultième de septembre, inhumé dans l'église de Saint-Germain.
Hic requiescit sanctœ recordationis Censurius episcopus qui rexit ecclesiam Autissiodorensem annis triginta quinque, mensibus tribus, diebus sex.
Cy gist, d'heureuse mémoire, saint Censure, évêque, qui gouverna l'église d'Âuxerre trente-cinq ans, trois mois et six jours.
Hic requiescit sanctœ recordationis Gregorius episcopus, qui rexit ecclesiam Autissiodorensem annis duodecim, mmsibus sex, decimo quarto cal. Junii, humatus in ecclesiâ sancti Germani.
Cy gist d'heureuse mémoire, Grégoire, évêque, qui gou-
verna l'Église d'Auxerre douze ans six mois. Il mourut le dix-neufvième jour de mqy.
Voici l'inscription qu'on lisait auprès du coflre de bois dans lequel étaient déposées beaucoup de reliques de saints : , v
Hic continentur reliquiœ plurimorum sanctoram in quodam scrinio ligneo, quod fuit invenlum quondàm rétro altare matutincUe, quorum nomina solius Dei scientia novit.
Cy-dessous sont contenues en un petit coffre de bois, des reliques de plusieurs saints, de long-temps trouvez derrière V autel matulinal, desquels Dieu seul sait les noms.
Non loin delà, près de l'autel de la petite chapelle de saint Benoît, du côté de l'épître, nous avons trouvé dans un enfoncement de la muraille qui paraissait avoir été bâti et pratiqué à dessein, plus de vingt-cinq corps, entassés confusément avec des restes de ceintures, de souliers et de cilices; ce qui nous parut remarquable, c'est que nous y avons vu quelques ossements d'une couleur noirâtre, qui imprimaient néanmoins du respect et qui paraissaient avoir passé par les flammes. Un autre ossement nous a paru comme percé d'une épée.
En allant à la chapelle de sainte Maxime, nous avons trouvé à l'entrée un sépulcre ou tombeau, enfoncé dans la terre; il renfermait un corps, ou plutôt des ossements mêlés de terre et de poussière, toutefois dans leur situation naturelle. A gauche de ce tombeau, nous avons lu sur Je pilier cette épitaphe :
Hic requiescit sanctœ recordationis Marianus confessor gloriosus, juxta quem requiescit Geranus episcopus, ut epitaphia multùm antiqua supra sepulcrum ipsius attestatur ; rexit autem ecclesiam Autiss. annis quatuor * mensibus sex.>
diebus undecim, migravit ad dominum quinto cal. Augusti ' verte deorsùm et videbis antiqum epitaphium B. positum.
On ne put déchiffrer l'ancienne épitaphe, dont il est ic» mention, parce qu'elle était effacée par le temps, mais à là place, nous avons lu ces deux autres plus récentes ;
Cy gist le corps de monsieur s. Marien , moitié de céans, qui trépassa le douze may>
Cy gist le corps de monsieur s. Géranne, évesque de cette cité, le XLII, qui trépassa le 5 août .
Le portrait de s. Geran et celui de s. Marien étaient peints sur le même côté de la muraille.
Dans la chapelle de sainte Maxime, à peu de distance de la corne de l'autel où se dit l'évangHe, nous avons remarqué, outre l'image de cette sainte , trois autres fresques représentant l'une saint Optât, évêque, et les deux autres saint Sanctin et saint Mémorin, prêtres. Voici les légendes qui les accompagnaient:
Cy gist le corps madame saincte Maxime, vierge, l'une des vierges qui accompagna saint Germain, de Ravennesjusques en ce monastère, avec saincte Pallaie, saincte Magnance, saincte Camille et saincte Porcaire.
Cy gist le corps monsieur saint Optât qui fut évesque de cette cité le XIV, qui trépassa le dernier jour d'août.
Cy gist le corps monsieur saint Sanctin qui fut presbtre.
Cy gist le corps monsieur saint Memorin qui fut presbtre.
Nous avons aussi remarqué sur la muraille une ancienne inscription et une main, tracée avec le pinceau, laquelle semblait montrer du doigt que le corps de sainte Maxime était sous l'autel ou auprès. Une autre inscription venait à l'appui de cet indice, mais elle paraissait avoir été effacée par les hérétiques en haine des saints, d'où il est résulté que nous n'avons pu rien déchiffrer qui donna un sens suivi.
Au sortir de la chapelle de sainte Maxime, nous nous sommes avancé pour visiter la muraille qui est entre cette chapelle et celle de saint Martin, autrementappelée Notre-
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Dame-de-Consolation. Au milieu du mur, on remarquait une croix que le peuple d'Auxerre allait baiser très-souvent, par dévotion. Il tenait de ses ancêtres, par une tradition constante, que, derrière cette croix, il y avait beaucoup de reliques précieuses, c'est pourquoi nous donnâmes des ordres pour qu'on l'enleva : nous mîmes a découvert un espace de dix pieds de profondeur, au fond duquel était un tombeau caché et fermé de deux ou trois pierres. Les ayant fait ôter, nous avons trouvé les ossements de cinq à six corps, et nous avons appris de personnes dignes de foi, que des fidèles ayant élevé des doutes sur l'authenticité de ces reliques, et si on devait leur rendre des honneurs, on les avait entendues se heurter les unes contre les autres, sans que personne y touchât.
Jetant les yeux sur un autre mur, nous avons vu l'image de saint Alode et celle de saint Urse, évêques d'Auxerre; elles étaient très-anciennes et paraissaient avoir été mutilées par les hérétiques : immédiatement au-dessous, se trouvaient deux tombeaux en pierre, l'un renfermait un cercueil en bois et chacun d'eux contenait un corps d'une grandeur étonnante. Des inscriptions, en caractères différents, écrites sur la muraille, répondaient à chacun de ces tombeaux. Nous en avons trouvé un troisième en *pierre plus petit que les deux autres, parce que la place qu'il occupait ne permettait pas qu'il fût plus grand ; il renfermait les ossements d'un corps, enveloppés dans une cucule, ou autre vêtement du même genre. Voici les épitaphes correspondantes au tombeau de saint Urse.
... Beatee recordationis \
Ursus episcopus
Beatus Ursus
episcopali . .
. .'. obiit tertio.
calendas Augusti, cùm met annorum octoginta duorum. Rexit autem Autissiodor. ecclesiam anno LXVIII, à beato Gennano.
Hic requiescit sanctœ recordationis Ursus episcopus, qui rexit ecclesiam Autissiod. annis sex, mensibus quatuor.
Cy gist le corps de monsieur sainct Urse qui fut évesqye de cette ville, le dixiesme après monsieur saint Germain ; régna en la dicte évesché six ans et quatre mois.
Des inscriptions répondantes au tombeau de saint Alode étaient ainsi conçues :
Hic requiescit sanctœ recordationis Alodius qui fuit Archimandrites istius ècclesiœ, postea episcopus factus ; rexit ecclesiam Autissiod. annis trigmta, même uno, diebus duodecim.
Cy gist le corps de monsieur saint Alaude qui fut gouverneur de céans pour monsieur saint Germain et puis après le décès du dit saint Germain, fut élu évéque et régna trente ans, un mois et douze jours en la dite évéché et fut le VIII*
Tout près de là, vers la muraille, le tombeau de saint Betton parut à découvert. Son corps était revêtu d'une cucule ou froc, semblable à celui que l'on trouva sur le corps de saint Abbon, et par-dessous d'un cilice très-rude. On lui avait mis cette inscription :
Hic requiescit sanctœ recordationis Betlo episcopus qui rexit ecclesiam Autissiodor. annis II mensibus XI diebus XIII, sepultusque in ecclesiâ beati Germani , VI calendas Martis.
Cy gist le corps de monsieur saint Betton, qui fut évesque
de cette cité le XLIÎI, et gouverna l'Eglise Auxerre deux ans onze mois et quatorze jours, inhumé en l'église de Saint- Germain le XXI Ve jour de février.
Non loin du tombeau de saint Alode, de celui de saint Urse et de celui de saint Betton, nous avons trouvé sur la muraille une fresque ancienne qui paraissait contenir les
noms de tous les saints inhumés dans l'église de Saint- Germain, et ceux des principales reliques qu'on y conservait. Les calvinistes, ennemis jurés des saints, s'étaient efforcés d'anéantir cette inscription. Parmi les noms, tant de saints que de personnes pieuses qui s'y trouvaient, on distinguait celui de Chrétien, évêque d'Auxerre.
Enfin nous arrivâmes vers la porte des grottes qui est au midi, près de laquelle nous avons vu entre la chapelle de la sainte Trinité et celle de sainte Marie-des-Anges, comme on l'appelle maintenant, l'image d'un évêque qu'une tradition populaire rapportait à saint Ethère, évêque d'Auxerre. Nous vîmes aussi, au même endroit, unpetit autel d'un pied et demi , sous lequel on trouva [quelques ossements, sans tombeau ni inscription. Ces mots, écrits sur la muraille, indiquaient à quels saints l'autel était dédié.
Hoc altare consecratum est in honorent sancti Laurentn et Vincentii levitarum et martyrum, et sancti Leodegarii, sanctorumque Innocentium, atque omnium sanctorum.
Le prieur et les moines nous ont fait voir une grande pierre creusée en forme de croix, qu'ils affirmèrent avoir trouvée remplie de reliques, au milieu du grand autel, lorsqu'on le restaura les années précédentes. Ils nous montrèrent même ces reliques avec une partie d'un suaire qu'on croit être celui de saint Germain et que l'onconsen e avec un soin religieux dans la sacristie.
Fait dans l'église de Saint-Germain le jour et l'année indiqués plus haut.
Cette visite ainsi terminée, nous avons demandé au prieur et aux moines s'ils ne pourraient pas faire de nouvelles recherches, soit dans leurs chartes, soit dans les livres de leur monastère, soit dans tout autre ouvrage qu'ils pourraient rencontrer ailleurs, pour ajouter aux preuves que nous avions déjà sur les tombeaux et sur les reliques qui se trouvent dans leur église et pour nousrion-
ner de nouveaux éclaircissements. Ils nous présentèrent en premier lieu, un extrait du moine Héric, tiré de la bibliothèque de M. Duchêne, historiographe du roi, et conforme à l'original que Ton conserve dans l'église de Laon. Ce manuscrit était divisé en deux livres, le premier renfermait cinquante-cinq chapitres et le second dix-huit. Ils nous firent surtout remarquer le quinzième du second livre qui avait pour titre : Cérémonie de la translation des corps saincts, et court exposé de la vie des évéques d'Auœerre. Le chapitre commençait ainsi :
a Aussitôt que la construction des saintes grottes fut terminée et que le clergé et le peuple fidèle curent trouvé cette demeure assez pourvue d'ornements pour renfermer les précieux gages des corps saints , on y transporta d'abord les reliques des martyrs et les corps des bienheureux pontifes qui avaient gouverné l'Église d'Auxerre et qui y avaient reçu autrefois la sépulture. On les rangea autour du corps du grand saint Germain, plaçant ainsi, par une inspiration divine, sous une même voûte, ceux que le palais des cieux réunissait déjà. A droite, c'estrà-dire au midi , on plaça dans un même cercueil les ossements du bienheureux Urbain, pape, avec la tête de saint Vincent, martyr, ensuite ceux de trois saints pontifes : Urse, Romain et Théodose. A leurs pieds, c'est-à-dire à l'Orient, près de l'autel, on déposa les membres vénérables de saint Aunaire, confesseur et évêque ; les reliques du glorieux martyr Tiburce occupèrent le côté gauche ou le septentrion, avec celles de cinq pontifes savoir : saint Fraterne, évêque et martyr, saint Censure, saint Grégoire, saint Didier et saint Loup, à côté de saint Moré, qui reçut la couronne du martyr, étant encore enfant. »
Autre passage d'un manuscrit de saint Pierre-le-Vif de Sens, ainsi conçu :
« En 877, lo pape Jean vint dans les Gaules, retourna
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ensuite en Italie, laissant à sa place Formose, évèque de Porto, qui remit beaucoup de reliques à Ansegise, arche vêque de Sens. Le même Formose étant passé à Auxerre, en déposa de très-précieuses dans l'abbaye de Saint-Germain. »
Le prieur et les religieux nous ont aussi fait voir un livre manuscrit des gestes des évèques d'Auxerre, dans lequel il est souvent fait mention des prélats, dont il a été parlé au commencement de ce procès-verbal, et qui ont obtenu les honneurs de la sépulture dans l'église de Saint-Germain, à cause de la sainteté de leur vie. Ils nous ont encore donné connaissance de plusieurs martyrologes, surtout du romain, de celui de Saint-Etienne d' Auxerre, des deux de Corbie, do l'Ordinaire, c'est-à-dire de celui du frère Nivelon , de celui do Saint-Laurent d'Aix et de celui de SainWean de Réome. Nous avons aussi vu le manuscrit des gestes des abbés de Saint-Germain d'Auxerre.
Quoiqu'il soit souvent parlé, dans ces livres et dans ces manuscrits, de beaucoup de reliques apportées dans l'église de Saint-Germain d'Auxerre, on ne voit pas qu'aucun saint corps en ait été retiré pour être transporté ailleurs, si ce n'est celui de saint Didier, évêque, et celui de saint Romain, abbé. On ne voit pas non plus qu'on en ait tiré des tombeaux pour être déposés dans des chasses, à l'exception du corps de saint Didier et de celui de saint Romain, comme on vient de le voir, et auxquels il faut ajouter le corps de saint Aunaire , celui de saint Urbain et celui de saint Tiburce.
Les religieux nous ont encore donné connaissance d'un certain registre, provenant d'un marchand d'Auxerre , dans lequel , quoiqu'il soit fait mention de toutes les châsses que l'on conservait religieusement dans l'église de Saint - Germain , avant l'invasion des hugucuots, il n'est pas dit un mot de s. Grégoire, de s. Optât, de s.
Romain, de s. Théodose, de s. Censure, de s. Fraterne, de s. Urse, de s. Alode, de s. Héribalde, de s. Abbon, de s. Betton, de s. Géran , de s. More et de s. Félix, enfants, de s. Marien moine, de s. Ethère, de s. Eleuthère, et de s. Loup, évèques. Le prieur et les religieux concluaient de là que les corps de tous ces saints reposaient encore dans leur premier tombeau, et qu'ils n'en avaient jamais été tirés pour être placés dans des châsses. Quoique le registre où se trouvent consignés les noms de toutes les châsses, soit incorrect et d'un style tout-à-fait grossier, nous allons cependant le rapporter mot pour mot.
« Mémoire de la prousesion qui fut faitte en cette ville d'Aucerre le XXiyesme may, mil cinq cent cinquantequatre. Fure descendus touttes les chasse de ceste ville, et sont esté portez en grande dévotion pous la déposicion du tans, lequel estait ainclains à grande checeresse. En icelle prousesion, arrivez quatorze prousesion du dehors. Puis à chacune prousesion leur bannière. Estoys deux mille cinq cent nones ou plus, toutte par bon hourdre. Après yceux nones estoys trois grousses tourche. La premiese celle cinq George, celle cinq Cartau et puis celle cinq Jacques. Après yceux tourche les pellerins saint Jacques et les apoustres, tous par bon hourdre. Après les pellerins estoys trente croys tant de ycelle ville que de dehors. Puis après les croysles Cordeliers, puis les Jacobins, puis après les prestrès du dehors puis les prestres de cette ville, tous par bon hourdre; et après yceux ceculiers, du coûté droit, le vénérable chapistre de saint Estienne avec leur nonains. Du coûté senestre, messieurs les religieux de saint Germain et par le milieu d'eux, tous les reliques cy après nommez. Le premier des reliques, le chef de saint Souferien, puis après le chef de saint Gou, le chef saint Pris, la chasse dudit saint Pris et compagne, le baslon saint Jacques, le baston du nom de Jésus, les reliques saint Frànçoys, les reliques
de sainte Barbe, puis les reliques de saint Jacques. Le relique saint Fiacre, le chef est à saint Renobert. Le chef saint Pierre, le relique saint Sebastien, le baston saint Vinsans, le baston du sacrement, la chasse saint Husebe, la chasse saint Vigille, le chef saint Juste, le chef saint Annes, la chasse saint Gervais, le suere saint Germain, le relique saint Pierre, la chasse saint Mourice, la chasse saint Cire et sainte Julite, la chasse saint Crisien et sainte Darie, la chasse saint Annes, saint Romain, la chasse saint Urbain et saint Tyburce, la chasse saint Thibault et audroys l'une de l'autre, la chasse saint Amatre et la chasse saint Germain. Et après yceux reliques, la personne du révèrent M. d'Aucerre en son pontife. Et yceux porteur de relique et chasse estoys tous en lange bians, pie nus et teste nue, en grande dévocion, avec grand nombre de luminaire, comme cierge, tourche et la plus grande partie d'yeeux pourtans luminaire, a lainge bians et pie nus. avec plusieurs autres reliques que portoys les Cordeliers et Jacobins et autres prestres tans de cette ville que de dehors: puis et en ycelle prousesion, ung nombre des plus honorable, homme de cette ville, commis pour arranger le monde, comme les nones, pellerins, prestres et pourleur de relique. Et les hommes suivant cette belle prousesion estant quatre à quatre et au milieu d'eux avoys chemain pour passer les conducteurs d'ycelle prousesion, et les femmes suivant cette prousesion, par hourdre, comme les hommes. »
On nous a encore fait voir une certaine vie manuscrite de saint Germain, en langue vulgaire, à la fin de laquelle nous avons lu ce passage :
« En l'an de l'Incarnation de Notre Seigneur iiiigccc et li régnant Théodoise-le-jeunc, qui fut ûlz l'emperiere Archade, aucueux temps s. Martin de Tours fu mors et... l'empor Archade, auquel temps saint Jeraumiez et saint
Amatres furent mors, régnant en Occident Valentiuien-lejeune et Placide sa mère fu mors messire saint Germain, et au cinquantiesme jour de sa mort fut reçeu à Auseurre en son église que il avait fondée de saint Maurise et de ses compagnons, et au temps Charles-le-Chauve fut translaté ii fois. 11 fu mis en crouttesde la nouvelle œuvre. Et pour ce que nostre sires qui en la grande compagnie de paradis avait reçeue l'ame. Il voult que li corps fut ensevelis en terre, entre grand compagnie de saint, dont vous devez savoir que à dextre du corps saint Germain, li os saint Urbain qui fut martyr et apostoles de Homme; et chef saint Innocent le martyr que le apostoles Nicolas qui lours estoit, donna à celle emperiere sont en foy. En ajoignant dans le corps saint Alaude, saint Ours, saint Romain et saint Théodose evesque d' Auseurre, saint Enterre et saint Agnaires qui furent évesque d'Auaéucre. A Sénestre sont en foy les os saint Tyburcian le martyr, qui fu de la compagnie sainte Cécile, que sil apostoiles mcsmes donna à cet empereur. En illec ajoignant le cor saint Fraterne, le martyr et évesque d'Auseurre et sainct Morez qui en son enfance fut martyries, saint Cesors, saint Desiriez et saint Lou, evesque d'Auseurre. De si granthostes est honorez ci leus. Et pour n'est pas de merveilles, si tant de miracles ont été faits par ci devant en ce lieu, car ce est lieu de grant oraison ne nuit qui en vraie foy ne en vraie espérance i va, sans con for ne s'en va. etc. »
Enfin, pour confirmer ce qui concerne le tombeau de saint Germain et ce qu'on y a trouvé, comme des cendres, un petit ossement, des fragments d'un cercueil en bois , avec un denier d'argent de l'ancienne monnaie d'Auxerrc, les moines nous ont surtout fait voir le martyrologe écrit par le frère Nivelon, dans lequel nous avons remarqué ce qui suit : le 8 des Ides de Janvier. Ce même jour, translation du corps de saint Germain, évoque d'Auxcrre, etc.
Ensuite. L'an donc de l'Incarnation du Seigneur dccclix, sous le règne du très-pieux Charles, fils de Louis-Auguste, avec l'aide de la divine providence, le mausolée du confesseur saint Germain fut ôté du lieu où il avait été déposé à sa première translation, et reporté dans un autre endroit.
On lit plus bas : Vers ce même temps , à peu de jours d'intervalle, effrayés par une terrible incursion des payens, les moines déposèrent le sépulchre de saint Germain dans une fosse profonde recouverte de terre fortement battue, au-dessus de laquelle ils mirent un autre tombeau qui ne contenait que des fragments du cercueil de cyprès avec lequel on avait apporté son corps de Ravenne. Cette note a été ajoutée afin que la postérité ne fût pas induite en erreur.
Nous n'avons pas à notre connaissance qu'il ait , pour ainsi dire, jamais existé de procès-verbal de la visite que nous avons faite dans l'église de Saint-Germain, nous avons surtout été empêché d'en dresser un, à cause de la grande affluence de fidèles qui s'est portée spontanément pendant trois jours à la visite des tombeaux. Très-peu de temps après , nous avons été obligé de nous rendre auprès de notre roi très-chrétien, pour quelques affaires, et surtout pour remplir notre charge de premier aumônier. L'année suivante, nous avons été transféré sur le siège de Meaux, par la volonté du monarque. Le prieur de Saint- Germain lui-même, qui nous pressait de faire la visite des corps saints et de nous prononcer sur leur identité, a été aussi transféré dans un autre monastère de son Ordre, et se trouve maintenant dans celui de Saint-Fiacre, dans notre diocèse. Enfin, les moines de Saint-Germain et dora Viole, alors leur prieur et qui est maintenant, comme nous l'avons dit, dans notre diocèse de Meaux, sont venus nous prier instamment de leur accorder des lettres patentes, >our constater la visite que nous avions faite des saints
corps qui reposent dans leur église de Saint-Germain. Nous nous sommes rendu avec plaisir à cette pieuse réclamation, en leur accordant les présentes lettres (i).
Donné à Meaux, dans notre palais épiscopal, Tan du Seigneur mil six cent quarante-deux, le vingt-neuf d'avril.
Dominique SÉGUIER, Evêque de Meaux.
Par mandemement de Mgr l'évêque de Meaux.